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Economie

La BCE a relevé ses taux directeurs pour la première fois en plus de 10 ans : quelles conséquences pour votre argent ?

Banknotes in a money purse.
28 juil. 2022 à 04:33 - mise à jour 28 juil. 2022 à 10:08Temps de lecture4 min
Par Marine Lambrecht

Jeudi dernier, alors que les Belges étaient occupés à célébrer la fête nationale, l’annonce de la Banque centrale européenne (BCE) de relever ses taux directeurs est passée presque inaperçue. Pourtant, ce n’était plus arrivé depuis plus de 10 ans. Et en plus, elle n’est pas la seule autorité bancaire à le faire. Ce mercredi, la FED, l’autorité américaine a annoncé une nouvelle hausse des taux, la troisième depuis janvier.

La mesure européenne a des répercussions très concrètes sur notre pays et sur notre argent.

Pourquoi relever ces taux ?

Il existe plusieurs taux directeurs, mais pour faire simple, d’une manière ou d’une autre, ils correspondent à ce que les banques comme ING, BNP Paribas Fortis ou Belfius doivent payer lorsqu’elles empruntent de l’argent à la Banque centrale européenne. La mission de la BCE, c’est de gérer l’euro et de veiller à la stabilité des prix. On peut la comparer à une sorte de banque des banques. Et pour le moment, on ne peut pas vraiment dire que les prix soient très stables. En relevant ces taux, l’objectif de la BCE est de contrer l’inflation, c’est-à-dire la hausse des prix.

Pour comprendre le contexte actuel d’hyperinflation, il faut revenir quelques années en arrière. " Depuis 2008, les taux d’intérêt sont négatifs pour stimuler l’économie. De cette manière, les banques ont pu donner plus de crédits à la population pour stimuler la demande ", explique Bertrand Candelon, professeur d’économie à l’UCLouvain.

A une période, on n’avait pas assez d’inflation, et ce n’était pas bon non plus. " Ça peut avoir des conséquences négatives sur l’économie, parce que si les prix ont tendance à diminuer, les gens vont peut-être attendre pour acheter. Les banques centrales considèrent généralement que 2%, c’est l’idéal ", détaille Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING. " Mais maintenant, on est à 8,6% d’inflation dans la zone Euro et 10% en Belgique ".

Plusieurs facteurs ont conduit à cette hausse des prix généralisée. " En janvier, on a commencé à ressentir une tension sur l’offre et la demande. La demande de consommation est repartie plus vite que prévu après le Covid alors qu’il y avait encore des problèmes d’approvisionnement ", poursuit Bertrand Candelon.

A cela s’ajoutent la guerre en Ukraine et la hausse des prix de l’énergie. Quand la demande est plus grande que l’offre, les prix augmentent, c’est l’inflation. Concrètement, l’objectif c’est de faire l’inverse de ce qu’on a connu après 2008. Il faut en quelque sorte contraindre la demande.

" En augmentant ses taux directeurs, la BCE espère faire en sorte que les personnes et les entreprises empruntent moins d’argent aux banques. De cette manière, la croissance va ralentir parce que les entreprises peuvent moins augmenter les prix. L’économie ralentit ", explique Peter Vanden Houte. In fine, l’inflation ralentit et ce sera positif pour l’économie.

Trop tard ?

" On va voir rapidement si l’inflation diminue ou pas ", estime le professeur d’économie. " Je ne suis pas sûr que ça suffise. La FED a déjà augmenté ses taux à trois reprises, et ça n’a pas suffi. La BCE aurait dû augmenter ces taux plus tôt, selon moi fin 2021. Mais à cette époque, les pays voulaient se relever du Covid ".

De son côté, Peter Vanden Houte pense aussi que la BCE aurait pu s’y prendre quelques mois plus tôt. Selon les deux experts, on risque d’augmenter à nouveau les taux dans quelques mois.

Pourquoi avoir traîné selon l’expert d’ING ? " Dans un premier temps, la BCE pensait qu’elle ne pouvait pas agir sur les facteurs qui influençaient l’inflation : le Covid, les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement et la guerre en Ukraine. Mais depuis quelques mois, ces éléments extérieurs ont influencé l’inflation domestique. Résultat : tout devient plus cher. " D’une certaine manière, la BCE a pu agir quand la crise était déjà installée.

Le risque : la récession

La hausse des taux directeurs ne va pas encore régler tous les problèmes. D’abord, comme expliqué plus haut, ce mécanisme ne sait pas jouer sur les chocs externes. Il ne va pas faire miraculeusement descendre le prix de l’essence ou du gaz. Mais aussi, parce qu’il comporte un certain risque. Trop diminuer l’activité économique, ce n’est pas bon non plus. " Il faut donc trouver une certaine balance. Le risque c’est de tomber en récession. On dit qu’on est en récession quand l’activité économique ralentit pendant 2 trimestres consécutifs. C’est en septembre que ce sera décisif ", avance Bertrand Candelon.

Pour le moment, les indicateurs ne sont en tout cas pas très positifs. Ce mardi, le Fonds monétaire international (FMI) jugeait les perspectives " de plus en plus sombres et incertaines " et estimait le monde " au bord d’une récession mondiale ". Un risque bien réel, selon Peter Vanden Houte.

Les conséquences sur votre argent

Si on suit la logique et si la mesure fonctionne, les prix de vos dépenses quotidiennes devraient diminuer. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que les taux d’intérêt des prêts bancaires vont augmenter sensiblement. " Ils ont déjà augmenté pour être exact. Les marchés se sont déjà adaptés ", note Peter Vanden Houte.

Mauvaise nouvelle donc si vous envisagez d’emprunter de l’argent auprès de votre banque: vous devrez rembourser plus cher votre prêt.

Si vous envisagez d’acheter un bien immobilier sur fonds propre, à terme, les prix devraient baisser sensiblement, prédisent les deux experts. La raison ? Ils s’adaptent aussi au marché, et comme les crédits augmentent, en réaction, le prix des biens devrait diminuer. Autre conséquence : les banques devraient avoir plus de marge pour augmenter les taux d’épargne, surtout si la BCE réaugmente ses taux.

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