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La bulle de Josef Schovanec : On pratique une sorte de cancel culture à l'égard de la Suède

La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
02 oct. 2020 à 12:40 - mise à jour 02 oct. 2020 à 12:40Temps de lecture2 min
Par Josef Schovanec

" Nous entrons un peu dans le modèle suédois ". Prononcés la semaine dernière, ces quelques mots de Maggie De Block sont largement passés inaperçus. Pourtant, ils sont lourds par leurs implications. Le pays qui a été durant tant de semaines et de mois harcelé, diabolisé par la quasi-totalité des médias d’Europe occidentale, qui a été victime de sanctions diverses de la part de ses voisins et dont le seul nom est devenu synonyme de massacre sinon de barbarie, ce même pays à présent est du bout des lèvres reconnu officiellement comme modèle.

Au demeurant, la Belgique n’est pas la seule à plus ou moins reconnaître le modèle suédois : beaucoup de pays européens, de fait, font de même, sans se l’avouer. L’Allemagne ou la France, par exemple.

Toutefois, ce n’est pas en soi la réhabilitation de la Suède qui importe. Après tout, le virologue en chef suédois, Anders Tegnell, qui est à mon avis autiste et a donc pu garder la tête froide, n’en a que faire de la reconnaissance après les crachats.

Ce que l’affaire suédoise révèle pour moi, c’est à quel point la réputation des Etats est arbitraire.

On parle souvent de " cancel culture " ou encore de harcèlement contre des individus, mais le même phénomène existe contre les Etats.

Il est extrêmement aisé de diaboliser un pays. Nul besoin d’arguments, encore moins de faits. Les gens obéissent : vous citez le nom en question, et les insultes fusent. Pire encore : rarement dans l’histoire les Européens ont eu une vision aussi négative des autres pays.

L’emblème par excellence en pourraient être les fameuses cartes du monde du Service Public Fédéral des AE : tous les pays non-blancs et non-chrétiens sont des nids de virus où la mort rôde.

Ces derniers jours, on a vaguement rajouté le Rwanda, l’un des plus petits pays d’Afrique, comme caution anti-raciste. Tout cela est scientifique, bien sûr.

A y réfléchir, on comprend pourquoi le secteur de la santé avait naguère été le plus ferme soutien des visions racistes de la société.

Peut-être toutefois que ces diabolisations de l’autre cachent une vérité dévastatrice : c’est que l’autre s’en sort mieux que soi. A tout hasard, prenons un pays neutre dans l’affaire et dont les compétences sanitaires sont indéniables, par exemple les Seychelles. Pour les Seychelles, la plus grande partie de l’Europe est considérée comme zone infectée par le Covid, dont d’ailleurs Belgique et France. Par contre, la Suède, le Pakistan, l’Egypte, Maurice, le Cambodge sont des pays sûrs. Et non, les Seychelles ne sont soumises à aucune manipulation politico-économique de la part du Pakistan, par exemple, et n’ont aucun intérêt économique à le blanchir indûment. Terrible claque pour le sentiment de supériorité de l’Europe occidentale que d’admettre la vérité.

Naguère, l’orient faisait rêver : l’Egypte, les Indes ; un grand nombre d’Européens y partaient vivre ; un plus grand nombre encore en rêvait sans oser y partir. Revendiquer cette part de rêve d’ailleurs pourrait devenir un projet révolutionnaire dans une Europe de plus en plus barricadée et aigrie.

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