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La Femme : "On est vraiment des aventuriers du son"

© JD Fanello

23 nov. 2022 à 22:39Temps de lecture4 min
Par Guillaume Scheunders

Début novembre, le groupe La Femme est revenu sur le devant de la scène avec une nouvelle galette, Teatro Lúcido. Un disque entièrement en espagnol qui surgit un an à peine après Paradigmes et qui sent bon les ferias, l’Andalousie, les "r" roulés, les chupitos et les gueules de bois. On a eu l’occasion de joindre Sacha Got, l’un des deux leaders de la formation avec Marlon Magnée, pour discuter quelques minutes de cette ode à l’Hispanie.

"Je pense qu’à force de faire des disques, on apprend des choses et on est plus rapides sur la production", explique Sacha. De fait : alors qu’ils prenaient relativement leur temps pour leurs sorties précédentes, les membres de La Femme ont expédié celui-ci seulement un an après Paradigmes (et sa réédition). Mais à vrai dire, l’écriture ne date pas d’hier. Teatro Lúcido a été conçu sur la route lors de leurs déambulations dans le sud de l’Espagne entre 2018 et 2019. Une volonté de mettre au monde une "sortie plus légère, en faisant un peu moins de promo", précise-t-il.

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Sans enlever à la qualité des derniers opus, cet album jouit indubitablement d’une certaine légèreté dans les propos. Un peu comme une transposition musicale d’un road movie, chaque titre de l’album raconte une histoire ou rappelle une expérience. "Chaque chanson est une petite portion de vie. Je ne sais pas si on a voulu raconter quelque chose de particulier, les chansons ont été faites comme ça, sur le tas, en étant là-bas. Globalement, il y a quand même des thèmes qui reviennent : les histoires d’amour, les sorties, l’alcool et ses dérives." Et forcément, qui dit histoires, dit rencontres, desquelles Marlon et Sacha ont puisé le terreau nécessaire pour relater leurs aventures dans la langue de Cervantes. "On dormait chez l’habitant ou chez des amis à nous espagnols. Pas mal de paroles sont des expressions ou des anecdotes de soirées que les gens utilisent tous les jours. Sacatela, par exemple, c’était un peu une blague qu’on chantait en soirée, pareil pour “No pasa nada” qui est une expression qu’ils utilisaient beaucoup, la Resaca, ça veut dire la gueule de bois. On entend beaucoup ‘borracho’… Il y a beaucoup de phrases qu’ils utilisent beaucoup dans leur vie de tous les jours et qui sont un peu de l’argot." Vous l’aurez probablement compris avec ces derniers exemples, il y a quelques relents d’alcool qui s’échappent de ce Teatro Lúcido

Ce sont des chansons qui ont été écrites pour la plupart en sortant dans la rue avec une petite guitare et où l’on se mettait à chanter. Donc beaucoup ont été construites en soirée.

Sacha Got et Marlon Magnée
Sacha Got et Marlon Magnée © JD Fanello

Viva España

La péninsule ibérique n’a pas toujours été le fort de Sacha. Ayant pourtant vécu toute sa jeunesse à quelques encablures de là, ses yeux sont restés tournés très longtemps vers l’Angleterre et les États-Unis. Le déclic ne s’est fait que sur le tard. “À une période, je suis plus retourné à Biarritz et je me suis mis à écouter un peu plus sérieusement le Paquito, qui est un morceau des ferias de notre enfance. On le mettait d’ailleurs en musique d’introduction de nos concerts. Je me suis réintéressé à ce folklore-là, notamment le flamenco aussi. J’ai été de plus en plus intrigué à voyager là-bas. Je voulais m’acheter une guitare classique et les meilleurs luthiers viennent du sud de l’Espagne. De fil en aiguille, j’ai ouvert la boîte de Pandore, je m’y suis intéressé et je me suis passionné pour plein de styles de musique espagnole et même pour l’Espagne sous tous ses aspects finalement. Que ce soit les gens, l’architecture, les villes, le folklore… J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas bien car si la partie nord du pays m’était familière, ce n’était pas le cas du sud”, reconnaît-il.

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Aventura

Depuis 2013, La Femme se réinvente presque à chaque album et celui-ci ne déroge pas à la règle. Pourquoi se cantonner à un style lorsque l’on peut tous les essayer ? “On aime bien s’aventurer vers des nouvelles choses à chaque album”, révèle Sacha Got,”On est vraiment des aventuriers du son et on explore toujours des nouveaux domaines que l’on ne connaissait pas.” Dans cette plaquette, beaucoup de partis pris assumés jusqu’au bout. D’un single pop coloré (comme Sacatela) à des chansons folkloriques chantées dans un espagnol approximatif, le grand écart est total. Un album-concept qui étaye une volonté de diversité et de renouvellement chez les Français. "On assume toutes nos décisions et toutes les directions que l’on a prises. Comme dans les albums précédents, on s’essaye à des styles qui nous plaisent, qui nous intriguent ou qu’on aime bien en essayant d’en faire notre propre version. Chaque morceau est souvent dans un style bien particulier. On voulait rendre hommage à ces genres et à ces musiques. Il y en a des très modernes comme du reggaeton ou de la new wave, puis d’autres plus anciennes : on peut entendre du paso-doble ou des marches très traditionnelles et folkloriques."

En 2022, La Femme reste La Femme. Un duo ? Un groupe ? Un collectif ? "Tout ce que tu as dit fonctionne. Sur scène, on est beaucoup mais en studio, on est deux à composer." Comme toujours, ils ont rajouté des voix féminines pour les morceaux où cela s’y prêtait, mais tout de même apporté du neuf : "On a quelques musiciens additionnels, des trompettistes surtout, ce qui constitue la grande nouveauté."

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