La BCE préserve les banques européennes de la faillite

Aujourd’hui, les banques belges ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent en matière de prêts hypothécaires, elles sont sous la surveillance de la BNB, qui est elle-même sous la dépendance de la BCE.

© Daniel Roland (AFP)

08 avr. 2020 à 06:01Temps de lecture3 min
Par Amid Faljaoui

Les banques ne feront pas faillite. C’est la bonne nouvelle du jour, pour ne pas dire du mois ou de l’année. Comment est-ce que je le sais ? Ce ne sont pas les banquiers – et Dieu sait si j’en connais – qui me l’ont dit, ni d’ailleurs les autorités qui les contrôlent, ni un initié qui m’aurait confié ce secret sous le sceau de la confidence. Non, c’est simplement Marc Fiorentino, un observateur avisé de la Bourse et de la Finance.

Dans sa dernière lettre d’information à destination de ses clients français, il a rassuré ces derniers en leur expliquant que la grande différence entre la crise du COVID-19 et la crise de 2008, c’est qu’en 2008, la crise avait été provoquée par les banques et que chacun à l’époque avait peur que sa banque ne fasse faillite. Aujourd’hui, les banques se portent bien, elles affrontent la crise en meilleure position financière qu’en 2008. Et Marc Fiorentino ajoute en résumé que, de toute façon, nos banques ne peuvent pas faire faillite, car elles sont sous contrôle et tutelle de la banque centrale européenne qui, elle, ne peut absolument pas faire faillite, car elle est contrôlée par les États de la zone euro.

En fait, j’ai vérifié ces propos auprès d’amis banquiers, et ces derniers me disent qu’ils ne sont pas saugrenus, loin de là. C’est vrai, les banques ont des noms et des logos différents, mais en réalité, toutes les banques sont en quelque sorte nationalisées par la banque centrale européenne ou, si vous voulez, nos banques sont devenues des filiales de la BCE. Vous le voyez vous-mêmes : dès qu’un tsunami se produit, ce qui est en quelque sorte le cas ici avec le virus, hop, la banque centrale européenne injecte des milliards d’euros pour assurer la liquidité des banques commerciales. En d’autres mots, nos banques commerciales sont sous assistance respiratoire.

Prévoir un coussin financier

Et puis, on peut constater que les banques gesticulent au niveau du marketing, et prétendent qu’elles sont en concurrence acharnée, mais en réalité, elles sont sous la direction de la banque centrale européenne et n’ont plus grand-chose à dire en termes de gestion. Comme me le disait un ami banquier haut placé, les banques commerciales sont le moteur, mais c’est la BCE qui est le conducteur. La preuve : aujourd’hui, les banques belges ne peuvent pas faire ce qu’elles veulent en matière de prêts hypothécaires, elles sont sous la surveillance de la BNB, qui est elle-même sous la dépendance de la BCE.

En fait, à chaque fois qu’une banque commerciale octroie un crédit hypothécaire, elle doit prévoir un coussin financier supplémentaire, autrement dit, elle doit mettre plus d’argent de côté que pour un crédit normal. C’est la même chose lorsque votre banquier vous octroie un crédit pour votre société, qui dépasse X fois votre capacité à rembourser : là aussi, le banquier est prié de mettre de côté encore plus d’argent, sous la forme d’un coussin ou de fonds propres, si vous voulez parler comme les financiers.

C’est autant d’argent en moins pour les activités des banques, et c’est normal : comme les États ne veulent plus sauver les banques, ils demandent à la BCE d’être très stricte avec les banques commerciales. Donc, en résumé, les banques commerciales ont très peu de marge de manœuvre pour imposer des prix, c’est-à-dire des taux de crédits. Elles sont aussi obligées de déposer leurs liquidités excédentaires à la BCE chaque soir avec un taux négatif, ainsi que de prêter aux ménages et aux entreprises, et pour se faire, la BCE leur propose des taux avantageux.

Bref, vous l’avez compris c’est la BCE qui dicte la stratégie des banques commerciales. Et que reste-t-il comme marge de manœuvre aux banques ? C’est simple, comme leurs recettes sont sous la mainmise de la BCE, elles ne peuvent plus jouer que sur leurs coûts. C’est la raison pour laquelle la Bourse a massacré les actions bancaires : elle sait que c’est un secteur qui n’aura pas de croissance pendant quelques années encore. Mais, au moins, il ne fera pas faillite. Et ça, c’est une excellente nouvelle.

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