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Football

La Fédération Indonésienne de Football doit plus de 47 millions de dollars à une entreprise belge

Patrick Mbaya, Sir David Richards, Phil Gartside en Indonésie pour rencontrer les instances du pays au début des années 2010
16 mars 2022 à 13:305 min
Par Alice Devilez

La fédération indonésienne de football (PSSI) doit plus de 47 millions de dollars (près de 43 millions d’euros) à une entreprise belge, Target Eleven. Cette agence, dont le siège se situe à Bruxelles est notamment spécialisée dans le sport, le marketing sportif et les conseils juridiques.

Au début des années 2010, la Fédération indonésienne de Football et Target Eleven ont signé une convention dans le but d'entamer une collaboration. La mission de Target Eleven ? Mettre en place une ligue professionnelle de football comprenant deux divisions en Indonésie, et assurer sa gestion. Mais rien ne s’est passé comme prévu.

Corruption, matches truqués et les nombreux changements qu’ils ont impliqués à la tête du football indonésien ont mené à une situation extrêmement complexe. Les deux parties sont désormais devant les tribunaux pour tenter de résoudre le litige. Avec un montant dû qui augmente jour après jour en raison des intérêts.

Chronologie des événements

Les premiers contacts entre les deux parties remontent à l’année 2011. Avant même que le moindre accord ne soit passé, Target Eleven s’est rendu en Indonésie en 2013. Accompagné de Sir David Richards (ancien président de la Premier League notamment), partenaire du projet à son commencement. Sur place, ils ont discuté avec les représentants de la fédération nationale de football mais aussi avec le gouvernement. Toutes les parties allaient alors dans le même sens, avec une motivation commune : professionnaliser le football indonésien, dans un pays de plus de 270 millions d’habitants, particulièrement friands de ballon rond.

Un contrat de 1,5 milliard de dollars pour les droits TV était en négociation

Patrick Mbaya est le directeur général de Target Eleven, il raconte la genèse des événements : "L’Association indonésienne de football m’a mandaté en juin 2013 pour réorganiser deux ligues professionnelles de football et les gérer durant une dizaine d’années. Pour aboutir à cette demande, j’ai effectué plusieurs voyages à Jakarta avec notamment Sir David Richards et Monsieur Phil Gartside (ancien Président de Bolton Wanderers, membre du Comité exécutif de la Premier League et ancien CEO du nouveau stade de Wembley)."

En juin 2013, Target Eleven et la Fédération indonésienne de football concrétisent donc tout cela par la signature d’une convention.

Tout avait été discuté entre les parties : "Bien évidemment, il était convenu une rémunération fixe et une autre variable, cette dernière en fonction des contrats commerciaux que nous devions signer comme des conventions de sponsoring et des droits de retransmission à la télévision. J’avais déjà entamé des discussions avec un groupe de télévision qui aurait abouti à un contrat de 10 ans pour un montant total de 1.5 milliards de dollars américains. Mais la Fédération indonésienne n’a pas respecté ses engagements financiers en raison de luttes internes."

Les années qui suivent sont assez tumultueuses au sein de la fédération. L’Indonésie est suspendue par la FIFA en 2015. Une décision qui résulte d’une "ingérence effective des autorités dans les activités de la PSSI", selon l’instance internationale de football.

Corruption, matches truqués, joueurs impayés, "supporters" ultras survoltés : le football indonésien s’enfonce dans une crise inextricable. Un nouveau président, Edy Rahmayadi, est élu à la tête de la fédération en 2016 pour tenter de redresser la barre mais il démissionne trois ans plus tard, sans parvenir à vraiment soigner le foot Indonésien des maux qui l’affaiblissent.

Pendant ces nombreuses années, Target Eleven avance sur le projet mais ne reçoit jamais les paiements prévus dans la convention signée en 2013. L’entreprise belge décide alors de déposer une requête au Tribunal Arbitral du Sport de Lausanne (conformément à la clause arbitrale contenue dans la convention signée par les deux parties) le 9 juin 2021.

La solution amiable privilégiée, puis abandonnée

À plusieurs reprises, la fédération indonésienne a exprimé sa volonté de régler la situation à l’amiable. Target Eleven a donc accepté de suspendre la procédure devant le TAS dans l’optique de régler le litige amicalement. Mais après des mois sans véritable avancée Target Eleven a plutôt eu l’impression que la Fédération Indonésienne cherchait à gagner du temps, sans aucune avancée concrète à l’horizon.

L’entreprise "bruxelloise" a donc décidé de relancer la procédure devant la Cour Arbitrale du Sport. Patrick Mbaya, le directeur de Target Eleven a réécrit au tribunal, le 23 février 2022 et a indiqué qu’il n’y avait plus de possibilité d’accord amiable. Selon le DG de Target Eleven, la Fédération a tenté de gagner du temps en espérant pouvoir plaider qu’ils n’ont pas de responsabilité dans cette histoire. Il demande au tribunal de prendre une mesure provisoire afin que la PSSI fournisse une garantie financière ou bancaire de l’ordre de 47 millions de dollars. Cela permettrait d’arrêter l’augmentation des frais du côté indonésien et cela fournirait une garantie à Target Eleven.

Car malgré la tournure des événements, Patrick Mbaya a conscience qu’il est peu probable que la Fédération indonésienne lui rembourse l’important montant du jour au lendemain, il a d’ailleurs formulé plusieurs solutions à l’autre partie : " Il semble que le Comité exécutif de la Fédération est partagé quant à la solution (ndlr. gardée confidentielle) que je leur proposais, bien que celle – ci avait l’avantage de ne pas coûter beaucoup d’argent à la Fédération et au contraire de lui apporter des nouveaux revenus dont elle ne dispose pas à ce jour tout en remboursant la somme totale qui m’est due à terme. […] Mon objectif est bien de récupérer ce qui m’est dû."

Le patron de l’entreprise belge est donc encore ouvert au dialogue et à trouver des solutions constructives avec la PSSI. Mais en passant par le Tribunal, vu les échecs qui ont résulté des tentatives amiables.

À la date du 14 mars 2022, le montant dû par la fédération à Target Eleven s’élèvait à 47.141.293,38 dollars américains. "Oui la somme due est importante et elle représente un travail fourni durant plusieurs années et une indemnisation du manque à gagner en fonction des contrats importants qu’on aurait dû signer pour les ligues comme les droits de télévision d’un montant d’1.5 milliard de dollars, soit 150 millions de dollars (137 millions d’euros) par an. Cela représentait évidemment beaucoup pour mon entreprise."

En attente de la décision provisoire du tribunal arbitral et que la procédure normale reprenne en parallèle, Target Eleven vient de désigner son "arbitre" et la Fédération Indonésienne a dix jours pour faire de même. Si elle ne l’a pas fait le 21 mars, le président de la Cour s’en chargera. Ces arbitres devront ensuite choisir un président pour composer la chambre arbitrale et la procédure pourra entrer dans le vif du sujet.

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