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La famille de Soufiane Benali, tué par balles en juillet 2020 à Forest : "Rien ne nous apaise"

Soufiane a été atteint de deux balles. L’un des meurtriers présumés, sous bracelet, est en cavale.

© D. R.

"Notre patience a des limites. On garde espoir en la justice. Mais quand on voit ce qui se passe avec les meurtriers présumés, notre patience a des limites."

Chafia, la voix qui tremble, est la mère de Soufiane Benali. Le 5 juillet 2020, il y a presque deux ans, jour pour jour, ce jeune homme de 23 ans était tué de deux balles devant le 26 de la rue Orban à Forest. Un meurtre dans les rues de Bruxelles, bien avant la vague récente de fusillades dans plusieurs quartiers.

Un meurtre qui bouleverse aussi toute une famille et pour plusieurs raisons, dont la cavale depuis mars dernier de Mohamed Amine Dardour, l’un des meurtriers présumés, pourtant placé sous bracelet électronique. Aussi : le placement récent, toujours sous bracelet, de Youssef Jeddi, co-auteur présumé.

Contacté, Maître De Vlaeminck, avocat de Dardour, nous explique que le placement de son client sous bracelet électronique se justifiait au moment de la décision. "Il faut rappeler qu’après la mort de Soufiane, mon client s’est présenté de lui-même au commissariat. Il ne présentait aucun danger", ajoute l’avocat. "Même si personne n’imaginait qu’il serait en fuite après son placement sous bracelet électronique".

Pour sa part, Maître Stanislas Eskenazi, avocat de Jeddi, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

On ne tient pas compte de nous

Reste que "quand je vois cela, je suis fâchée", enchaîne Chafia auprès de la RTBF. "Nous, on veut vivre tranquillement, faire notre deuil." "Rien ne nous apaise", ajoute Bilal, le frère de Soufiane. "Octroyer le bracelet électronique à des personnes qui ont fait des choses graves, je ne comprends pas. Ce n’est pas logique que la justice agisse comme ça."

"C’est comme si on nous tirait dessus", lâche Hayat, la tante de Soufiane. "On ne tient pas compte de nous. Et on se dit : Soufiane il est parti et puis plus rien ?"

Assises ou tribunal correctionnel ?

Dans ce dossier, trois autres arrestations ont été menées. Mais les charges les plus lourdes pèsent sur Dardour et Jeddi. Ce lundi 4 juillet, la justice fixera le règlement de procédure et décidera s’il y a lieu de juger Dardour et Jeddi, devant un tribunal correctionnel ou une cour d'assises.

"Nous voulons que ce procès se tienne devant une cour d'assises", dit Maître Redwan Mettioui, avocat de la famille de Soufiane, qui s’est constituée partie civile. "Nous voulons un débat public : la famille en a besoin." Concernant les trois autres suspects, le parquet général demande un non-lieu.

Dardour fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.
Dardour fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. © Police fédérale

La famille rejette l’hypothèse du trafic de drogues

Mais pour quelles raisons Soufiane a-t-il été tué ? Les premières hypothèses du parquet de Bruxelles évoquaient un règlement de comptes lié à un trafic de stupéfiants et une lutte de territoires.

Hayat, la tante de Soufiane, rejette l’idée. "Dans sa poche, il n’avait que 20 euros et son téléphone. Lors de l’autopsie, la conclusion a été que Soufiane était clean, propre, qu’il n’avait ni consommé ni manipulé de stupéfiants au moment de sa mort", indique-t-elle. "Soufiane fumait mais ne se droguait pas. Si Soufiane avait été un dealer, nous l’aurions su et nous ne l’aurions jamais défendu. Mais l’autopsie a validé nos convictionsSoufiane, au contraire, ne voulait pas que des dealers s’approprient cette place. Il voulait préserver les autres jeunes, ses propres sœurs…"

La famille de Soufiane avance l’hypothèse d’une vengeance. "D’après des témoignages, Soufiane a eu une altercation avec Dardour et son ami trois jours avant. Ils lui ont demandé de les laisser dealer. Il a refusé car il voulait que cette place reste propre, tranquille, familiale… A lui seul, Soufiane les a mis au tapis. Ils l’ont menacé de revenir. Pour nous, ils sont revenus pour se venger, pour le tuer."

Un assassinat dur à vivre pour la famille qui souffre à nouveau, dit-elle, quand elle apprend alors le placement sous bracelet de deux principaux suspects.. "Dans notre famille", ajoute Hayat, "on a mis pause mais ce n’est pas facile. On essaie d’avancer avec une douleur. Et quand on nous annonce la mise sous bracelet des suspects, ça nous touche énormément. Cela nous renvoie deux ans en arrière…"

Soufiane était un jeune homme respectueux, souriant

Pour la famille, ce climat d’insécurité n’était pas nouveau dans le quartier, au moment du drame. Il a existé et existe encore, au regard des récents événements survenus au parvis Saint-Antoine. "Un an avant la mort de Soufiane, ma famille avait déjà interpellé les autorités communales pour dire que ce qui se passait dans le quartier, en matière de trafics, ce n’était pas normal, qu’il fallait agir, qu’il fallait plus de sécurité", rappelle Bilal.

"Malgré cela, rien n’a été fait pour empêcher le meurtre de mon frère. Soufiane était un jeune homme respectueux, qui aimait bien aider les gens, toujours souriant." Une image qu’ont voulu défendre les participants à la marche blanche organisée en son honneur quelques jours après le drame.

Une marche blanche qui a précédé l’envoi d’un courrier de la famille aux autorités locales pour répéter la nécessité d’investir dans la sécurité du quartier et l’avenir des jeunes. Au courrier, les autorités avaient répondu que le quartier était celui dans lequel les pouvoirs publics avaient le plus investi ces dernières années. Pas assez estime la famille. "Nous avions tiré la sonnette d’alarme. Nous avons dit : il se passe des choses dans le quartier en matière d’insécurité, de malpropreté, de trafics, de non-soutien aux jeunes… Et puis il y a eu le meurtre de Soufiane…"

La commune de Forest et les services de Prévention de l’échevine Fatima-Zohra El Omari (PS) l’assurent : des actions ont été mises en place depuis deux ans notamment en renforçant la présence des gardiens de la paix et des éducateurs de rue sur le terrain, en matière de lutte contre le décrochage scolaire (avec du soutien aussi aux élèves du secondaire), de cohésion sociale, de campagnes de sensibilisation à la propreté ou encore en matière de lutte contre les assuétudes…

L’asbl "Le sourire de Soufiane"

Mais Hayat enchaîne : "Ne rien faire, ne pas agir, ne pas aider les jeunes, libérer des meurtriers présumés : quel message donne-t-on finalement à ceux qui restent ? Celui qu’on peut tout se permettre ?", interroge la tante.

En l’honneur de Soufiane, la famille a créé une association. Son nom : "Le sourire de Soufiane". "J’espère que ce sourire restera toujours gravé dans nos mémoires, celles des personnes qui ont connu Soufiane", ajoute Hayat. "J’aimerais que toutes ces personnes, tous les jeunes viennent dans l’association, pour échanger, discuter, monter des projets pour eux… On leur tend la main."

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