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Coronavirus

"La détresse psychologique, on ne sait pas la mesurer" : le secteur de l'horeca attend l'arrivée du code jaune

Ludivine de Magnanville, nouvelle présidente de la fédération Horeca Bruxelles.
04 mars 2022 à 08:56Temps de lecture4 min
Par David Manfredini, sur base de l'interview de Danielle Welter

Attendu avec impatience par un grand nombre de personnes, un nouveau Comité de concertation est prévu de vendredi 4 mars à 13h. Selon les prévisions, la bonne évolution de l'épidémie de coronavirus devrait permettre le basculement vers le code jaune, et avec lui la levée d'un certain nombre de mesures.

Particulièrement touché par la pandémie, le secteur de l'horeca a serré les dents du mieux qu'il a pu. Bien que le bout du tunnel puisse sembler proche, de nombreux défis restent à relever pour la reprise.

Ludivine de Magnanville était l’invitée de Danielle Welter sur La Première ce vendredi 4 mars. Nouvelle présidente de la fédération Horeca Bruxelles, à la tête de 2 restaurants et d’un bar bruxellois, elle est la première femme à se retrouver à la tête de la fédération Horeca Bruxelles, depuis 1939, une fédération qui compte 26.000 emplois directs dans la capitale. Elle est revenue sur les deux années de crise écoulées, sur la détresse du secteur et sur les mesures à prendre pour aider l'horeca.

Un secteur qui a dû se réinventer

Lorsque le coronavirus est arrivé, raconte Ludivine de Magnanville, tout le monde s'est arrêté. Les télévisions se sont allumées et tous attendaient fébrilement les nouvelles concernant l'épidémie et les mesures associées.

Au fil des mois, l'économie a entamé une lente reprise, mais il n'a pas été facile pour l'horeca de continuer à travailler. Certains sont d'ailleurs descendus dans les rues pour qu'on les autorise à travailler. "Il a fallu se réinventer. Pour essayer de combler les trous, de payer les factures, le loyer … certains se sont par exemple lancé dans les Takeaway."

Une détresse psychologique

En plus des difficultés financières est venu s'ajouter une détresse psychologique. De nombreux drames ont été vécu.

Ce 2 mars, Rudy Van Lancker, le patron du restaurant de gastronomie belge "Chez Léon", se donnait la mort. Il incarnait la gastronomie bruxelloise. "Aujourd’hui, on arrive à quantifier ce qu’on a plus dans nos caisses. On arrive à quantifier les économies que nous avions de côté. Par contre, la détresse psychologique, on ne sait pas la mesurer."

Elle continue : "J’ai régulièrement des restaurateurs au téléphone qui me racontent que c'est très très compliqué. On est pendu aux lèvres du codeco."

Une pénurie de personnel

Cette détresse psychologique a évidemment eu un impact important sur le nombre de personnes souhaitant toujours travailler dans le secteur. "On parle de la détresse psychologique des entrepreneurs, mais il faut aussi parler de la détresse psychologique des collaborateurs, qui se sont retrouvés avec 70% de leur salaire net. Malheureusement, eux aussi ont été dégoutés de notre secteur."

Elle garde cependant un peu d'espoir concernant cette diminution de personnel disponible : "Je commence à voir des gens qui s’ennuient à 19h quand ils rentrent chez eux, parce qu’ils ont eu un boulot de 8h à 19h et qui se disent finalement ça leur manque. C’est un secteur qu’on fait par passion."

"Il faut être créatif"

Parmi les mesures prônée par Ludivine de Magnanville, on retrouve notamment la baisse de la TVA à 6%, une façon d’aider structurellement le secteur de l'horeca : "Aujourd’hui, on a prouvé que la baisse de TVA à 6% était une des meilleures manières de remplir les caisses avec le travail. Ce n’est pas une aide de soutien, c’est une aide de travail. Je pense que si on n’a pas une baisse de TVA généralisée, il faut savoir être créatif, donc trouver des solutions pour valoriser notre pays."

Elle explique qu'il serait notamment possible de diminuer la TVA sur les bières belges : "Tout ce qui provient de la Belgique peut avoir une TVA choisie par le pays. On pourrait par exemple avoir une TVA différente pour la bière. Nous avons de plus en plus d’alcool belge, donc soyons un peu chauvin essayons de trouver des solutions pour aider nos entrepreneurs. Au bout de deux ans, il faut être créatif."

La fin du CST très attendue

La mise au placard du CST et la levée attendue de nombreuses mesures est attendue comme une bouffée d'oxygène par une bonne partie du secteur de l'horeca : "Il était temps que le CST soit mis de côté" indique Ludivine de Magnanville. "Les gens ne comprendraient pas s’il n’était pas enlevé et si on ne passait pas en code jaune." Elle ajoute : "On se retrouve aujourd'hui dans une situation où, je crois, on ne surveille quasiment plus les hospitalisations. [...] Si le CST et le baromètre doivent servir à mettre des limites et cadrer et si là on ne passe pas en code jaune, en fait il ne sert à rien."

Elle ne sait cependant pas si le CST doit être seulement suspendu ou jeté aux oubliettes : "Ça, c’est une décision politique. Je ne peux pas parler d’avenir, je peux juste dire que s’il est suspendu, très bien, c’est une très bonne chose. En octobre, après deux ans et demi, je pense qu’il faudra trouver d’autres solutions pour pas forcément le remettre, comme la ventilation par exemple."

Un secteur à revaloriser

Enfin, Ludivine de Magnanville estime que le secteur a souffert d'un problème d'image important, devenant un "cluster non essentiel" : "On est un des seuls secteurs qui relie l’économique et le social. On est une source de chiffre d’affaires pour l’état [...] et à côté de ça on est une ressource sociale, que ce soit pour nos clients, nos collaborateurs ou nos entrepreneurs."

Elle indique qu'il est temps de revaloriser le secteur : "Pendant quelques mois, certains ont pu avoir honte d'avoir un restaurant ... Je trouve qu’aujourd’hui il faut nous considérer comme essentiel, au vu des centaines de personnes qui sont venues lorsqu’on a rouvert et pour le milieu de la nuit avec les files qu’il y a eu. Il faut être fier de notre secteur."

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