RTBFPasser au contenu
Rechercher

La Fourgo – Le portrait d'un sdf et de sa fourgonnette dans les rues de Madrid

la fourgo
18 juil. 2020 à 06:25Temps de lecture2 min
Par Jacques Schraûwen

La bande dessinée s’intéresse aussi à la vie quotidienne. Et c’est à Madrid que nous emmène ce livre, mais très loin de l’image habituelle qu’on peut avoir, ici, de la capitale espagnole. Un album au ton très personnel!

La fourgo
La fourgo Michel Lafon

Dans cet album, nous découvrons un personnage hors du commun, Ours, un grand bonhomme, baraqué, solide. Divorcé, avec une ex-épouse qui lui téléphone régulièrement pour lui rappeler le paiement de la pension alimentaire. Père de famille, aussi, avec une petite fille, Violetta, qui adore écouter son père lui raconter des histoires à l’imagination débridée. Quelqu’un de normal, donc. Sauf que… Ours est SDF, il n’a pas d’adresse, il n’a pas de boulot, il ne paye pas de loyer, il n’a pas de conflits avec des voisins puisqu’il n’en a pas. Pas d’adresse, ou plutôt, une adresse itinérante : sa fourgonnette. Ce livre, c’est un peu le portrait d’un loser, d’un perdant de la vie…

C’est un livre social, incontestablement, par sa trame en tout cas. Ours aide à gauche, à droite, il fait des petites réparations, il rend des petits services qui lui rapportent plus souvent l’occasion de partager un repas plus que de remplir son portefeuille.

Il a des copains, marginaux comme lui, et qui prennent la vie comme elle vient. Des amis sans problème, " normaux ", aussi, qui n’arrêtent pas de lui dire qu’il devrait se stabiliser.

De temps en temps, sa fourgonnette sert de mini-bus pour des visites touristiques déjantées, avec des commentaires presque anarchistes que des touristes étrangers ne comprennent pas mais applaudissent en souriant.

Ce livre, c’est le portrait d’une Espagne populaire, dans laquelle la crise économique, sociale, est omniprésente. Un livre qui nous montre le règne de la débrouille, mais aussi celui d’une véritable solidarité, d’une amitié même entre ces laissés pour compte de l’Europe.

Cela aurait pu être, de par son propos de fond, un li re critique, sombre. Mais je dirais plutôt que c’est un livre pudique et sobre bien plus que sombre. C’est un livre construit en petits chapitres, en petites tranches de vie quotidienne, c’est un livre qui n’a rien de pesant. On se trouve en présence de ce qu’on pourrait appeler une " road-bd ", aux voyages courts, presque immobiles même, puisqu’ils se vivent pratiquement tous dans les rues de Madrid. C’est une " road-bd " pleine de tendresse, pleine de poésie, pleine de bons sentiments, de sourires, de bonne humeur, d’optimisme. D’optimisme, oui, même quand, pour Ours, les choses se passent mal : la fourgonnette à la fourrière, sa fille qu’il ne peut plus voir, une histoire d’amour qui finit très vite par une séparation… C’est un livre étonnant, surprenant, et le nom du personnage central, Ours, est très symbolique du caractère de cet anti-héros qui vit au jour le jour sans vouloir se battre contre quoi que ce soit, et qui survit par la force de ses rêves, de ses évasions dans l’imaginaire qu’il se crée au volant de sa fourgonnette.

Le graphisme est simple, le découpage efficace, les traits épais, les couleurs oscillent entre le noir, le blanc et le rouge, comme dans la vie qui est racontée. Le dessinateur, Martin Tognola donne ainsi, sans en avoir l’air, simplement, corps et profondeur au scénario de Ramon Pardina. Graphiquement et littérairement, c’est un livre moderne, qui se lit avec légèreté mais qui pose en filigrane des questions importantes… Une très belle réussite !

 

Jacques Schraûwen

La Fourgo (dessin : Martin Tognola – scénario : Ramon Pardina – éditeur : Michel Lafon – 176 pages – avril 2020)

Articles recommandés pour vous