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Economie

La formation continue en Belgique creuse les écarts entre riches et pauvres

La formation continue en Belgique creuse les écarts entre riches et pauvres
05 mars 2020 à 05:00Temps de lecture4 min
Par Maxime Paquay

La Belgique est régulièrement épinglée comme l’un des pires élèves européens de la formation continue. OCDE, FMI, Conseil Supérieur de l’Emploi, enfoncent régulièrement le clou : la Belgique doit mieux faire. Avec sa dernière étude, Randstad tenait à nuancer le constat, chiffres à l’appui.

Quelques exemples : 50% des travailleurs suivent au moins une formation par an. Et les employeurs fournissent 34% de ces formations (suivent les instituts de formation privés avec 32% et les organismes publics comme les IFAPME, avec 10%).

"Les employeurs font leur part du boulot"

Message de Jan Denys, spécialiste du marché du travail chez Randstad : " le cœur du problème ne se trouve pas chez les employeurs ", qui font leur part du boulot. La part des Belges qui suivent une formation (45,2%) est d’ailleurs tout à fait dans la moyenne de l’Europe des 28. "Le faible score de la Belgique en matière de formation continue est donc quelque peu exagéré", selon Randstad.

Et ce n'est pas tout à fait une surprise, la loi (sur le travail faisable et maniable) oblige les entreprises belges de plus de 20 travailleurs à proposer, en moyenne, cinq jours de formation par équivalent temps plein et par an – soit au niveau sectoriel, soit au niveau de l’entreprise. De quoi nuancer le constat du manque de formation continue en Belgique ? Pas vraiment.

Formation ? Pour les jeunes cadres

En réalité, les chiffres avancés par le Groupe Randstad viennent très largement appuyer les nombreux constats lapidaires tirés ces dernières années : La formation continue telle que pratiquée en Belgique est majoritairement réservée à ceux qui travaillent déjà, aux cadres, et aux classes sociales supérieures. Ceux qui d’un point de vue "marche du travail" en ont le moins besoin.

La formation continue, aujourd’hui, en Belgique, creuse les écarts

L’étude Randstad, indique que la "classe sociale" la plus élevée suit 5 fois plus de formations que la plus basse (63 contre 13%). La proportion de demandeurs d’emploi qui suivent une formation n’est que de 35%. 71% des cadres suivent des formations, contre 28% des ouvriers.

Et Randstad de conclure, noir sur blanc : "Il est donc très probable que la formation continue creuse encore davantage les différences entre classes sociales au cours d’une vie". La situation reste donc alarmante : les peu qualifiés n’ont pratiquement pas accès à des formations. Et les formations diminuent avec l’âge. 

C’est un cercle vicieux. Celui qui est bien formé à la base va trouver un meilleur travail. Et celui qui va trouver un bon travail, va pouvoir se former.

" C’est vraiment un cercle vicieux ", confirme Valérie Denis (Randstad) : " celui qui est bien formé à la base va trouver un meilleur travail. Et celui qui va trouver un bon travail, va pouvoir se former. Il y a là certainement quelque chose à travailler pour les institutions publiques ".

Et c’est un paradoxe de taille pour la Formation continue – ou apprentissage tout au long de la vie, peu importe. Parce que la notion a été développée il y a tout juste 60 ans par l’UNESCO, pour gommer les retards et inégalités dus à des formations initiales inexistantes (ou trop courtes). Et maintenir tout au long de la carrière, le capital humain " à niveau ".

FMI, OCDE…Exhortent la Belgique à plus de formation continue

Or, en Belgique les rapports se succèdent depuis plusieurs années. Et disent tous peu ou prou la même chose :

Dans les conclusions de sa dernière mission en Belgique, le Fonds Monétaire International demandait – encore - à notre pays davantage d’efforts pour " remédier aux écarts en matière d’éducation ". Et le FMI de citer l’apprentissage tout au long de la vie, spécialement pour les groupes vulnérables.

Ou comme le résumait l’OCDE en février : Les adultes âgés et ceux qui ont un faible niveau de qualification participent peu aux programmes de formation continue. Les obligations de formation sont imposées au niveau des entreprises et non des travailleurs ". Il y a bien deux groupes cibles absents de la formation continue aujourd’hui : les 55 ans et plus, et les moins qualifiés.

Les peu qualifiés et les plus de 55 ans

Les personnes faiblement qualifiées d’abord, ou " le seul groupe pour lequel l’accès au marché du travail devient sans cesse plus difficile", rappelait le Conseil Supérieur de l’Emploi il y a pile un mois. "Aussi bien le taux d’activité que le taux d’emploi des personnes peu qualifiées ont diminué, surtout chez les hommes, alors qu’ils ont augmenté globalement pour l’UE. Le fossé déjà très grand en matière d’emploi entre les personnes peu qualifiées et les autres s’est donc encore creusé".

Les 55 ans et plus, ensuite, dont le taux d’emploi a augmenté ces trois dernières années, principalement par des mesures de recul de l’âge départ à la pension, mais dont le taux de recrutement de 55 à 64 ans reste faible en Belgique par rapport à la situation dans les pays de comparaison ".

Une réponse publique, enfin ?

Plus de formation continue, cela permettrait de mieux faire coïncider les compétences existantes avec les demandes du marché du travail. Cela réduirait les écarts croissants en matière d’éducation, pour permettre aux moins qualifiés de décrocher un emploi, et aux plus âgés de rester "employables" dans un monde où la technologie et la digitalisation évoluent rapidement.

Mais sans réponse publique adéquate en matière d’apprentissage tout au long de la vie, la formation continue, telle que déployée pour l’instant en Belgique, ne réduira pas les écarts de formation de plus en plus importants. Pire, elle contribue à les aggraver.

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