Biodiversité

La COP-19 au secours des tortues d'eau douce et des "grenouilles de cristal"

Grenouille de cristal.

© Nicolas Reusens

23 nov. 2022 à 12:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

La conférence COP-19 de la Convention sur le commerce international d'espèces menacées (CITES) se portera durant sa seconde semaine à Panama au secours d'une douzaine d'espèces de tortues d'eau douce et des grenouilles dites "de cristal" car leur peau transparente permet de voir leurs organes internes.

Ivoire/corne de rhinocéros : la CITES confirme l'interdiction de commerce

Rhinocéros blanc.
Rhinocéros blanc. © Gregory Sweeney

Les délégués de plus de 180 pays et experts en protection d'espèces menacées, réunis depuis une semaine à Panama, ont décidé dès lundi de maintenir l'interdiction totale du commerce de cornes de rhinocéros blancs (Ceratotherium simum simum).

La proposition du Eswatini (ex-Swaziland), parrainée par le Botswana et la Namibie, d'assouplir le commerce de cornes de ses rhinocéros pour dégager des ressources afin de financer la protection de l'espèce a été rejetée lundi par 85 voix contre 15 et 26 abstentions en dépit du soutien du Japon et de plusieurs pays africains. D'autres pays africains, l'Union européenne, Israël et le Panama avaient auparavant appelé à rejeter tout aménagement.

De même, les délégués ont refusé d'autoriser la reprise du commerce de l'ivoire, même régulé, à la satisfaction de l'ONG Fonds international pour le bien-être animal (IFAW). Le "commerce légal d'ivoire ouvre des opportunités pour les trafiquants d'ivoire d'éléphants chassés par des braconniers", fait valoir le vice-président de l'IFAW, Matthew Collis.

Les tortues d'eau douce au centre des attentions

Tortue Matamata.
Tortue Matamata. © Javier Fernández Sánchez

La protection de reptiles et batraciens promet d'être parmi les moments forts de cette 19e conférence de la CITES : elle devra se prononcer d'ici sa clôture vendredi sur les règles de commercialisation d'une douzaine d'espèces de tortues d'eau douce et autant de variétés de "grenouilles de cristal".

"Les tortues d'eau douce sont parmi les principales espèces victimes de trafic international et sont sous pression pour cette raison."

Quatre pays d'Amérique latine (Brésil, Colombie, Costa Rica, Pérou) proposent de mettre en Annexe II (commerce régulé) les tortues Matamatas Chelus fimbriaba, du bassin amazonien, et Chelus orinocensis de l'Orénoque.

"Les Matamatas sont en proie à beaucoup de menaces : destruction de leur habitat, pollution mais également le commerce illégal, la consommation de leur chair et de leurs œufs et maintenant (le trafic) pour en faire des animaux de compagnie (...) en raison de leurs caractéristiques", déplore Doris Rodriguez, du service des forêts et de la faune sauvage du Pérou (Serfor).

Ces tortues aux carapaces épineuses qui mesurent une cinquantaine de centimètres pour une quinzaine de kilos ont une allure de fossiles vivants qui attire particulièrement les collectionneurs.

Grenouille de cristal : "Une histoire positive de restauration d'une espèce"

Grenouille de cristal.
Grenouille de cristal. © Maria Ogrzewalska

C'est aussi la morphologie spectaculaire de la "grenouille de cristal" (Centrolenidae) qui en fait la proie privilégiée de trafiquants. L'Argentine, le Brésil, le Costa Rica, le Salvador, le Panama, le Pérou, la République Dominicaine, les Etats-Unis ainsi que cinq pays africains se sont mis d'accord pour demander la protection dont sont dépourvues actuellement ces grenouilles nocturnes des forêts humides d'Amérique centrale et du Sud. Le président du Comité I, le Britannique Vincent Fleming, a tenu lundi à saluer "une histoire positive de restauration d'une espèce".

Prenant acte de l'amélioration de la situation de l'oie caquetante des Aléoutiennes (Branta canadensis leucopareia), le Comité a accepté par consensus, à la demande des Etats-Unis, de passer cette espèce de canard sauvage de l'Annexe I (interdiction totale de commercialisation) à l'Annexe II permettant une commercialisation régulée.

Le crocodile du Brésil un peu moins protégé

Crocodile du Brésil.
Crocodile du Brésil. © MaViLa

Par ailleurs, le Comité I du sommet a approuvé par consensus le passage de l'Annexe I à l'Annexe II pour un crocodile du Brésil (Caiman latirostris) et un autre des Philippines (Crocodylus porosus) mais a refusé faire de même avec une espèce de Thaïlande (Crocodylus siamensis).

Ce passage permet de lever l'interdiction de commercialiser ces espèces lorsqu'elles vivent en captivité.

"Les Brésiliens ont beaucoup d'informations sur lesquelles ils fondent leurs décisions. Ce n'est pas une pression marketing car la valeur de ces espèces a beaucoup baissé", a indiqué la chercheuse Miryam Venegas-Anaya, spécialiste renommée des crocodiles de l'Université technologique de Panama et de Smithsonian Institute.

Stop au trafic d'ailerons de requins !

Requins-marteaux.
Requins-marteaux. © Gerard Soury

La COP-19 devrait aussi faire une importante incursion dans les mers en décidant en plénière de protéger par leur inscription en Annexe II les requins Requiem et les requins-marteaux afin de freiner le commerce d'ailerons de requins et leur éviter de finir en soupe.

Le prix des ailerons de requin peut atteindre les 1000 dollars le kg sur les marchés asiatiques, notamment à Hong Kong.

Les requins-marteaux et les requins Requiem fournissent la moitié des ventes, estimées à un demi-milliard de dollars chaque année.

La CITES, en vigueur depuis 1975, fixe les règles du commerce international pour plus de 36.000 espèces sauvages, allant de la délivrance de permis (plus d'un million de transactions autorisées par an) jusqu'à l'interdiction totale.

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