Le Scan

La disparition du cash est-elle un problème ?

Le cash, une espèce en voie de disparition ?
16 juin 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Simon Breem avec Maurizio Sadutto

L’argent liquide est de moins en moins utilisé. Certains parlent même de le faire disparaître. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? De nombreuses personnes et associations s’y opposent. Elles y voient un danger pour nos libertés. C’est un reportage du Scan.

Une tendance qui pose question

L’habitude de payer en argent liquide se perd. Les moyens de paiement sont en effet de plus en plus diversifiés et se numérisent. Aujourd’hui, sortir du cash de sa poche est un geste qui n’est plus si courant que ça. En Belgique, moins d’un paiement sur deux se fait désormais en liquide. En Suède, on serait plus proche d’un paiement sur 20.

La disparition potentielle du cash se profile à l’horizon, et cela effraie pas mal de monde. Les conséquences seraient à la fois d’ordre économique bien sûr, mais également philosophique ou sociétal. Cela expliquerait certaines réticences.

Chez Luxiol, à Bruxelles, on défend les paiements en argent liquide.

Dans ce magasin bruxellois, les vendeurs encouragent spontanément les clients à payer en cash. Même si le paiement par carte est aussi possible. Nous nous adressons à la personne qui se trouve derrière le comptoir pour en connaître la raison :

 

Vincent Ramlot, co-gérant et responsable pédagogique du magasin Luxiol à Bruxelles.

- Bonjour Vincent Ramlot. Alors, on le sait, les transactions par carte, cela coûte de l’argent aux commerçants. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle vous encouragez l’usage du cash ?

"Non, ce n’est pas la seule raison. On essaie vraiment de promouvoir le cash pour rester cohérent, philosophiquement, par rapport à notre magasin. Pour faire en sorte que les personnes gardent aussi l’idée de la valeur de l’argent. Et puis par rapport à la dépendance informatisée, que l’on a par rapport aux banques et à ce système occulte, on préfère faire en sorte que nos clients l’évitent."

Un plaidoyer placé à un endroit stratégique
Un plaidoyer placé à un endroit stratégique © Tous droits réservés

Des conséquences importantes sur notre quotidien

Beaucoup de voix s’élèvent chez nous contre la disparition du cash. Des particuliers, des commerçants, et aussi des associations et des spécialistes. Par exemple, Financité milite pour une finance plus juste et plus solidaire. Nous avons interrogé une de ses membres, spécialiste en inclusion financière :

Anne Fily, spécialiste en inclusion financière chez Financité

- Bonjour Anne Fily, selon vous, quels sont les plus gros problèmes liés à la disparition du cash ?

"Cela pourrait causer de nombreux problèmes à certaines personnes qui en sont très dépendantes. Notamment les personnes les plus précaires, qui sont non bancarisées et qui dépendent du cash pour vivre. Les ménages à faibles revenus aussi, parce que quand on gère un budget à l’euro près, c’est plus facile de le gérer en cash. Notamment même avec un système d’enveloppes. C’est aussi le cas des Seniors. Et puis c’est en fait tout un chacun car les études montrent que pour les toutes petites dépenses, nous utilisons essentiellement du cash."

La fin du cash rimerait évidemment avec la fin des retraits aux distributeurs. L’argent serait alors d’autant plus contrôlé par les banques, qui auraient en quelque sorte quartier libre. Anne Fily le confirme :

"C’est-à-dire que si on ne peut plus retirer de cash de son compte, on pourrait par exemple nous imposer des intérêts négatifs sur l’ensemble de nos dépôts. Ce qui existe déjà, d’ailleurs, pour des montants élevés."

- Le problème, c’est que c’est un bien public, le cash. Alors que le système bancaire, c’est un système privé.

"Exactement. Le cash est émis par les banques centrales, et c’est un bien public qui nous appartient à tous. Alors que tous les autres moyens de paiement sont émis par des sociétés commerciales, donc des banques ou bien des sociétés spécialisées en paiement."

Moins cher pour les banques, plus facile pour les particuliers

La baisse de la circulation du cash est un phénomène peut-être voulu, car cela arrange bien sûr le système bancaire. Produire de l’argent liquide, le sécuriser, le distribuer, cela engendre des frais importants. On assiste d’ailleurs à une baisse constante du nombre de distributeurs de billets, notamment dans notre pays.

Et puis si l’argent liquide circule moins, c’est aussi parce que nous sommes de moins en moins nombreux à y avoir recours. Principalement pour la facilité que cela apporte à notre quotidien.

Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin.

"Cela fait quelques années maintenant, depuis 2015 globalement, qu’on voit une diminution du nombre de retraits et du montant retiré au distributeur de billets." constate Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin. "Et tout cela s’explique, naturellement, par le fait qu’on a toute une série d’alternatives au cash aujourd’hui pour faire des paiements, de manière très facile, très efficace. Depuis de très nombreuses années, dans un commerce on paye par carte. Aujourd’hui entre particuliers notamment, on a la possibilité avec toute une série de systèmes par smartphone, de se faire des paiements de manière très efficace, sans devoir chipoter avec des billets et des petites pièces."

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La disparition de l’argent liquide peut donc inquiéter, pour de multiples raisons. Sa survie dépend aussi des habitudes de paiement, donc si vous vous sentez concerné par cette problématique, pensez à payer en liquide quand vous en avez la possibilité.

Un petit conseil pour terminer : si un commerçant vous refuse un paiement en liquide, vous pouvez lui rétorquer que c’est tout simplement illégal.

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