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La Chine revendrait du gaz russe à l’Europe, en multipliant le prix au passage

INVITÉ : Prix du gaz européen

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07 sept. 2022 à 14:42 - mise à jour 08 sept. 2022 à 06:29Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine

Qui bénéficie de l’envolée du prix du gaz en Europe ? La Chine est l’un des gagnants de la crise énergétique provoquée par la guerre russe en Ukraine. Grande importatrice d’énergies, la Chine fait face à un ralentissement de sa demande intérieure. Ces derniers mois, elle revend sur les marchés ses surplus de gaz naturel liquéfié (GNL), dont les prix battent des records. Et ce GNL dont l’Europe est devenue avide vient entre autres de Russie.

C’est un paradoxe de la crise énergétique que nous traversons. Le gaz russe qui ne parvient plus en Europe par les gazoducs habituels y revient en partie via la Chine, au prix fort. Alors que l’Europe tente de sortir de sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie, elle crée une nouvelle forme dépendance à l’égard à la fois de la Russie et de la Chine, en finançant généreusement leurs économies.

Bouée de sauvetage

Le Financial Times expliquait récemment que la Chine est devenue la bouée de sauvetage de l’Union européenne qui cherche désespérément à assurer ses stocks de gaz en prévision de l’hiver. Miracle : l’objectif de remplir les réserves à 80% d’ici novembre est déjà atteint, malgré les diminutions de livraisons russes et la mise à l’arrêt du gazoduc NordStream 1. La part de la Russie dans les importations de gaz de l'Union européenne est tombé en six mois de 40% à 9%, selon la Commission.

Dans le même temps, les importations de GNL dans l’UE ont augmenté de 60% par rapport à 2021. Transporté par bateau, le gaz liquéfié voit son volume réduit 600 fois ! Chaque méthanier contient donc un gigantesque potentiel énergétique.

La Chine importe trop de GNL

Un des acteurs inattendus de ce miracle est la Chine. Pékin n’est pourtant pas un exportateur traditionnel de gaz : malgré sa production croissante, il doit importer 40% de ses besoins. Mais l’économie chinoise fonctionne au ralenti ces derniers mois, entre autres en raison de la politique zéro Covid qui a imposé des confinements et des arrêts de production.

Premier importateur mondial de GNL, la Chine dispose aujourd’hui de trop de gaz et le remet en vente sur les marchés. Cette offre inattendue rencontre l’immense soif de l’Europe, prête à payer le prix fort pour mettre la main sur ce GNL.

Revente sur le marché spot

Les entreprises énergétiques chinoises sont largement gagnantes : elles revendraient leurs cargaisons deux à trois fois plus cher aux Européens sur le marché spot. Contrairement au marché à terme, le marché spot permet d’acheter au comptant des cargaisons existant physiquement et dont le transport est déjà en cours.

Le groupe Sinopec, le plus grand raffineur de pétrole de Chine, a ainsi revendu 45 livraisons complètes de GNL. On estime que la Chine a vendu au moins 4 millions de tonnes de GNL excédentaire cette année. Ce volume représente 7% du gaz naturel importé par l’Europe durant les six premiers mois de cette année.

L’aveu chinois

Pékin restait jusqu’à récemment discret sur ces juteuses opérations. Le quotidien chinois Global Times vient de publier un article reconnaissant ouvertement le mécanisme : "Les sociétés chinoises de GNL augmentent leurs approvisionnements dans un contexte de demande croissante de la part des clients européens". L’article explique qu’au mois d’août, des entreprises chinoises ont encore augmenté leurs achats à l’étranger de plus de 10% dans le but de revendre le gaz à des clients européens. Il reste cependant flou sur l’origine de ce gaz.

Pour le site spécialisé oil.com, la réponse est évidente : la Chine revend "tranquillement" du gaz russe à l’Europe. Ses importations de GNL en provenance de Russie ont bondi de près de 30% par rapport à l’année précédente, alors que les autres importations énergétiques ont diminué. La demande interne de GNL a en effet fortement chuté en raison des difficultés sanitaires, climatiques et économiques du pays.

Prix multiplié par deux ou trois

Pékin ne s’en cache plus : les opérateurs chinois achètent les cargaisons de gaz disponibles pour les revendre aux Européens, en multipliant au passage le prix par deux ou trois, selon oil.com. Ces sociétés empochent ainsi le bénéfice tiré de leur rôle d’intermédiaire entre deux acteurs majeurs et interdépendants, mais qui veulent plus traiter directement, la Russie et l’Europe.

Combien de temps cette anomalie va-t-elle se prolonger ? Les experts soulignent que dès que la croissance économique chinoise repartira, le pays cessera de mettre en vente le GNL acheté à la Russie ou ailleurs pour permettre à son industrie de se relancer. De son côté, l’Europe, prise par surprise par le comportement russe, réorganise en profondeur son marché de l’énergie, en accélérant son objectif de diminuer la consommation d’énergies fossiles. La dépendance au gaz et pétrole devrait se réduire dans les prochaines années.

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