Belgique

La direction de bpost face aux parlementaires : "Il n’y a pas de plan social en vue" chez bpost dans les deux ans à venir

La présidente du conseil d’administration de bpost, Audrey Hanard, entourée de la présidente du comité d’audit, du CEO ad interim de bpostgroup et du CEO de bpost Belgique.

© BELGA – NICOLAS MAETERLINCK

Par Jean-François Noulet

Après la ministre de tutelle de bpost, Petra De Sutter, la semaine dernière, c’est au tour de la direction de bpost de se présenter devant les parlementaires de la commission de la Mobilité, des Entreprises publiques et des Institutions fédérales, ce 16 mai à la Chambre.

La présidente du conseil d’administration de bpost, Audrey Hanard, est accompagnée du CEO de bpost group ad interim, Philippe Dartienne, du patron de bpost Belgique, Jos Donvil et la présidente du comité d’audit de bpost, Sonja Rottiers.

À quatre, ils doivent éclairer les parlementaires sur les dysfonctionnements apparus au sein de l’entreprise bpost depuis la fin de l’an dernier.

Pour rappel, depuis fin 2022, des soupçons d’irrégularités sont apparus en interne. Il a d’abord été question du contrat liant bpost à l’État belge pour la distribution de journaux et périodiques et qui a déjà mené l’entreprise à se séparer de son ancien CEO Dirk Tirez. Depuis, d’autres contrats suspects ont été repérés par bpost. Ils concernent notamment la gestion des plaques d’immatriculations européennes et la gestion des comptes de trésorerie de l’Etat et la collecte des amendes routières.

La direction de bpost a déjà pu s’expliquer sur ces développements et sur l’enquête interne en cours. Elle l’a fait lors d’une conférence de presse. Elle l’a fait aussi, quelques jours plus tard, devant les actionnaires de bpost, lors d’une assemblée générale.

Depuis, les informations, révélations et questions à propos de bpost se succèdent. L’une des dernières informations en date concernait l’entreprise de conseil McKinsey à laquelle bpost aurait fait appel pour des millions d’euros sans appel d’offres.

Et ce mardi, peu avant la tenue de cette commission parlementaire, la N-VA, dans l’opposition, tirait une salve contre l’entreprise, sa direction et, plus largement, le gouvernement en déposant plainte pour de possibles faits délictueux.

La direction fait le point sur les possibles irrégularités et leurs conséquences et reconnaît que l’Etat a payé trop pour au moins un contrat

Après une brève introduction par Audrey Hanard, la présidente du conseil d’administration, c’est Sonja Rottiers, responsable du comité d’audit de bpost qui s’est exprimée longuement et en détail sur les découvertes que bpost a faites depuis l’an dernier, en particulier à propos du contrat de distribution de journaux et périodiques. Ont notamment été exposés les indices découverts par le comité d’audit laissant penser à des irrégularités qui auraient faussé la concurrence. L’autorité de la concurrence est d’ailleurs saisie du dossier.

Comme elle l’a déjà fait lors d’une conférence de presse, la présidente du conseil d’administration a ensuite exposé les mesures que l’entreprise a prises après ces découvertes. Y figurent, notamment, le renvoi du CEO de l’époque, Dirk Tirez et de deux autres directeurs et l’ouverture d’enquête sur d’autres contrats qui pourraient être irréguliers. Il s’agit du contrat de collecte des amendes routières pour le compte du SPF Justice. Une enquête est en cours et les résultats ne peuvent pas encore être communiqués, a expliqué la présidente Audrey Hanard. Il s’agit aussi du contrat avec le SPF Finances pour la gestion de la trésorerie de l’État, contrat lui aussi suspect.

Selon la présidente, la facture présentée au SPF Finances pour ce contrat aurait été exagérée. Enfin, il est aussi question du contrat de gestion des plaques d’immatriculation européenne, où "rien n’indique à ce stade que des erreurs se seraient produites lors de la procédure d’appel d’offres", a expliqué Audrey Hanard.

La présidente du conseil d’administration et le CEO ad interim, Philippe Dartienne, ont ensuite expliqué ce que prévoit bpost pour l’avenir afin d’éviter de nouveaux problèmes de ce type et garantir sa stabilité économique de l’entreprise. Ces informations étaient très semblables à celles communiquées en conférence de presse le 4 mai dernier et devant les actionnaires, le 10 mai.

La présidente du conseil d’administration, Audrey Hanard, a clôturé l’exposé de la direction en convenant que l’entreprise traverse "une période extrêmement difficile", "une des crises les plus sérieuses de notre histoire". "Nous voulons très sincèrement rectifier ce qui doit l’être" et "remettre certaines pratiques en question", a-t-elle ajouté, confiante en l’avenir de bpost, une "entreprise financièrement saine".

Un feu nourri de questions de la part des députés

La séance de la commission s’annonce longue en raison du nombre de questions que les députés souhaitent poser.

Au front sur ce dossier depuis plusieurs semaines, la N-VA a été la première à dégainer sa liste de questions. Le député Michael Freilich s’interroge sur une rencontre intervenue avant le renvoi du CEO de bpost Dirk Tirez, entre la présidente du conseil d’administration, Audrey Hanard, choisie par le PS, et le président du PS, Paul Magnette. "Dans quel cadre était-ce ?", demande le député qui s’étonne que la direction de bpost n’ait pas rencontré d’autres présidents de parti. "Dirk Tirez a-t-il été éloigné parce qu’il voulait restructurer l’entreprise", interroge le député N-VA.

La N-VA s’interroge aussi sur la fiabilité de l’audit interne, réalisé par deux bureaux d’avocats. "Ceux-ci sont-ils neutres", demande Michael Freilich, évoquant des liens entre des membres de ces cabinets et des personnes clés dans les affaires découvertes chez bpost. Autant de raisons pour lesquelles la N-VA ne cesse de demander que l’audit interne de bpost soit transmis aux députés.

"Avez-vous confiance en l’audit", demande aussi de son côté la députée Groen Eva Platteau.

Le député socialiste Jean-Marc Delizée rappelle, lui aussi que le parlement est demandeur d’obtenir l’audit interne. "Nous sommes demandeurs de pouvoir organiser de manière adéquate cette prise de connaissance de l’audit interne", a-t-il adressé à la présidente de bpost. Jean-Marc Delizée s’étonne que d’autres s’interrogent sur une rencontre entre son président de parti, Paul Magnette, et la présidente du conseil d’administration de bpost. "Avez-vous été sollicitée par d’autres présidents de parti ?", a demandé Jean-Marc Delizée.

"Les députés ont droit à des réponses. Ce sont les contribuables qui voient leur argent gaspillé", estime de son côté la députée Vlaams Belang Nathalie Dewulf, demandant elle aussi, "avant l’été", le résultat de l’audit interne.

Au MR, le député Emmanuel Burton rappelle que "la note globale des irrégularités pourrait s’établir à 600 millions d’euros". "On a un sérieux problème", estime-t-il, demandant que la "vérité" soit "faite". A propos des irrégularités dans le contrat de distribution des journaux, "quand avez-vous eu connaissance des irrégularités ?", demande Emmanuel Burton qui s’interroge aussi les contrats de consultance conclus par bpost avec McKinsey : "la loi n’a pas été respectée, comment cela s’explique-t-il ?"

AU CD&V, le député Jef Van den Bergh demande aussi "plus d’explications au sujet des contrats avec McKinsey" et "plus de clarté à propos de la réunion avec un président de parti, un ministre et le CEO de l’époque", "en septembre 2022, quelques semaines après le début de l’audit".

Des interrogations aussi par rapport aux contrats avec McKinsey du côté du groupe PTB-Pvda, où la députée Maria Vindevoghel plaide pour plus de contrôle de l’État sur bpost. "Nous voulons que bpost devienne une entreprise publique à 100%", déclare-t-elle. "Est-ce un scénario acceptable pour vous ?", demande-t-elle à la direction de bpost.

"Le grand perdant, c’est le contribuable", estime, quant à elle, la députée Open Vld Marianne Verhaert. Elle aussi s’interroge sur l’audit interne.

Du côté des socialistes flamands de Vooruit, Joris Vandenbroucke se pose aussi des questions sur le rôle du consultant McKinsey. "Qu’est-ce que McKinsey a fait chez bpost ? "demande-t-il. Il revient, lui aussi, sur les visites rendues par la direction de bpost aux "cabinets politiques et à certains partis". "De quoi s’agissait-il ?", demande Joris Vandenbroucke. "S’agissait-il du fameux plan 'Tirez' pour diminuer l’effectif de plus de 6000 unités ?", demande le député. "Un tel plan existe-t-il encore ?", ajoute-t-il.

Chez les Engagés, le député Josy Arens s’inquiète lui aussi que le parlement n’ait pas eu accès au contenu de l’audit interne. "Ce qui confirme qu’il y a des irrégularités plus importantes qu’on ne le voit", en conclut le député.

La présidente de bpost répond aux députés : "Nous avons la détermination d’aller au bout des choses"

Après la salve de questions des députés, c’est la présidente du conseil d’administration de bpost qui a pris la parole.

Critiquée par certains, elle a tenu à clarifier son rôle au sein de l’entreprise : un rôle de "chef d’orchestre" et d'"ambassadeur" qu’elle estime remplir avec "transparence" et "indépendance".

Par rapport à ses liens avec le Parti socialiste, "j’ai été nommée sur proposition du PS, ce n’est un secret pour personne", reconnaît-elle, ajoutant que c’est le cas d’autres membres du conseil d’administration d’être proposés par des partis politiques.

Son rôle d’ambassadrice de bpost explique "des contacts avec tous les cabinets des vice-premiers", pour "permettre à l’entreprise de présenter ses enjeux en toute transparence".

À propos de la rencontre en présence du ministre Dermagne et du président du PS, Paul Magnette, à la fin de l’été 2022, elle s’est faite "en pleine transparence", explique Audrey Hanard. Il n’y a "pas été question de la concession presse, ni d’un plan de restructuration quelconque", assure Audrey Hanard. Et le conseil d’administration a été tenu au courant, explique-t-elle.

Au sujet des contacts avec le cabinet Dermagne, dans le cadre du contrat de "concession presse", là aussi, explique Audrey Hanard, il s’agit de "contacts légitimes et partagés avec le conseil d’administration".

Quant aux liens avec les "anciens de McKinsey" que certains députés reprochent à Audrey Hanard, celle-ci s’est aussi expliquée. "Oui, j’ai rencontré beaucoup de gens dans ma vie. Est-ce que je connais des gens chez McKinsey, oui. Est-ce que cela a un impact sur la manière d’exercer mon rôle ? Non !", assure-t-elle.

La présidente du conseil d’administration assure les députés de la commission parlementaire qu’ils recevront "d’ici la fin de la semaine" les conclusions de l’audit interne réalisé par bpost. Certaines informations comme les noms des personnes qui ont fait l’objet de l’enquête interne seront toutefois cachés car il peut s’agir de personnes à qui rien n’est à reprocher. "Vous recevrez le même document que celui qui a été partagé avec Madame De Sutter et Monsieur Dermagne", a précisé la présidente du conseil d’administration, Audrey Hanard, à un député qui insistait pour pouvoir consulter l’ensemble de l’audit interne à huis clos.

Enfin, la présidente est revenue sur l’affaire des collaborateurs de bpost détachés auprès du cabinet de la ministre De Sutter tout en restant payés par bpost. "Nous ne proposerons plus de conventions de détachement à notre personnel", a assuré Audrey Hanard, parlant d’une pratique "du passé".

Pas de plan social en vue chez bpost

Le CEO de bpost Belgique, Jos Donvil a répondu aux questions des députés qui s’inquiétaient d’un éventuel plan social chez bpost. "Il n’y a pas de plan social en vue", a rassuré Jos Donvil. Il a toutefois rappelé le contexte dans lequel évolue bpost : une baisse de volume du courrier que l’augmentation du nombre de colis ne compense pas. Dans cette perspective, "oui, il y a des restructurations, puisque nous devons nous adapter en permanence à la réalité", a expliqué Jos Donvil.

"Mais nous travaillons sur d’autres éléments, par exemple la mobilité, voir par exemple si les facteurs peuvent devenir chauffeurs", a-t-il ajouté. "Nous cherchons des solutions pour notre personnel", a précisé Jos Donvil. Il a aussi évoqué la négociation pour une nouvelle convention collective de travail liée à un engagement de l’entreprise de ne pas se lancer dans un plan social pour les deux années à venir.

Enfin, pour préserver l’emploi, Jos Donvil compte sur le contrat de concession presse, "Nous voulons gagner ce contrat pour bpost. Ce sera la meilleure façon de conserve l’emploi", a-t-il déclaré.

Extrait du JT du 16/05/2023 :

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