Chroniques

La Belgique joue son avenir énergétique en mer du Nord

Les coulisses du pouvoir

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

04 oct. 2022 à 07:30 - mise à jour 04 oct. 2022 à 08:12Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

La mer du Nord devrait bientôt être une des plus grandes centrales électriques du monde grâce aux investissements éoliens offshore conjoints des Danois, des Pays-bas, de l’Allemagne et de la Belgique. La ministre de l’énergie, Tinne Van der Straeten a présenté hier les détails du projet d’une île artificielle au large d’Ostende et d’une deuxième zone d’éolienne en mer. La mer du Nord belge devrait à terme produire par an l’équivalent de trois réacteurs nucléaire.

Espoir

L’annonce des détails du projet de la zone princesse Élisabeth arrive dans un moment politique critique pour la Belgique. Nous subissons, comme les autres pays, les effets de la guerre menée par Poutine contre l’occident. Mais en plus cela intervient dans un agenda de sortie du nucléaire dont les modalités ont été fixées il y a 5 ans sous le gouvernement Michel et confirmée par le gouvernement De Croo.

Vu la hausse des prix et les craintes de pénuries, la fermeture pourtant annoncée depuis des mois de Doel 3 a suscité un psychodrame médiatique. A quelque jour de la date de l’arrêt, on a assisté à un festival d’instrumentalisation partisane de la part de plusieurs partis de gouvernement (CD&V et MR surtout). Festival qui a suscité des attentes irréalistes et des déluges de commentaires sur l’incompétence des politiques. Ce brassage d’air n’a abouti à rien. A aucune solution pour la population et à rien de concret.

Du concret

Ce qui se passe en mer du Nord en matière d’énergie est bien concret. Trop concret pour susciter autant d’intensité médiatique que le brassage d’air que la communication politique. Cette deuxième zone éolienne va pourtant brasser pas mal d’air, mais en vue de produire de l’électricité pour les ménages et les entreprises.

Ce qui se joue en mer du Nord c’est la pierre angulaire de notre politique énergétique. Il y a déjà un parc important au large de Zeebrugge, celui-ci plus grand et plus loin des côtes ira de La panne à Ostende. Ensemble ces deux parcs pourraient produire jusqu’à 18 Twh par an en moyenne. Doel 3 produisait en moyenne 6 TWh par an. (Addendum suite à la remarque d’un auditeur : Une production équivalente donc a trois réacteurs nucléaires. Mais attention, c’est le désavantage de l’éolien, de manière intermittente alors que Doel produisait quasiment en continu. Il faudra donc d’autres sources d’énergie, de la gestion de la demande et ou des interconnexions pour compenser).

La mer du Nord est en train de devenir le socle de notre avenir énergétique. Car l’aspect le plus intéressant de ce qui a été annoncé hier, n’est pas tellement ce nouveau parc mais une île artificielle de 5 hectares, qui va jouer le rôle d’immense prise électrique pour relier les parcs offshore du Danemark, des Pays-Bas et de l’Allemagne entre eux. Ensemble ces 4 pays ambitionnent de construire dans 8 ans, en 2030 65 GW de puissance installée, et en 2050 150 GW. De quoi consolider une autonomie énergétique européenne dont nous ressentons aujourd’hui toute l’importance quasiment existentielle.

2 milliards

Evidemment cela a un coût : près de 2 milliards d’euros pour cette île artificielle et ses câbles et interconnexions, couverts en partie par des subsides mais l’essentiel sera payé via la facture, comme aujourd’hui le nucléaire ou le gaz. Le coût final de l’électricité produite n’est pas encore évident à établir, la Creg, le régulateur, avait en son temps critiqué les projections trop optimistes du gouvernement. En particulier les éoliennes placées très près l’une de l’autre, puisque nous avons peu de place, produiraient moins qu’annoncé et rendraient la production plus chère de 5%. Mais ce surcoût éventuel est de toute façon beaucoup moins important que l’augmentation du prix du gaz.

Le projet n’est pas encore gagné. Il faut surtout encore faire sortir de terre les lignes à hautes tensions qui doivent permettre de connecter cet immense hub maritime à nos entreprises et à nos maisons. Il y a deux projets qui doivent se réaliser : Ventilus en Flandre et la boucle du Hainaut en Wallonie. Deux dossiers, où Elia, le gestionnaire du réseau, est actuellement dans des négociations très compliquées avec les autorités locales et régionales.

Bien sûr les parcs en mers du nord et les interconnexions ne suffiront pas à assurer l’avenir. D’autres inconnues doivent être levées. En particulier la prolongation ou non de deux ou de plusieurs réacteurs nucléaires et à quelles conditions. La maîtrise de la consommation, les centrales au gaz, les autres investissements dans les renouvelables sont des dossiers au moins aussi importants.

Long terme

Le projet relève du long terme. C’est généralement ce que nous avons bien du mal à réaliser en Belgique. L’échec de notre préparation de la sortie du nucléaire est un échec qui plonge ses racines dans 20 ans de court-termisme. C’est toute une génération politique qui a échoué comme l’écrivait bien Philippe Walkowiak. Ici le gouvernement fédéral se lance dans un projet de long terme, c’est assez rare pour être signalé.

Sur le même sujet

Nouveau plan pour les éoliennes en Wallonie : plus grandes, plus puissantes et avec la possible participation des citoyens et des communes

Belgique

Un Œil sur demain : la micro méthanisation, le lisier comme source d'énergie

Sciences et Techno

Articles recommandés pour vous