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Tennis

La Justine Henin academy à l'arrêt : "Certains joueurs risquent de ne pas pouvoir revenir"

L'atmosphère est au silence à Limelette dans l'académie de Justine Henin
04 avr. 2020 à 06:00Temps de lecture5 min
Par Alice Devilez

Le silence a pris possession des locaux de l’académie Justine Henin située à Limelette. Comme toutes les infrastructures sportives, les terrains ont fermé à la suite des mesures gouvernementales. Cet endroit a l’habitude d’être très animé. Sur une table dans un coin, on aperçoit souvent Justine, en réunion. Et puis des sacs de tennis, une odeur de transpiration et de très nombreux jeunes passionnés par la petite balle jaune, tout ça sur un fond de rebonds et de coups de raquettes.

Certains fréquentent cet endroit pour y pratiquer leur loisir, d’autres y pratiquent leur métier. Ces jeunes espoirs ou professionnels font partie du sport élite de l’académie. Ils sont évidemment touchés de plein fouet par cet arrêt total de la pratique de leur sport. Si chacun a conscience que cette épidémie a des conséquences sanitaires bien plus graves que celles qui les concernent, elle pourrait bien être un sacré coup d’arrêt pour ceux qui sont à un tournant dans leur carrière. D’autant qu’il n’y a pas que des joueurs belges impliqués, ce qui rend la suite d’autant plus incertaine.

"Pour certains, ce n'est pas le bon moment"

La Justine Henin academy à l'arrêt : "Certains joueurs risquent de ne pas pouvoir revenir"
La Justine Henin academy à l'arrêt : "Certains joueurs risquent de ne pas pouvoir revenir" © Tous droits réservés

Entre les programmes "Pro Track" et "Tennis & Academics", l’académie compte 23 joueurs, 13 Belges et 10 venus de l’étranger. Olivier Jeunehomme est le directeur de cette structure. Il est confronté à une situation inédite, comme tout un chacun. Il craint pour l’avenir de certains de ses poulains qui dépendent non seulement des mesures belges mais aussi de celles mises en place dans les pays d’origine des joueurs où ils sont repartis avant la "fermeture" des frontières. " Les conséquences seront énormes surtout si le confinement devait durer. Mais je crains aussi les mesures de quarantaines qui seront mises en place vis-à-vis des étrangers. Ça risque de prolonger la période durant laquelle certains de nos joueurs et joueuses ne pourront pas revenir. "

Monsieur Jeunehomme pense même que certains pourraient ne plus jamais remettre un pied dans l’académie belge : "Tous les pays n’ont pas les mêmes stratégies, certains sont beaucoup plus sévères que d’autres. Il y a peut-être des joueurs qui vont revenir très vite, il y a peut-être des joueurs qui ne vont jamais revenir." Il précise : "Ça va peut-être devenir trop long pour eux, et donc ils vont essayer de trouver d’autres solutions. Mais tout ça, ça dépendra surtout de la manière dont les autres pays vont réagir. On ne peut pas encore le savoir."

Malgré tout, il ne pense pas que cette période soit un coup d’arrêt dans la carrière des jeunes sportifs qu’il encadre. Je crois qu’il faudrait des périodes extrêmement longues pour que ça soit le cas. Maintenant, pour certains ce n’est pas le bon moment. On a pas mal de joueurs qui ont 17 ans, qui sont dans la période de transition : en fin de junior, début de professionnel donc ce ne sont pas des périodes faciles. Il y a beaucoup de pression, d’enjeu pour eux."

"Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un terrain de tennis dans son jardin

Romain pose aux côtés de Justine Henin

Romain Faucon a 17 ans, il est l’un de ces joueurs. Depuis le début de l’année 2020, il était en très bonne forme, il a remporté deux tournois et a atteint son meilleur classement à l’ITF "C’est très compliqué d’être à l’arrêt. On ne joue plus au tennis, c’est notre métier. Ça aura de lourdes conséquences sur notre niveau. Mais c’est surtout compliqué parce qu’il y a beaucoup de morts. Ça fait relativiser tout le reste, même si le tennis ça représente tout pour nous."

Le fait de ne plus taper dans la balle est particulièrement compliqué pour le jeune joueur : "Depuis que l’académie a fermé, on n’a plus d’endroit pour s’entraîner. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un terrain de tennis dans son jardin. On a tous été un peu pris au dépourvu. Heureusement, on peut toujours travailler notre physique à la maison. Mais ça ne remplacera jamais ce que nous, on fait sur le terrain. On n’a plus de raquette, plus de balle et on reste à la maison. Et à ce niveau-là, je deviens fou. "


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Plus de raquette et plus de balle ne veut pas dire plus de tennis. Chaque joueur a reçu un programme adapté pour les trois premières semaines de confinement, et sera suivi tout au long de cette période. Entraînement physique et mental grâce à de la visualisation : Grâce à l’académie, on peut prendre des cours de visualisation à la maison. Ça nous permet de nous rattacher au tennis, de nous focaliser sur la balle. La répétition fait que même si on effectue les mouvements dans notre tête sans réellement les réaliser, on entretient notre corps à les faire, on entretient la tactique, tous les aspects de notre jeu. "

Le fait d’avoir un programme clair à appliquer à la maison est une bonne chose pour Romain : " Ça m’aide énormément. Ça permet aussi de garder un contact avec le coach, l’académie, les amis… Le tennis, c’est notre journée. Je me lève à 5 heures du matin pour aller au tennis, et je reviens à 19 heures, c’est ma journée, c’est mon travail. "

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Un petit peu plus de temps pour les études

Moins de tennis, ça laisse un peu plus de place pour les études. Olivier Jeunhomme, directeur de l’académie a demandé aux joueurs et joueuses d’augmenter un petit peu leur temps consacré à cet aspect. On a deux systèmes. Pour ceux qui sont "hors Belgique" leur objectif est d’obtenir une bourse dans une université américaine. Donc pour eux, il y a des cours en ligne et c’est l’occasion de s’y mettre un peu plus. Pour les Belges, ils ont des cours à l’académie dans le but de passer le jury central. Ils travaillent plus que d’habitude au niveau de leurs études. "

Romain nous le confirme, il travaille un peu plus sur ses cours, mais pas tant que ça. " Oui et non, parce que j’étais censé passer le jury central mais c’est aussi reporté et ce sera peut-être annulé vu que c’est un rassemblement de centaines de personnes. " Beaucoup de repères perdus en même temps pour ces jeunes qui bénéficient également de la présence d’un coach mental mis à disposition par l’académie, et qu’ils peuvent appeler en cas de besoin.

Malgré la période difficile à traverser qui tombe au mauvais moment pour Romain, l’espoir Belge relativise sa propre situation. Certains de ses amis et amies pourraient bien ne jamais revenir à l’académie. " On est une équipe, on va être bousculé dans le sens où on sait qu’on ne reverra plus du tout certains, d’autres vont revenir dans longtemps. Tout le monde a le problème du coronavirus, mais d’autres en ont encore bien plus vu qu’ils ne sont pas chez eux, ou qu’ils ne savent pas si un jour ils pourront revenir. C’est vraiment difficile. "

Romain espère que ce coup d’arrêt dans cette saison n’en sera pas un dans sa carrière. Il n’a qu’une hâte retourner sur un court et frapper dans la balle, tous comme ses 22 jeunes "collègues", mais tous ne reprendront pas leur "train-train" quotidien après cette crise. C’est bien en cela qu’elle aura un impact durable sur la vie de ces jeunes sportifs qui se réjouissent malgré et avant tout, d’être en bonne santé.

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