Matin Première

La facture annuelle de certains ménages pourrait atteindre 8000€ en 2023 : "Une estimation correcte mais à nuancer"

L'invité dans l'actu

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

25 août 2022 à 11:10Temps de lecture4 min
Par Marine Lambrecht, sur base d'une interview de Marie Van Cutsem

Les prix de l’énergie ont atteint de nouveaux records ces derniers jours : 295 euros le MWH de gaz naturel, 562 euros le MWH d’électricité, alors qu’on était à 541 euros le 17 août… Sans parler du Diesel, qui a de nouveau passé la barre des deux euros le litre. La hausse des prix n’est bien sûr pas nouvelle. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les prix explosent. Mais depuis quelques jours, la machine s’emballe et on atteint des seuils historiques. Au point où la facture annuelle de certains ménages pourrait atteindre 8000 euros en 2023. Francesco Contino, professeur à l’Ecole Polytechnique de l’UCLouvain et spécialiste de l’énergie était l’invité de Marie Van Cutsem, ce matin sur la Première. Il revient sur les causes de cette hausse des prix mais aussi sur les perspectives pour cet hiver. Pour l’expert, cette crise est aussi une "opportunité pour l’humanité" d’accélérer la transition énergétique.

Les raisons de la hausse des prix

La première raison de l’augmentation des prix, c’est la guerre en Ukraine et les difficultés d’approvisionnement qui en résultent. La courbe des prix a explosé il y a six mois, au début de l’invasion, pour ensuite connaître une légère accalmie. Un moment de répit qui est malheureusement bien terminé. "Si on regarde la courbe des prix, on est retourné au record de ce qui s’est passé en mars lors de la première invasion, la première action de guerre", analyse Francesco Contino. Il détaille deux raisons qui peuvent expliquer ce rebond.

La première, selon lui, c’est l’approche de l’hiver. ", C’est assez humain. L’été est toujours propice à une réduction des coûts et des prix parce qu’on a plus de production renouvelable, il y a un peu moins de stress, on se pose un peu moins de questions. Il y a ensuite le retour à la réalité après l’été, le retour à une vie plus active. L’anticipation de l’hiver fait que les prix augmentent généralement juste après l’été."

La seconde raison ? La malchance et les conditions climatiques. "Il y a toute une série d’événements qui se sont passés, une sorte de tempête parfaite d’événements assez rares qui se sont passés ensemble, liés au changement climatique et à la sécheresse qu’on a connue : moins de production d’énergie qui vient de la Norvège, des problèmes de production en France et en Allemagne, etc. Tout ça mis ensemble fait donc que les prix augmentent pour l’instant et qu’il y a une tension sur le marché du gaz naturel, mais également de toutes les ressources énergétiques", observe-t-il.

Une facture annuelle de 8000 euros ?

Face à cette hausse de prix, de nombreux Belges font les comptes. Dans l’Echo, le chiffre de 8000 euros est mentionné pour la facture annuelle de certains ménages. "Une estimation correcte, selon l’expert, mais qui est à nuancer car "personne n’est vraiment dans la moyenne". Il détaille : "Ce chiffre a été calculé simplement en anticipant les coûts. Donc, la consommation moyenne d’un ménage en électricité est de 3500 kilowattheures et la consommation moyenne par ménage de gaz naturel est de 17.000 kilowattheures. Alors, quel est le coût qu’on imagine pour 2023 ? C’est environ 30 centimes du kilowattheure pour le gaz et environ 70 centimes par kilowattheure pour l’électricité. Vous faites 70 centimes fois 3500 kilowattheures, plus 30 centimes fois 17.000 kilowattheures, et ça vous fait ce chiffre de plus ou moins 8000 euros".

Il invite cependant les ménages à faire leurs propres calculs en utilisant la formule suivante :

Estimation de votre facture pour 2023 (en euros) = (votre consommation électrique) x 0,7 + (votre consommation en gaz naturel) x 0,3

Un accélérateur vers une transition énergétique

Derrière cette crise, le professeur de l’UCLouvain voit aussi une opportunité. La crise serait un accélérateur vers une transition énergétique. "Je vais dire quelque chose qui va peut-être choquer, mais heureusement que le prix augmente, afin qu’on se rende compte qu’il faut changer quelque chose. C’est une opportunité pour l’humanité", estime-t-il. "La crise ukrainienne nous donne à revoir le mur dont on sait qu’on s’approche déjà depuis 50 ans.

Heureusement que le prix augmente, afin qu’on se rende compte qu’il faut changer quelque chose. C’est une opportunité pour l’humanité.

Cependant, il estime que tout le monde ne doit pas faire le même effort. "Certains ont déjà du mal à nouer les deux bouts et sont déjà malmenés dans leur vie de tous les jours. Le but n’est pas de les enfoncer, mais justement de pouvoir les aider davantage. Je pense qu’il faut arrêter les mesures qui touchent tout le monde de manière égale. Il ne faut pas viser l’égalité, mais plutôt viser l’équité. On ne devrait pas donner à chacun le même chèque. Il faudrait plutôt donner un plus gros chèque à ceux qui en ont vraiment besoin." Il confirme donc l’estimation d’Alexander De Croo, les cinq à dix hivers à venir seront difficiles.

Aider les locataires

Il faut des aides mais aussi des mesures du gouvernement pour éviter le gaspillage. . Je pense qu’il faut y aller de manière progressive, tout en conservant cette idée de bien-être. Il ne faut pas non plus souffrir complètement pour traverser cette crise, mais il faut arrêter de gaspiller", poursuit Francesco Contino. Et pour ça, chacun peut mettre en place des initiatives : "diminuer le chauffage, repenser ses déplacements,…" mais il n’y a pas de recette magique selon lui. "Chaque situation est différente et chacun a des ressources et des capacités différentes."

Et pour les locataires, ce n’est pas toujours évident d’agir sur son logement. L’expert souhaite interpeller les politiques sur leur sort. "Je pense qu’il faut trouver un mécanisme qui se baserait sur le PEB, un mécanisme pour que les propriétaires puissent aussi ressentir l’augmentation des coûts, afin qu’ils puissent mettre des choses en œuvre pour augmenter la performance énergétique de leurs bâtiments. Je pense qu’ils sont certainement de bonne volonté et de bonne foi, mais on va de nouveau avoir des problèmes de locataires qui n’arrivent plus à payer leur facture énergétique et qui sont malheureusement les seuls à subir l’augmentation du coût.

Cette hausse des coûts de l’énergie ne laisse en tout cas rien présager de bon. "Des coûts élevés en énergie amènent généralement une crise. Et on l’a vu dans le passé, tout ce qui a été toujours observé, c’est qu’un coût élevé amène des problèmes économiques et donc de société", conclut Francesco Contino.

Sur le même sujet

Factures énergétiques en hausse : les banques précisent les modalités pour reporter le paiement d’un crédit hypothécaire

Belgique

La Revue de presse : qui pour sauver les factures d’énergie ?

Info

Articles recommandés pour vous