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Matin Première

La France 2022 racontée par Blandine Rinkel

La France 2022 vue par les écrivain.e.s

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La journaliste et écrivaine Blandine Rinkel nous livre sa vision de la France 2022

2022

 

Nous prenions comme des trains les angoisses passagères

Les jours de grands vertiges, 2022 fantômes

Nous regrettions ensemble l'état du millénaire

Soulignant que rêver est un beau palindrome

 

Nous ignorions comment affronter notre époque

Ses clichés cathodiques, ses intonations fausses

Ces paysages de mèmes forment une fresque baroque

Et je n’y comprends rien : attrape moi les reins


A force d’être enfermés, nous devenions débiles
Les humains se changeaient en petits Playmobils
Que l’on cherche à classer en fonction de leurs villes,

De leurs sexes et couleurs, selon des évangiles

On s’observe, on se traque, en entomologistes
En joueurs de poker, et nos visages s’attristent
A chacun ses formules ; dis moi qui est l’ennemi
Je te dirais ta bulle. Que sais-tu de ma vie ?

 

Nous entendions la guerre, grondant juste à côté

Comme un bruitage de fond qui nous faisait trembler
Des invectives rouges ; la culpabilité


La neige en plein avril traversait les cafés

 

Nous regardions les crânes qui frappaient le goudron

Les révoltes des femmes, les effusions de sang

Les soupirs déchainés en une courbe ascendante

Nous faisaient frissonner — j’étais la moins confiante

 

Nous goûtions ensemble les anxiétés du soir

Je disais " c'est fini " et tu touchais mon front

Avant de retrouver un calme scandinave

Nous mélangions nos fièvres pour les rendre suaves

 

Dans un wagon de nuit et de fébrilité 

Je t’avais demandé si j’étais vraiment née

Comme si tout ce vacarme n'était qu'un artifice 

Et que seule existait la texture de nos fesses

 

(Comme si tout ce vacarme n’était qu’un artifice

Et que seule existait la texture de nos fesses)

 

Nous tracions certains jours le point de non-retour

Et nous jugions vaines toutes les présences humaines

L’arrogance des machines déclenchait nos soupirs

De fatigue et d’ennui, nous perdions le désir

 

Pour vivre avec les yeux, ouverts la nuit le jour

On prenait des pilules, on faisait des détours

L’Europe semblait un mot redécouvert un soir

Dans une partie de Scrabble jouée près d’un abattoir

 

Nous étions dérisoires, risibles et minuscules

Mais on croyait au rire comme on croit à la lune

Et dans notre impuissance,

Les blagues étaient des chances

 

Tu m’apprenais comment jouer avec le feu

Comment aimer l’échec, se relever des creux

Nous observions la science, ses méthodes certifiées

Et comptions valider l’hypothèse des baisers

 

Les robots ridaient, l’espoir rouillait

On doutait peu à peu de la suite des jours

Le monde s’effritait mais nos hanches s’agitaient

Et avec insolence, nous fabriquions l’amour”

 

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