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La bulle de Josef Schovanec : l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert écrite par un autiste ?

L’Encyclopédie

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22 avr. 2022 à 10:34Temps de lecture2 min
Par Josef Schovanec

Nombre d’autistes, nous le savons et c’est pour ainsi dire un cliché, adorent faire des collections. Et certaines de ces collections s’appellent dictionnaire ou encyclopédie. De fait, en général, derrière les grandes encyclopédies et dictionnaires de l’histoire on peut trouver des autistes. A ceci près que, justement, la plus illustre des encyclopédies est une exception : la grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, celle qui incarne le siècle des Lumières, celle qui demeure jusqu’à ce jour l’encyclopédie-mère, que toutes les autres essaient de pasticher ou adapter, n’a pas été l’œuvre d’un autiste.

 

Diderot, célèbre co-auteur de l'Encyclopédie, était loin d'être autiste.

A moins bien sûr de tordre les définitions. Difficile de soupçonner les deux auteurs emblématiques de l’Encyclopédie d’autisme, eux les passionnés de salons littéraires, de querelles mondaines et d’aventures galantes.

A vrai dire, l’histoire a ses secrets. Le plus saisissant secret de l’Encyclopédie, c’est qu’elle n’a justement pas été écrite par Diderot, ni par d’Alembert, mais par des mains relativement obscures.

De très loin, l’auteur le plus prolifique de l’Encyclopédie fut Louis de Jaucourt. Esprit errant à travers l’Europe, polyglotte, instruit dans toutes sortes de domaines, Jaucourt n’avait aucune ambition personnelle. S’il a dédié sa vie à l’Encyclopédie, c’est que Diderot le lui avait demandé. Il y engloutit son héritage familial. Fuyant les mondanités, il consacrait son temps libre à soigner gratuitement les pauvres. Des pauvres dont il fit partie à la fin de sa vie.

Sans Jaucourt, l’Encyclopédie n’aurait pu être menée à bien. Cela, nul ne le conteste.

De façon remarquable toutefois, les grandes figures publiques de l’Encyclopédie, Voltaire le premier, semblent avoir multiplié les mots mi-figue, mi-raisin, pour ne pas dire ouvertement méprisants, à l’endroit de Jaucourt, ne l’ont jamais tenu pour leur égal. En somme, si l’Encyclopédie a fait état des grandes avancées des sciences et des arts, elle a aussi incarné un principe vieux comme le monde : les personnes handicapées ou bizarres travaillent, les personnes dites valides en tirent gloire et fortune.

Toutefois, il ne faudrait pas rester sur ces mots acerbes en pensant à l’Encyclopédie. Pour moi, la leçon la plus fascinante de l’Encyclopédie tient en ce que naguère n’importe qui ayant un esprit curieux, quel que soit son profil cognitif, son handicap, son parcours en termes d’études formelles ou absence d’études, pouvait créer de la façon la plus aboutie le savoir universel. L’innovation était dès lors bien plus forte qu’aujourd’hui, ère du verrouillage du savoir par certaines catégories de la population.

Mieux : en plaçant côte à côte en termes de dignité la serrurerie, l’algèbre, l’art du couvreur, du philosophe ou celui de l’orfèvre, l’Encyclopédie donne à voir une société autrement plus plurielle que la nôtre.

Plutôt que de nous émouvoir de l’absence de reconnaissance historique de Jaucourt, songeons qu’aujourd’hui jamais pareil projet n’aurait toléré la présence de ses semblables.

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