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La contraception masculine, un sujet moins tabou au fil du temps ?

Tendances Première : Les Tribus

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Ce 26 septembre marque la journée mondiale de la contraception. Aline Schoentjes, sagefemme chez Amala, en profite pour rouvrir le dossier de la contraception masculine, dont on ne parle pas beaucoup. Car clairement, la charge mentale repose encore beaucoup sur les femmes.

Une enquête sur la contraception, menée par Solidaris en 2017, révèle que près de 7 femmes sur 10, en Belgique comme en France, déclarent utiliser un moyen de contraception. Mais de l’autre côté de la Manche, elles sont 9 sur 10 à porter seule la contraception.

Les hommes belges sont un tout petit peu plus de 3/10 à assumer une contraception. Et encore, 60% d’entre eux citent le préservatif et rien d’autre. Quand on évoque la pilule masculine, près de 4 hommes sur 10 se disent prêts à prendre la pilule, 3 ne savent pas de quoi il s’agit et les 3 derniers ne veulent pas en entendre parler.

Pourquoi ce manque d’intérêt pour la contraception masculine ?

© Getty Images

Un manque d’information ?

La contraception reste un sujet difficile à aborder pour les hommes comme pour les femmes. Les jeunes ont toutefois l’air moins mal à l’aise ou moins inconscients. 8% des 17-20 ans posent la question de la contraception dans une relation occasionnelle, mais après 20 ans, cela ne dépasse pas les 5%.

Plus inquiétant : 21% des 41-55 ans ne posent jamais la question de la contraception à leur partenaire, alors qu’heureusement, ils sont à peine 4% des 17-20 ans.

La contraception masculine n’est pas encore très connue. Il est vrai que les femmes ont l’avantage de pouvoir consulter des spécialistes, gynécologue ou généraliste spécialisé en planning, alors que les hommes n’ont pas vraiment de professionnels attitrés à qui s’adresser en Belgique. Ils s’en remettent souvent à leur partenaire, à la famille ou à des amis, qui sont eux-mêmes aussi peu informés et formés.

Une recherche trop récente ?

La contraception masculine n’est pourtant pas quelque chose de nouveau.

La première publication concernant la suppression, grâce aux hormones, de la spermatogénèse, ou la fabrication des spermatozoïdes, remonterait déjà à 1939.

Aux USA, dans les années 50, Gregory Pincus, l’un des inventeurs de la pilule féminine, fait aussi des tests, avec succès, sur des hommes, mais il les choisit quand même atteints de troubles psychiatriques…

Avec l’émergence des mouvements féministes des années 60 et 70, certains hommes se sont eux aussi mis à questionner le patriarcat et à vouloir prendre leur fertilité en main.

Dans les années 70, la Chine, qui n’est pourtant pas vraiment réputée pour son féminisme virulent, mais qui est confrontée à un sérieux problème de surpopulation, va lancer un essai à grande échelle sur des milliers de Chinois. Un essai qu’elle va devoir abandonner à cause d’effets secondaires trop importants, notamment sur le foie.

En France, il faut attendre la fin des années 70 et le début les années 80, entre autres avec le Dr Soufir, pour qu’on pose les premiers vrais pas vers un contraceptif hormonal pour les hommes. Ce médecin avait élaboré un double “traitement” constitué d’une pilule hebdomadaire et d’un gel à appliquer sur le corps. Très vite sont apparus des effets secondaires similaires aux pilules pour les femmes, comme le grossissement des seins, prise de poids, irritabilité. Sans compter que comme le gel déteignait sur les compagnes, elles voyaient augmenter leur taux de testostérone dans le sang, et donc aussi leur pilosité.

En France toujours, des personnalités originales et créatives comme le Dr Mieusset à Toulouse ont imaginé une méthode thermique avec le slip chauffant ou le remonte-couilles toulousain, au nom si poétique.

Au milieu des années 80, la vague du SIDA vient bouleverser la donne et met à l’arrêt cette modeste recherche. Il faudra attendre le début des années 2000 et l’apparition de la trithérapie pour qu’on se reconcentre sur le sujet de la contraception masculine.

Pourtant dès 1990, l’OMS avait lancé une première grande étude mondiale, avec des injections de testostérone. On avait rapidement constaté une efficacité très élevée, comparable au stérilet, soit de 95%. Une deuxième étude avait montré une efficacité encore meilleure.

Alors pourquoi s’est-on arrêté là ?

Est-ce tabou ? Les hommes sont-ils des chochottes ? Cela ne rapporte-t-il pas assez ? Un peu de tout cela probablement, répond Aline Schoentjes.

Si l’on en croit la chercheuse néerlandaise Nelly Oudshoorn, les hommes auraient peur d’une diminution de leur libido. Or, c’est plutôt faux puisque la contraception chimique augmente le taux de testostérone. Et qu’en est-il alors de la perte de libido des femmes sous pilule ? Elle souligne également qu’on ne trouve pas assez de cobayes à grande échelle, qui auraient envie de prendre des risques.

Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique est beaucoup plus frileuse face aux plaintes potentielles. A l’époque où se testait la contraception hormonale féminine, le contexte juridique, éthique et scientifique était beaucoup plus souple.

Sans compter que d’autres méthodes, comme l’anneau en silicone ou le slip remontant, ne rapportent pas grand-chose à l’industrie. Le retour sur investissement pour une recherche sérieuse n’est donc pas vraiment intéressant.

Et puis, certains préjugés ont peut-être la vie dure : si la pilule existe pour les femmes, pourquoi s’embarrasser d’une pilule pour hommes ? Certains, certaines ont même clamé que c’était enlever du pouvoir aux femmes !

Quant à savoir si ce sont des chochottes, Aline Schoentjes rappelle simplement que, dans les années 50-60, les effets secondaires des premières pilules féminines étaient nombreux et sérieux, le remboursement des pilules de 3e et 4e générations a même été suspendu pendant quelques années, vu les risques thromboemboliques. Comparativement, les effets secondaires sur les hommes restent mineurs, même s’ils peuvent être désagréables ! 

>> Découvrez en plus ici sur les contraceptions masculines accessibles et ci-dessus dans la suite de l’émission.

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