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La Belgique envoie des médicaments presque périmés en Ukraine : un danger limité pour la santé, mais une image désastreuse

C’est le genre de publicité dont un pays se passerait bien. La Belgique a envoyé en Ukraine au début du mois de mars des médicaments dont une partie atteignait leur date de péremption trois semaines seulement après leur arrivée. Le ministre de la Santé répète que l’opération de solidarité s’est déroulée en urgence mais en toute transparence et que les autorités ukrainiennes étaient au courant. Il n’empêche, cela ternit sérieusement notre image de marque et c’est aussi l’occasion de se demander si cela comporte des risques pour la santé, celle de la population ukrainienne, mais aussi la nôtre qui est parfois confrontée à ce dilemme : utiliser ou pas un médicament qui approche ou qui vient de dépasser la date fatidique inscrite sur l’emballage.

La Belgique corrige le tir lors de la deuxième livraison

L’opération remonte au début mars. Immédiatement après l’invasion de l’Ukraine par les Russes, la Belgique offre une aide humanitaire à Kiev : 3,4 millions d’euros de médicaments et de fournitures médicales. Le hic, c’est qu’une partie provient d’un stock sur le point d’expirer.

Du côté du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, on justifie l’envoi de médicaments presque périmés par l’urgence : "Lorsqu’un pays est brusquement attaqué, il faut aider sa population, y compris les blessés qui ont besoin de soins médicaux urgents. Il faut faire tout ce qui est possible pour sauver des vies. Ne pas réagir, c’est commettre une négligence coupable. Dès le 25 février, le SPF Santé publique a proposé à l’Ukraine une liste de médicaments, offre acceptée le jour même. Nous avons fourni de la morphine et d’autres médicaments qui pouvaient être utilisés immédiatement. En particulier dans les salles d’opération, pour pouvoir opérer les blessés dans des conditions humaines et donc, sous anesthésie."

"Parmi cette liste figuraient, c’est vrai, des produits proches de leur date de péremption (pour un montant de 545.954,69 € sur une livraison d’une valeur totale de 2.750.761,85 €). Il faut souligner que tout a été fait de bonne foi et que l’Ukraine a accepté ces produits. Mais reconnaissons que ce n’est pas une pratique standard et que la démarche a d’ailleurs été adaptée pour la deuxième livraison afin de respecter le délai classique de 6 mois avant la date de péremption."

Six mois, un délai classique ? Pour la Belgique peut-être mais c’est moins que les 12 mois recommandés par l’OMS. L’organisation mondiale de la Santé estime que les médicaments destinés à être donnés doivent avoir une durée de conservation d’au moins un an. La Belgique a donc violé les directives internationales, le SPF Santé publique le reconnaît, "C’est vrai, mais il fallait faire vite".

"Utiliser des médicaments périmés ? Le principal danger, c’est le manque d’efficacité"

En Belgique, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé est l’autorité compétente chargée de veiller à la qualité, la sécurité et l’efficacité des médicaments. Son directeur Xavier Decuyper tient à rassurer le public, on ne court pas un risque de vie ou de mort en utilisant un médicament périmé : "Bien sûr, les dates de péremption des médicaments sont importantes, elles ont une raison d’être et il faut les respecter au maximum. Mais comme pour la plupart des autres produits, elles comportent une marge de sécurité qui est telle qu’on n’est pas à un jour, à une semaine ou à un mois près. Les producteurs prennent leurs précautions, on les comprend, par conséquent le consommateur ou le patient ne doit pas paniquer si la date est dépassée de peu."

"Il y a néanmoins une condition : que les conditions de conservation soient respectées. C’est comme pour les produits laitiers, par exemple les yaourts, tout le monde sait qu’ils restent comestibles quelques jours après l’expiration de leur date de péremption mais à condition d’être restés au frigo. S’ils ont été exposés à la chaleur, ils seront détériorés avant même la date limite de consommation. C’est un peu la même chose pour les médicaments mais attention, s’il n’y a pas de véritable danger pour la santé en absorbant un médicament périmé depuis peu, il existe quand même un risque, c’est le manque d’efficacité. On croit soigner une pathologie et en fait le médicament n’agit pas ou moins bien que prévu, c’est une sorte de risque invisible mais il existe, il faut en tenir compte. Le plus sûr reste évidemment d’utiliser des médicaments et des produits de santé qui sont dans la période de validité."

Bien ramener les médicaments périmés chez le pharmacien

Nous retrouvons toutes et tous régulièrement des flacons, comprimés ou pommades qui ont dépassé la date de péremption. Qu’en faire si on renonce à les utiliser encore ? Réponse : direction la pharmacie ! Valérie Lacour est pharmacienne à Bruxelles : "Les patients doivent nous ramener leurs anciens médicaments, c’est gratuit et facile. Nous avons des boîtes prévues pour la récolte et le stockage de ces produits qui seront ensuite détruits de manière sécurisée, c’est important d’éviter qu’ils terminent leur vie dans les toilettes et les poubelles car il y aurait un risque de pollution de l’eau ou d’accident si un animal ou un humain les récupérait dans une poubelle."

Mais attention quand même, il ne faut les ramener n’importe comment : "Nous demandons au public de ne ramener que les médicaments, pas l’homéopathie, les vitamines ou les produits à base de plantes. Et il ne faut ramener que les plaquettes, pas les emballages ou les notices. "

Mais faut-il ramener les médicaments dès que la date est passée ? Là aussi, la réponse est nuancée : "Il faut savoir que la date communiquée par les fabricants correspond à la date jusqu’à laquelle la qualité du produit est garantie en fonction des tests effectués. Au-delà, on ne sait pas s’ils restent efficaces, peut-être que oui, peut-être que non. Du coup, pour certains produits comme des antidouleurs ou des crèmes calmantes, on peut prendre le risque parce qu’il est limité. Par contre, pour des antibiotiques ou des médicaments pour la thyroïde ou contre le diabète, il vaut sans doute mieux s’en tenir strictement à la date car un éventuel manque d’efficacité peut s’avérer dommageable."

Tout dépend aussi du temps écoulé. "Quelques jours, ce n’est pas grave, quelques mois, c’est parfois problématique. Même un collyre pour les yeux n’est plus conseillé quatre semaines après ouverture, pour une crème solaire, c’est un an. Je dirais enfin qu’il faut parfois se fier à l’odeur ou à l’aspect. Une crème qui sent anormalement mauvais, on ne l’utilise plus, même si la date est encore bonne, c’est qu’elle n’a pas été bien conservée. "

On l’a compris, c’est le bon sens qui doit primer et il faut parfois renoncer à prendre un risque comme on le ferait pour un simple yaourt car les conséquences peuvent être un rien plus importantes.

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