La grande rotonde du musée de Tervuren décolonialisée

Aimé Mpane, artiste congolais devant l'oeuvre "le Congo bourgeonnant".

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27 févr. 2020 à 15:55 - mise à jour 27 févr. 2020 à 15:55Temps de lecture2 min
Par Françoise Berlaimont

La rotonde du Musée de l’Afrique centrale à Tervuren fait sa mue décoloniale. Deux artistes, l’un congolais et l’autre belge, apportent un contrepoint contemporain à ce lieu emblématique de l’aventure coloniale belge au Congo. Il n’est pas question d’occulter le passé, mais d’en être conscient pour mieux se tourner vers l’avenir.

Un bâtiment classé et des statues intouchables

Après la réouverture du musée, il y a un an, de nombreux visiteurs ont été choqués de la présence des statues, véritables odes à la Belgique civilisatrice d’un Congo sauvage. Même l’Onu a fait part de son incompréhension, en estimant que le musée ne poussait pas suffisamment loin sa réorganisation décoloniale. Des voix se sont même élevées pour faire retirer les statues centenaires. Mais le bâtiment étant classé, rien ne pouvait bouger. Le projet d’Aimé Mpane et Jean-Pierre Müller a été retenu pour le lien qu’il tisse entre passé et présent. Les 16 statues sont superposées de 16 voiles semi-transparents sur lesquels sont imprimés des dessins contemporains réalisés par les deux artistes et qui évoquent une tension avec la statue. Ainsi, devant "La Belgique apportant la sécurité au Congo" de 1921, Jean-Pierre Müller a dessiné un para-commando belge sautant sur Stanleyville en 1964.

"La Belgique apportant la sécurité au Congo" revisitée par Jean-Pierre Müller.
"La Belgique apportant la sécurité au Congo" revisitée par Jean-Pierre Müller. © Tous droits réservés

Passé et présent se font face

L'artiste congolais Aimé Mpane avait déjà conçu une première sculpture pour l'inauguration, il y a un an. En bois ajouré, l'oeuvre représente une tête de congolais vue de profil. A l'intérieur, un palmier de bronze s'élève par la tête et une lave de métal s'enfonce dans le sol. "J'aime symboliser le chaud et le froid",  explique l'artiste congolais. Cette fois, il a rajouté une deuxième tête,  figurant le crâne d'un chef Lusinga, décapité par un officier belge et ramené à Bruxelles en guise de trophée à la fin du 19e siècle.  Les deux sculptures se font face et symbolisent l'une la dignité et les promesses de l'avenir, l'autre la mort et les violences du passé. "C'est ma façon de contrebalancer ce qui existe dans la Rotonde, de faire dialoguer les éléments entre passé, présent et futur", précise Aimé Mpane, qui vit entre la Belgique et le Congo. 

Faire réfléchir le visiteur sans occulter le passé sombre

Les deux artistes collaborent souvent ensemble. "On ne veut surtout pas se poser en moraliste", précise Jean-Pierre Müller, "le visiteur a un travail à faire". L'objectif est de créer un choc d'images et à faire réfléchir". Leur projet s'appelle RE-STORE, dans l'idée à la fois de restauration et de conservation, de se tourner vers l'avenir en étant conscient du passé.