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La France sort à son tour du TCE, un traité très controversé jugé trop protecteur des énergies fossiles

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Après l’Espagne et les Pays-Bas, la France a annoncé vendredi son retrait du Traité de la charte de l’énergie, vieux de 30 ans, très protecteur des investissements dans les énergies fossiles et accusé d’entraver les ambitions climatiques européennes.

"La France a décidé de se retirer du Traité sur la charte de l’énergie […] C’est cohérent avec notre stratégie climatique européenne", a déclaré le président français Emmanuel Macron en marge d’un sommet européen à Bruxelles.

Le Traité sur la charte de l’énergie (TCE) a été signé en 1994, au sortir de la Guerre froide, pour offrir des garanties aux investisseurs dans les pays d’Europe de l’Est et de l’ex-URSS. Réunissant l’UE et une cinquantaine de pays, il permet à des entreprises de réclamer, devant un tribunal d’arbitrage privé, des dédommagements à un Etat dont les décisions et l’environnement réglementaire affectent la rentabilité de leurs investissements - même lorsqu’il s’agit de politiques pro-climat.

 

Cas emblématique : après l’adoption d’une loi néerlandaise bannissant le charbon d’ici 2030, l’énergéticien allemand RWE réclame 1,4 milliard d’euros à La Haye pour compenser ses pertes sur une centrale thermique.

En septembre, l’Italie a été condamnée à verser une compensation de 180 millions d’euros à la compagnie pétrolière britannique Rockhopper, pour lui avoir refusé un permis de forage offshore. Des poursuites ont également été entamées contre la France par l’entreprise allemande Encavis AG suite à la modification des tarifs de rachat de l’électricité photovoltaïque en 2020. Face à la multiplication des contentieux, les Européens s’efforcent depuis 2020 de moderniser le texte. Un compromis visant à empêcher "les réclamations frivoles" ou opportunistes et à exclure du champ du traité -après une transition de 10 ans- les investissements déjà lancés dans les combustibles fossiles, a été trouvé en juin. Il devra être confirmé en novembre par un vote formel à l’unanimité.

"Mécanismes spéculatifs"

"Dans le moment que nous vivons, nous devons plutôt concentrer nos investissements et aller plus vite sur les renouvelables, l’efficacité énergétique, le nucléaire […] et aujourd’hui, je regarde avec inquiétude revenir les hydrocarbures et les énergies fossiles les plus polluantes", a fait valoir Emmanuel Macron.

"Il ressort de plusieurs cas récents que (le TCE) conduisait à des mécanismes un peu spéculatifs et à des indemnisations importantes de certains acteurs" des énergies fossiles, a-t-il observé.

En juin, Yamina Saheb, économiste contributrice du rapport du Giec (experts climat de l’ONU), répertoriait 146 litiges liés au TCE, pour les deux tiers intra-européens, et les compensations accordées dépassent les 42 milliards d’euros.

Vendredi, elle a salué la décision française : "Je suis heureuse et fière. […] C’est la première grande bataille que l’on gagne après l’accord de Paris", s’est-elle réjouie.

"C’est une excellente nouvelle que la France ait enfin décidé de sortir de son silence et de se retirer d’un traité qui retarde, réduit ou bloque les politiques de lutte contre le changement climatique", a réagi Maxime Combes, membre du collectif Stop CETA – Mercosur, qui avec 30 associations avait écrit jeudi aux ministres français pour réclamer la sortie du TCE."Le TCE est un non-sens historique total : permettre à des entreprises d’attaquer des Etats car ils changent les règles pour accélérer la transition écologique, c’était quand même le comble de l’absurde. […] Donc c’est très bien d’en sortir. J’espère que l’Allemagne va nous rejoindre", a déclaré à l’AFP Pascal Canfin, président de la Commission Environnement du Parlement européen.
 

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La Pologne a lancé une procédure parlementaire pour se retirer du TCE. Et ces derniers jours, l’Espagne et les Pays-Bas ont annoncé vouloir sortir également du TCE, tout en appelant à "une sortie coordonnée" par l’ensemble des pays de l’UE.

Reste la question épineuse de la "clause de survie" du TCE pour protéger encore pendant 20 ans, après le retrait d’un pays signataire, les installations d’énergies fossiles couvertes par le traité.

Dans un avis rendu mercredi, le Haut Conseil pour le Climat (HCC), instance consultative française, a recommandé de "neutraliser" cette clause pour éviter de prolonger deux décennies les effets négatifs du traité.

La Russie s’est déjà retirée du traité en 2009, suivie de l’Italie en 2015. En Belgique, Ecolo et Groen plaident pour une sortie rapide et coordonnée des États-membres du Traité de l’Énergie. Mais notre pays n’adopte pas une position claire sur la question.

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