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La "Gazette du feu rouge", la bande dessinée qui fait patienter les piétons avant de traverser

JBGG, Jean Bourguignon, l’auteur de la Gazette du Feu Rouge.

C’est une "feuille d’infos intéressantes réservée aux piétons devant patienter plutôt que de prendre le risque de se faire écrabouiller." La "Gazette du feu rouge" donne le ton avant même que les concernés n’entament sa lecture. Humour, un peu caustique : c’est la ligne de cette bande dessinée imprimée sur papier A5, en noir et blanc, collée sur les feux de circulation, à différents passages piétons de Bruxelles.

L’auteur de cette gazette, qui en est à son sixième numéro, c’est le dessinateur JBGG, 50 ans, Jean Bourguignon de son vrai nom. Cet illustrateur et prof de dessin, aussi, réalise des fanzines et a déjà publié une dizaine d’albums auprès d’éditeurs comme "Six pieds sous terre" en France. "Pas de séries parce qu’il y en a trop actuellement sur le marché", explique JBGG qui préfère les formats plus originaux comme sa "Gazette du feu rouge" dont l’idée lui est venue pendant le confinement, lors de la pandémie de coronavirus.

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Des BD aucunement militantes

"J’ai beaucoup marché, je me suis beaucoup promené pendant le confinement", se souvient JBGG. "Et quand on se promène, on est amené à s’arrêter aux feux rouges. Et souvent, il y a des stickers revendicatifs, collés lors de manifestations. Ou alors des messages vous invitant à faire ceci ou ne pas faire cela. Des stickers d’événements qui sont passés depuis belle lurette. Ben moi, je le lis ça. Je suis curieux. L’idée m’est venue ainsi : j’attends au passage piéton, j’aime lire les messages de ces stickers, donc d’autres doivent aussi aimer cela."

"Comme je suis paresseux", en février 2022, JBGG se lance enfin dans le partage de ses réflexions, sous la forme d’une bande dessinée "aucunement militante". "Il y a parfois un peu de politique…", reconnaît-il, comme sur l’une de ses premières gazettes dans laquelle il était question de pass sanitaire. "Tout le monde était soit pour ou contre le pass, soit pour ou contre le vaccin. Moi, ça me donnait l’idée d’un jeu de mots, bêtement. Dans mon histoire, un personnage veut entrer dans un café mais l’entrée lui est refusée. Et le patron lui dit : 'Pas de pass, pas de tapas !' C’est drôle non ?"

L’auteur, qui se représente dans ses histoires, commence par imprimer une cinquantaine d’exemplaires du premier numéro pour les coller principalement sur les axes où JBGG déambule au quotidien comme rue de la Loi, à Botanique, le long du canal près de Sainctelette, à Van Praet également…

Le but n’est pas d’inonder tout Bruxelles

"Le but n’est pas d’inonder tout Bruxelles. Mais ce sera toujours sur des feux rouges, rarement ailleurs. Moi, je veux amuser les piétons et les cyclistes. Qu’ils se disent : c’est drôle ou c’est nul. Ce que j’aime aussi, c’est le côté provisoire du dessin, du papier. Après quelques semaines, certains dessins sont usés, arrachés, barrés… J’aime bien ce côté périssable…"

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JBGG en est déjà à sa sixième gazette. Dans l’une d’elles, il a établi un contraste entre l’essentialité de la culture et celle de la culture de la pomme de terre. "Se nourrir, n’est-ce pas plus essentiel ?", sourit l’auteur qui aborde aussi la très épineuse question… des dalles de trottoirs déchaussées sur une très salissante flaque d’eau.

Dans une autre, il évoque l’odeur d’égout engendrée par une infusion de gingembre moisie, oubliée dans un thermos qu’il va falloir remplacer. "A ce moment-là, c’était mon principal souci. Alors qu’on sait bien que cela n’a aucun intérêt et qu’il y a d’autres drames plus importants. Le décalage il est là ! Mais dans la dernière case, j’explique que je suis quand même solidaire avec les personnes qui ont vécu la même mésaventure que moi avec leur infusion de gingembre", ricane JBGG qui tente de définir son style.

Une critique rigolote de la société, sans faire la morale

"Mon style ? Une ligne claire mais underground. Un dessin qui, je pense, est lisible. Ensuite, mes thématiques, c’est le quotidien. Des anecdotes du quotidien, des réflexions par rapport à la vie de tous les jours", explique JBGG. "Faut que ce soit amusant, pas trop sérieux. Si on rigole, ça va. Il y aura toujours un petit message, un sous-entendu… Une critique rigolote de la société, sans faire la morale, sans grossièreté. Mais ce n’est pas un message revendicatif."

JBGG l’admet : les retours ont été peu nombreux depuis février, à l’exception de ceux de ses connaissances. "Ils me disent que c’est super ! Ce sont des retours positifs, enthousiastes."

Les Bruxellois vont donc devoir ouvrir leurs yeux un peu plus grands à la sortie des deux prochaines "Gazettes du Feu rouge", "déjà dessinées". Elles sont à découvrir ces prochains jours sur tous les bons feux de circulation.

Celles-ci seront mises à jour. "Actuellement, j’indique qu’elles sont destinées aux piétons. Mais je vais indiquer qu’elles le sont aussi aux cyclistes. Quant aux textes qui sont parfois trop longs, le problème c’est que si on veut les lire et terminer l’histoire, les feux verts, eux ont le temps de défiler… Raccourcir mes histoires ? Non, les gens n’ont qu’à être patients", ironise JBGG qui ne veut pas que ses opérations de collage deviennent des corvées. "Des fois, j’en ai avec moi mais je ne veux pas les coller. Je ne veux pas que cela commence à m’ennuyer."

Tout comme il ne veut pas penser à l’illégalité du collage sur les équipements publics. "Ce serait dommage et malheureux de me coller une amende. Je ne suis ni extrême, ni revendicatif dans mes dessins et mes textes. Je le fais aussi sur des poteaux déjà collés. Car j’ai une règle : ne pas coller sur un poteau propre, lavé, dénué de stickers. C’est moins amusant."

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