La dernière ville communiste de Chine

05 juil. 2022 à 13:19Temps de lecture5 min
Par Un Monde à part

    Nianje est une ville à part. En plein cœur de la république populaire de Chine, les habitants de Nianje vivent au rythme du culte de Mao. La ville s’est engagée sur la voie du collectivisme. Ici, pas de salaire, pas de propriétaire, mais un libre accès aux commodités de la ville. Éducation, logements, loisirs, etc. tout est offert, en fonction du bon comportement de chaque famille. Alors que l’immense Chine a sans conteste embrassé le capitalisme occidental, Un Monde à part vous présente la dernière ville communiste de l’Empire du milieu !

    Maxime Depretz

    Dans cette ville un peu spéciale, les hauts parleurs diffusent en boucle des chants communistes et des préceptes du petit livre rouge. Ici, pas de panneaux publicitaires, mais des portraits géants de Lénine, Staline ou autre Karl Marx. Les stars locales.

    Les autorités de la ville ont accepté de nous ouvrir leurs portes, mais nous imposent une visite guidée du musée. Il fait 40 degrés dehors, un peu d’ombres nous fera du bien. Durant cette visite studieuse, cette dame nous explique en mandarin les atouts de Nianje.

    "Nianje dispose de 500 hectares de terres agricoles. Elles sont cultivées par une vingtaine de citoyens de la ville. La statue de Mao a été bâtie en 1993 et elle fait 9 mètres de hauteur. Nous avons développé des quartiers résidentiels avec des immeubles identiques et de la verdure. Notre dicton : 'La richesse ne fait pas le bonheur, mais le bonheur apporte la richesse.' "

    Nous apprendrons aussi que la ville produit des nouilles, de l’eau de vie et des biscuits. Tout ça, Nianje le doit au précepte de Mao. Dernier passage obligé du musée : le livre d’or. Notre visite de la ville va ensuite pouvoir commencer.

    Pour comprendre le fonctionnement de Nianje, notre guide nous emmène ensuite dans différentes usines de la ville. À commencer par la fabrique de nouilles. Dans les années 80, alors que le Chine faisait ses premiers pas vers l’économie de marché, Nianje résistait. La ville choisissait de s’engager dans la voie du collectivisme absolu. Elle décide de continuer à la lettre le modèle des années 50, celui d’avant les réformes qui ont fait de la Chine le deuxième économie mondiale. Résultat ici, les transactions privées sont interdites et les citoyens ne sont propriétaires de rien. C’est la collectivité qui décide de tout et qui fournit toutes les commodités.

    "Les habitants de Nianje qui travaillent dans ces usines reçoivent une petit compensation pour leurs loisirs, mais ce qu’ils obtiennent surtout, c’est de pouvoir occuper un logement. Tous leurs soins de santé sont gratuits. Tout comme les frais d’éducation pour les enfants."

    Et pour s’assurer d’une bonne discipline générale, les résidents doivent se plier au système des 10 étoiles. 10 règles qu’ils doivent respecter à la lettre, s’ils veulent conserver leurs avantages. Il y a notamment l’étoile de la responsabilité, l’étoile de l’effort, l’étoile de la bonté ou encore l’étoile de la fidélité aux dirigeants communistes. Tous les trois mois, le comportement de chaque famille est évalué et le nombre d’étoiles est attribué. En fonction de ce nombre, les commodités de la ville sont ouvertes ou non au foyer.

    Nous nous rendons ensuite dans l’usine phare de Nianje, la fabrique de statues de Mao. Ici, 6 jours sur 7 et 10 heures par jour, les ouvriers façonnent les statues du Grand Timonier. Il y en a de toutes les tailles et pour tous les goûts. Ici, comme dans toutes les usines de Nianje, le travailleur le plus méritant se verra gratifier du titre d’employé du mois.

    "Les employés du mois obtiennent différentes récompenses. La première récompense, c’est la fierté que cela lui procure. Ensuite, il peut recevoir une excursion pour aller à la rencontre d’autres travailleurs du même secteur. Et puis, en fin d’année, les plus méritants obtiennent des biens matériels. Une télévision ou un réfrigérateur."

    Et notre guide nous le garantit, ici, il n’y a jamais eu la moindre grève !

    "On organise des séances de formation au système communiste. On attache beaucoup d’importance à bien inculquer la doctrine et les valeurs du communisme. Il y a même des examens pour vérifier que les gens comprennent bien nos principes. Donc, il n’y a jamais de grève."

    C’est ainsi que dans l’usine, les statues s’entassent au fil des jours… Mais se vendent-elles réellement ? À bien y regarder, certaines statues sont en place depuis si longtemps qu’elles commencent à se décomposer.

    Maxime Depretz

    Mais voici la réalité de Nianje.

    Cette vitrine du communisme idéal fonctionne en grande partie grâce à la générosité du pouvoir central de Pékin. Des subventions, par millions, pour maintenir un vestige du rêve collectiviste. Que ce soit d’anciens généraux de l’armée ou de richissimes politiques nostalgiques de Mao, ils envoient de l’argent pour maintenir une trace d’un régime qu’ils ont tant idéalisé.

    Ainsi, cette ville est visitée chaque année par de nombreux touristes chinois qui se demandent à quoi pouvait ressembler leur vie d’avant. Mais pour les habitants de Nianje, c’est la réalité quotidienne.

    Nouvelle étape de l’immersion, c’est la rencontre d’une famille sélectionnée par les autorités. On s’en doute, elle est très satisfaite. Et le système de notation des citoyens ne lui semble pas trop contraignant.

    "Si tu vis à Nianje, c’est normal de respecter les principes de la ville. Par exemple l’hygiène, il faut être propre et tenir sa maison saine et bien rangée. Ce n’est pas compliqué à respecter. Il y a beaucoup de règles qui existent, mais si tu travailles bien, que tu es efficace et que tu ne fais pas d’incivilité, alors, tu n’auras pas de problème. Et si tu te comportes bien avec tes collègues, tu peux même devenir l’employé du mois."

    Des citoyens modèles et des discours bien rodés.

    Maxime Depretz

    En réalité, la plupart des habitants de Nianje sont satisfaits de vivre dans ces conditions. D’ailleurs, ceux qui ne s’y plaisent pas peuvent tout simplement quitter la ville. Mais les avantages sont là. Ici, ils ont accès aux loisirs, à des séances de cinéma gratuites. Et même si tout est encadré et organisé par les autorités, c’est toujours mieux que rien. Car dans ces régions rurales de la Chine, de très nombreux Chinois vivent dans l’extrême pauvreté. Alors, cette ville communiste artificielle est une aubaine pour les habitants. Ils sont prêts à abandonner de nombreux aspects de leur liberté contre un certain confort matériel.

    Notamment, pour cette carte à puce, rechargée chaque mois par les autorités qui leur permet de faire des courses au supermarché. Plutôt pratique, dans une ville où personne n’a accès à un compte en banque.

    "J’achète tout ce dont j’ai besoin avec cette carte. Chaque mois, chaque habitant reçoit l’équivalent de 13€. Moi, je me sens bien ici. Dans les rues, il n’y a pas de bouchons. Tout est propre et il y a moins de pollution que dans les grandes villes."

    Ainsi va la vie dans la dernière commune Maoïste de Chine. Au cœur d’un Empire du milieu résolument tourné vers l’économie de marché, cette capsule temporelle risque bien de se transformer petit à petit en véritable parc d’attraction vivant du rêve communiste jamais atteint.

    Sur le même sujet

    A Bali, Antony Blinken et Wang Yi tentent d'apaiser les tensions sino-américaines

    Monde

    Articles recommandés pour vous