Environnement

La biodiversité est en chute libre selon le WWF, mais des actions sont encore possibles pour y remédier

Le gorille, une espèce en chute libre dans certaines contrées

© @Paul Robinson

12 oct. 2022 à 23:10 - mise à jour 13 oct. 2022 à 05:15Temps de lecture4 min
Par Isabelle Huysen et Lucie Dendooven

Le rapport que publie ce matin le WWF a de quoi donner des frissons dans le dos. Pour cette ONG internationale qui œuvre en faveur de la protection de l’environnement, tous les signaux sont passés au rouge. On le sait pour le climat. On a peut-être tendance à oublier que c’est le cas aussi pour la biodiversité.

"Nous avons une dernière chance pour agir", est-il écrit dans ce rapport. Qui mise beaucoup sur la conférence des Nations-Unis sur la biodiversité. Pour le directeur général du WWF International, "les dirigeants ont l’occasion de réinitialiser notre relation brisée avec le monde naturel et d’offrir un avenir plus sain et plus durable pour tout le monde grâce à un accord mondial ambitieux sur la biodiversité, favorable à la nature". On saura assez vite si cet appel sera entendu car cette conférence, moins connue et moins médiatisée que celle sur le climat, aura lieu en décembre à Montréal au Canada et sera présidée par la Chine.

"Il faut un plan pour la nature comme il en existe un pour le climat", estime ce rapport. Et d’ajouter : "Il faut que ce plan soit accepté au niveau mondial et implémenté au niveau local".

Et si ce plan en faveur de la biodiversité est aussi urgent, c’est parce qu’on constate que ces 50 dernières années, les populations d’animaux sauvages disparaissent à une vitesse inquiétante.

Moins 69% en 50 ans !

Pourrons-nous encore prendre de telles photos dans 10 ans ?
Pourrons-nous encore prendre de telles photos dans 10 ans ? © @Antonio Busiello/WWF-US

Le rapport du WWF parle d’une chute dévastatrice. Et ça se comprend. Ces 50 dernières années, les populations d’espèces animales sauvages ont chuté de 69%. C’est une moyenne. Car dans certaines régions, les chiffres sont encore plus catastrophiques. Comme en Amérique latine et dans la région des Caraïbes. Là, entre 1970 et 2018, les populations d’espèces sauvages ont diminué de 94% en moyenne !

Comment expliquer cette chute de la biodiversité ? En fait, les facteurs sont multiples. Le rapport du WWF pointe surtout :

  • La dégradation et la perte des habitats
  • L’exploitation des espèces
  • L’introduction d’espèces envahissantes
  • La pollution
  • Le changement climatique
  • Les maladies

Si certaines régions sont plus touchées que d’autres, certaines espèces sont également davantage en danger. C’est particulièrement vrai pour les espèces d’eau douce.

L’hécatombe pour les espèces d’eau douce

Un dauphin qui se fait de plus en plus rare
Un dauphin qui se fait de plus en plus rare © @naturepl.com/Kevin Schafer/WWF

Cette photo d’un dauphin rose fait certainement rêver. Et pourtant, d’ici quelques années, il sera peut-être impossible d’en photographier car ils seront devenus trop peu nombreux : entre 1994 et 2016, leur population a diminué de 65%. A ce rythme-là, combien en restera-t-il dans 10 ans ?

Et ce chiffre n’est pas le plus effrayant. Pour les espèces d’eau douce, on peut parler d’une véritable catastrophe : leur population a diminué en moyenne de 83% !

Deux explications majeures à cette "hécatombe" : une perte de l’habitat et des obstacles à leur circulation dans les voies de migration. Quand ils migrent, ils risquent de rencontrer des barrages ou des réservoirs qui constituent une véritable menace pour leur survie.

Mais tout n’est pas perdu. Il y a moyen de faire "revivre" toutes ces espèces, en leur créant des conditions de vie favorables. Des exemples existent à l’étranger, mais aussi chez nous.

Le retour de la loutre en Belgique

Une loutre dans l’Escaut en Flandre
Une loutre dans l’Escaut en Flandre © project Otterland – WWF

Chez nous, ces dernières années, la loutre a été très discrète. Pour permettre à cette espèce animale de survivre et se reproduire, des programmes auxquels le WWF Belgique participe ont été mis sur pied ces dernières années. Différents programmes sur la gestion des cours d’eau ont permis d’améliorer la situation de la loutre qui est très sensible à la qualité de l’eau.

Corentin Rousseau est biologiste au WWF : "la loutre a disparu de très nombreuses régions d’Europe occidentale le siècle passé, pour diverses raisons : le piégeage car elle était considérée comme une concurrente par les pêcheurs, la fourrure car elle a une fourrure très dense".

Et puis, il y a eu moins de poissons, en raison de la pollution des rivières et des obstacles qui y ont été créés. Or le poisson, c’est la base de la nourriture pour la loutre.

Mais depuis quelques années, la population de loutres reprend de la vigueur. Et cela grâce à des projets de restauration et de protection de l’environnement : "on voit des loutres réapparaître. Seulement quelques individus, mais c’est tout de même un signe encourageant", souligne le biologiste du WWF.

En Belgique, il existe de tels projets de restauration. L’un d’eux concerne la Semois et Corentin Rousseau y participe : " On restaure les berges pour qu’il y ait une communauté végétale plus diversifiée, plus importante, ce qui permet aux loutres d’avoir des cachettes. On restaure aussi les frayères, là où les poissons vont se reproduire, pour avoir plus de poissons. Du coup, tout le monde est content : les pêcheurs et les loutres dont le poisson est la nourriture de base".

Pour aider la loutre, de petits barrages qui ne servent à rien sont aussi retirés.

Malheureusement, aucune photo de loutre dans la Semois n’a encore pu être prise. Alors comment être sûr qu’il y en a ? Grâce à un programme basé sur l’ADN ! Corentin Rousseau explique : "On a pris l’eau de la Semois et on a essayé de trouver l’ADN de la loutre dans cette eau. On a pris des échantillons dans 17 secteurs de la Semois et 3 d’entre eux montrent une présence certaine de la loutre. Ces échantillons ont été pris à des distances assez grandes de plusieurs dizaines de kilomètres. Donc on peut estimer qu’il y a au moins 2 ou 3 individus. Peut-être plus. Pour le moment, c’est impossible à quantifier."

Un tel programme de restauration existe aussi pour l’Ourthe et l’Escaut en Flandre. Là, une loutre s’est gentiment laissée photographier ! Et même filmer…

La preuve que la cause n’est pas perdue. Pour autant que les efforts soient réalisés le plus vite possible

Vidéo : Déborah Van Thournout, porte-parole de WWF Belgique, invitée de Matin Première

L'invité dans l'actu: Déborah VAN THOURNOUT, porte-parole du WWF-Belgique

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Loutre observée dans l'Escaut - WWF

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