Diables Rouges

La face cachée de Roberto Martinez : le Chef de Presse de la Fédération lève le voile

Roberto Maertinez et Stefan Van Loock

© VIRGINIE LEFOUR – BELGA

05 juin 2021 à 05:00Temps de lecture6 min
Par Pierre Deprez

Pour le grand public, Roberto Martinez a l’image d’un homme aimable, un peu secret, proche de ses joueurs, et à qui la Belgique doit une historique médaille de bronze en Coupe du Monde. On le dit poli, souriant, bon pédagogue, honnête,…

Est-il vraiment tout cela ? Qui est l’homme derrière le coach ? Quelle est la face cachée du sélectionneur espagnol ?

Stefan Van Loock a accepté de lever un coin du voile. Cela fait 5 ans maintenant que le Chef de presse des Diables rouges fréquente quotidiennement le " Fédéral ". Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que l’ancien journaliste de VTM est sous le charme.

Il est le même avec le Président de la Fédération qu’avec les jardiniers de Tubize.

" Quand il était entraîneur d’Everton et que je regardais " Match of the Day ", il y a des années, en entendant ses interviews je m’étais dit que c’était quelqu’un pour lequel j’aimerais travailler. Il était atypique : il ne cherchait jamais la polémique, se montrait toujours aimable… J’avais l’impression que c’était un type très correct, et maintenant que je le connais bien, je peux dire qu’il l’est effectivement. Je m’y attendais, mais pas à ce point-là.

Certains pensent que c’est du vernis, pour plaire, devant les micros et les caméras, mais pas du tout. Oui, il donne l’impression d’être aimable, positif, serein, attentif aux autres, respectueux, souriant, et honnête… Et il l’est ! Il y a beaucoup d’entraîneurs qui ont deux visages, lui n’a que celui que tout le monde peut voir. Et cette façon d’être s’exprime partout et toujours : autant avec Mehdi (Bayat) et Peter (Bossaert), qu’avec les jardiniers de Tubize, les stewards du centre ou le personnel de la Fédération ".

 

 

R Martinez et Eden Hazard
R Martinez et Eden Hazard VIRGINIE LEFOUR – BELGA

Contrairement à Georges Leekens ou à Marc Wilmots, qui pouvaient vous taper sur l’épaule ou partir dans un grand éclat de rire, Roberto Martinez paraît plus réservé, plus calme, peut-être même un peu froid ou distant. En tout cas pas avec les Diables, d’après Van Loock.

" Avec son groupe, son staff, et ses proches collaborateurs, il peut se montrer réellement affectueux. Prendre des nouvelles d’un joueur blessé, de la santé de l’épouse d’un autre, de la situation sportive en club d’un troisième, d’en taquiner un quatrième en le prenant dans ses bras, etc. Il est très proche de tous, et c’est du vrai, de l’authentique, pas du chiqué comme on dit.

On ne le sait pas mais il rit beaucoup. Quand on est à table, par petits groupes, il est avec son staff, moi je suis à une table un peu plus loin et je me demande toujours ce qu’il a encore trouvé à raconter, parce qu’ils rient tout le temps ".

Quelle est donc la face sombre de Martinez ?

R Martinez

" Quand il est un peu stressé, ou contrarié, il est plus silencieux. Mais ça n’a pas d’influence négative sur son comportement vis-à-vis de son entourage. Les seules fois où je le vois excité, agité voire fâché, c’est pendant un match, parfois, avec le 4e arbitre. Alors là, je ris, en me disant que c’est le Martinez que je ne connais pas. Mais ça reste toujours respectueux".

Je sais par les joueurs que parfois il élève la voix

"Je ne suis pas dans le vestiaire mais je sais, par les joueurs, qu’il a déjà élevé la voix et fait savoir qu’il n’était pas content. Mais se fâcher sur quelqu’un, non, jamais. Et c’est sa force : quand il dit que quelque chose ne lui plaît pas, on sait tous que c’est sérieux et qu’il faut tenir compte de la remarque. Un clash avec un journaliste ? Jamais, jamais, jamais ! Des tensions ? Pas de sa part, non. Les journalistes n’ont jamais attaqué l’homme non plus, parce qu’il suscite le respect je crois. Et tout le monde l’aime bien. Je crois qu’il séduit, naturellement, sans du tout chercher à le faire ".

Les journalistes ont quelque grief à lui adresser

R Martinez

S’il s’est donné la peine de se faire traduire certains articles de presse, Martinez aura tout de même appris que les journalistes regrettaient parfois, voire souvent, une certaine langue de bois dans sa communication sur certains sujets susceptibles de fâcher. Les non-sélections de Radja Nainggolan, les retours anticipés de Thibaut Courtois à Madrid ou de Romelu Lukaku à Milan, les sélections surprenantes de Yari Verschaeren… sont restées des questions sans réponses véritables ou convaincantes pour les médias, et donc l’opinion publique.

L’épisode Radja Nainggolan traduit bien qui est Martinez

" La raison principale c’est qu’il cherche toujours à éviter qu’un joueur se sente blessé ou fragilisé par une déclaration rapportée dans les médias. Ou que plusieurs joueurs se sentent mis en concurrence ou en opposition. Il ne refuse aucune question, sa réponse sera toujours valable et honnête, mais peut-être pas aussi complète que les journalistes souhaiteraient. Dans le cas de Radja Nainggolan, vous n’avez pas été satisfaits des explications que Roberto donnait (ou qu’il donnait tardivement) mais il tenait à ne prendre sa décision qu’en parfaite connaissance de cause, après avoir échangé avec Radja. Ensuite il n’avait pas envie de dévoiler des choses éventuellement blessantes pour le joueur, et il y avait aussi peut-être des aspects qui ne concernaient qu’eux deux. Mais au final, il a quand même clairement dit que Radja n’avait pas sa place dans ce groupe. Ses deux priorités sont le respect individuel de chaque joueur et l’intérêt supérieur de l’équipe".

Le secret de sa réussite, c’est (notamment) sa personnalité

R Martinez – Grand Place Bxl
R Martinez – Grand Place Bxl POOL YVES HERMAN – BELGA

Quand on demande à Stefan si le secret de la réussite de l’Espagnol (en plus du talent de son noyau, bien sûr !) réside aussi dans sa manière d’être, la réponse est claire : oui !

La médaille de bronze en Russie, c’est à sa façon d’être qu’on la doit.

" Il attache énormément d’importance au bien-être de ses joueurs, à leur confort psychologique. Et la médaille de bronze en Russie c’est à cela qu’on la doit. Il a donné aux joueurs la possibilité de voir leur famille quelques jours avant le match pour la 3e place. Souvent, les équipes ne sont pas motivées par ce match entre " perdants ". Ici, au lieu de rester sur l’amertume de la défaite contre la France, après le départ des familles les joueurs étaient hypermotivés d’écrire l’histoire du football belge.

A cette Coupe du Monde, d’ailleurs, il n’y a pas eu la moindre tension, c’est étonnant ! Ni avec les journalistes, ni entre les joueurs, ni avec les staffs sportif et médical… Même entre les médias ça s’est bien passé (clin d’œil), même les photographes entre eux ne se sont pas disputés ! (il rit). Et tout ça c’est en grosse partie grâce à sa personnalité ".

 

Les joueurs y sont très attachés

R Martinez et Th Hazard
R Martinez et Th Hazard VIRGINIE LEFOUR – BELGA

Même en grattant un peu et en tendant bien l’oreille vers les joueurs, il est difficile d’entendre des critiques à l’égard de leur mentor. L’adhésion semble grande, l’estime et l’affection aussi.

" Les raisons sont multiples. Le fait qu’il soit attentif à leur bien-être tant sportif qu’extra-sportif, d’abord. Le respect qu’il a pour eux, également. Bien sûr aussi les bons résultats qu’il obtient avec l’équipe, ils le considèrent comme un bon tacticien, un bon coach. Ils savent aussi que ses décisions sont honnêtes, que ses choix sont objectifs. Et il ne leur met pas la pression. Il a transmis au groupe de la confiance et de l’ambition, et c’est le groupe qui se met de la pression lui-même. Il a également consolidé le groupe, qui est véritablement devenu une famille. Enfin, les garçons savent que s’il t’a donné sa confiance et que tu ne l’as pas déçu (en match ou à l’entraînement), ça restera, il sera fidèle dans sa confiance envers toi".

Quand il a resigné en 2016 les joueurs étaient très enthousiastes

"Le groupe est très attaché à lui, et d’ailleurs, quand il a prolongé son contrat (mai 2020), les joueurs se sont montrés très enthousiastes. Et je pense que certains anciens sont restés parce qu’il resignait ".

Son héritage sera important pour la Fédération

R Martinez

Le Citoyen d’Honneur de Waterloo semble heureux dans notre petit pays. Surtout, il s’est pleinement investi dans ses fonctions, bien au-delà de la seule équipe A.

" Dès le début il a dit " Je ne viens pas seulement pour composer l’équipe et la coacher en match, je viens pour comprendre et faire progresser tout le foot belge". Et ça, ça a impressionné et séduit Mehdi Bayat et Chris Van Puyvelde. On ne le sait pas, mais en tant que Directeur technique il a établi des plans de développement pour toutes les catégories de notre football. Par exemple il a fait placer d’anciens joueurs pros à la tête des équipes de jeunes, il a mis en place un système vidéo qui profite aux analystes des équipes jusqu’en D2 Amateurs, il a resserré les liens et établi des ponts avec les Espoirs de Jacky Mathyssen, intégré plusieurs jeunes dans l’équipe A pour préparer la relève, etc. De la même manière, il met beaucoup d’énergie pour que les relations entre la Fédération et les clubs des internationaux soient les meilleures possibles.

Ce sera son héritage, et on s’en félicitera. Et pour toutes ces choses, il fait l’unanimité à la Fédération ".

l’Après Martinez c’est (peut-être) pour bientôt

R Martinez
R Martinez JOHAN EYCKENS – BELGA

La dernière question coule de source : le Chef de Presse de la Fédération a-t-il peur à l’idée d’un futur départ du sélectionneur fédéral ?

" Je pense souvent à son départ. Je n’ai pas " peur " de l’après Martinez, mais quelqu’un comme lui, ça sera très difficile à trouver. Si tu me demandes si je rêve qu’il reste jusqu’à ma pension, je dis " oui " ! "

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