La Chine et la "diplomatie du masque" pour redorer son blason

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25 mars 2020 à 09:59Temps de lecture2 min
Par Amid Faljaoui

Comment dit-on "village Potemkine" en chinois ? Comme vous le savez sans doute l’expression désigne un trompe-l’œil à des fins de propagande. Selon une légende historique, de belles façades en carton-pâte auraient été érigées, à la demande du ministre russe Grigori Potemkine, afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II en Crimée en 1787. Je suis comme vous, je suis incapable de traduire cette expression en chinois, mais je suis certain en revanche que les autorités chinoises connaissent bien cette légende. La preuve ? Le parti communiste chinois manipule les informations pour tenter de redorer son blason en interne et à l’international. Parlez avec un quidam au téléphone ou dans la rue (mais à 1,5 mètres de distance, svp), et il vous dira que la Chine a été plus solidaire avec l’Italie que les autres pays européens. N’ont-ils pas envoyé gratuitement des masques et des respirateurs à nos voisins italiens alors que les pays voisins ne faisaient rien. D’abord, nuançons. Les Italiens n’ont pas reçu des milliers de respirateurs gratuitement mais les ont payés. Ensuite, la Chine à beau mettre en avant les gestes de solidarité de Jack Ma, son milliardaire et fondateur d’Alibaba qui offre des masques par millions à qui le demande, il ne faudrait pas oublier que les 4 dernières épidémies mondiales sont venues de… Chine. Comme l’écrivaient joliment mes confrères du Monde, pour redorer leur blason, les autorités chinoises essaient de se poser en solution et non en problème. C’est ce qu’on pourrait appeler la "diplomatie du masque". En aidant l’Europe, la Chine essaie même de faire croire que son modèle autoritariste est le seul valable pour lutter contre ce genre de pandémie. Sauf que des pays démocratiques comme Taïwan et la Corée du Sud ont aussi réussi à endiguer ce virus en jouant la carte de la transparence et la liberté d’informer. Par ailleurs, les Chinois ne connaissent pas seulement Potemkine, ils connaissent aussi le poète Jean Cocteau. N’est-ce pas lui qui disait " puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ". Vous avez des doutes ? Vous avez tort, car selon Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine et chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, " les médias chinois ont diffusé les vidéos des Italiens jouant de la musique sur leurs balcons pour honorer les soignants en expliquant que c’était leur façon de remercier la Chine qui leur avait envoyé de l’aide ". En réalité, la Chine essaie de s’imposer comme le numéro un bis de la planète et ne s’en cache plus maintenant. D’où sa communication paternaliste. Mais ce drame du COVID-19 sera aussi un " wake up call " pour l’Europe qui découvre que dans un monde globalisé, c’était un tort de croire qu’aucun secteur économique n’était stratégique. Ses élites ont aussi eu tort de penser que la mondialisation a été heureuse, alors qu’en réalité, elle l’a été pour " pauvres de pays pauvres et les riches des pays riches " comme le résume Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères de François Mitterrand. Bref, nos classes moyennes et populaires ont été la variable d’ajustement de cette mondialisation. Et quant au citoyen, il se rend compte que son nomadisme (tourisme, voyages d’affaires) incessant tant vanté par Jacques Attali peut aussi se transformer en chemin de croix. Au fond, le philosophe et mathématicien Blaise Pascal avait raison d’écrire : "tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre". Né en 1632, ce génie de notre humanité ne savait pas à quel point ses paroles seraient prémonitoires en 2020.

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