La Ligue Braille met l’accent sur l’emploi, véritable vecteur d’intégration pour les personnes aveugles ou malvoyantes

Michel Magis, conseiller à la Ligue Braille, était l’invité de François Heureux

© RTBF et Getty Images

17 nov. 2021 à 11:47Temps de lecture5 min
Par K.D. et la Première

Dans le cadre de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, la Ligue Braille lance sa nouvelle campagne de sensibilisation. Car le constat est toujours préoccupant à l’heure actuelle : les discriminations et le manque d’aménagements restent encore bien trop souvent des obstacles à l’emploi des personnes avec un handicap.

Comme le témoigne Eugénie Lemaire, 37 ans. Elle est ergothérapeute et travaille pour l’asbl Alzheimer Belgique. " J’ai une déficience visuelle qui conduit à un trouble de la vision centrale principalement, témoigne la jeune femme. J’ai fait appel à la Ligue Braille pour un aménagement de mon poste de travail. Ce qui me sert le plus, c’est mon grand écran. J’ai un clavier adapté également parce que sans ça, c’est compliqué de voir les touches. Alors j’ai une vidéo loupe ici, une vidéo-loupe chez moi également ".

J’ai fait appel à la Ligue Braille pour un aménagement de mon poste de travail


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Un homme souffrant de déficience visuelle, lui, explique : "Je suis avocat depuis maintenant quatre ans. J’ai une maladie dégénérative. Cette maladie a fait que j’ai perdu petit à petit la vue. La Ligue Braille m’a aidé dans deux aspects ; d’une part d’un point de vue des programmes informatiques et d’autre part, avec mon employeur. On a finalement convenu de suivre des cours de braille pour voir justement et me permettre de rédiger des consultations et des conclusions de manière optimale. J’espère vraiment pouvoir continuer à rester au sein de ce cabinet parce que c’est vraiment une expérience extraordinaire et donc de pouvoir continuer le métier que j’aime exercer".

Michel Magis, de la Ligue Braille, était l’invité de Matin Première :

Michel Magis est conseiller à la direction de la Ligue Braille. Il était l’invité de François Heureux dans Matin Première ce mercredi. La campagne de sensibilisation qui cible l’emploi cette année, un vecteur d’intégration important pour les personnes malvoyantes. " C’est une campagne qu’on organise chaque année parce que l’emploi reste quelque chose de très important " explique Michel Magis. " D’abord pour tout un chacun, évidemment, mais aussi pour les personnes handicapées, pour les personnes handicapées de la vue. Parce que travailler, ça génère évidemment un revenu, mais c’est aussi, évidemment, des contacts avec des collègues, une socialisation, une valorisation de soi ".


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Et les discriminations à l’emploi pour les personnes malvoyantes sont encore bien présentes de nos jours, comme le confirme le conseiller de la Ligue Braille : " Il y en a encore beaucoup. Il est clair que quand on regarde ça sur un long terme, il y a une amélioration. Il y a une tendance positive. Il reste des discriminations, mais il s’agit beaucoup d’incompréhension, de non-information ". Et de là, la campagne ou tout le travail que la Ligue Braille peut apporter, souligne Michel Magis.

Il s’agit beaucoup d’incompréhension, de non-information

Cette année, c’est le grand public et les entreprises qui sont visées par la Ligue, résume-t-il : "les personnes aveugles et malvoyantes ont des compétences et donc tenez en compte et c’est important".


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Obstacles à l’intégration en entreprise

Les personnes souffrant de déficit visuel peuvent être confrontées à de nombreuses turpitudes. Tout d’abord l’accessibilité : "Ce serait d’abord une erreur de penser que les seules responsabilités doivent se poser sur l’entreprise. Effectivement, il y a des difficultés déjà, ne fût-ce qu’au niveau de la mobilité, pour pouvoir se déplacer jusqu’à une entreprise. Pensons par exemple aux entreprises qui se trouvent dans des zonings difficilement accessibles en transports en commun. Et puis, pour une personne aveugle ou malvoyante, se déplacer reste quand même une aventure, parfois un vrai parcours du combattant. Donc il y a déjà des problèmes d’accessibilité".

Deuxième obstacle : les aménagements raisonnables, l’aménagement de postes de travail. " Les personnes handicapées de la vue peuvent avoir des compétences au même titre que n’importe quelle personne. Elles doivent souvent, en tout cas en fonction de leur pathologie, disposer d’aménagements de postes de travail. Et parfois, ça ne se fait pas pour différentes raisons et donc c’est un obstacle évidemment important".

Troisième élément, ce sont les préjugés. " On assimile encore erronément la personne handicapée à quelqu’un qui a moins de rendement, moins de polyvalence ou bien "ça va être compliqué", des choses comme ça " explique Michel Magis.

Reportage Jt du 30 avril dernier :

Formation de personnes aveugles et malvoyants au codage informatique

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Solutions et aménagements

Des aménagements permettant aux personnes malvoyantes de travailler comme des personnes voyantes existent cependant. Mais " tout n’est pas adaptable non plus ", nuance le conseiller : " quand on voit par exemple, une fonction un peu plus classique, "administrative" au sens large – comme un travail de journaliste, par exemple —… Les aménagements permettent aujourd’hui à une personne aveugle ou malvoyante d’avoir accès à l’information écrite, d’avoir accès à Internet, etc. Pour cela, il faut une analyse que nous pouvons faire au niveau de l’aménagement du poste de travail, et puis, faire en sorte que la personne puisse avoir ce matériel et alors effectuer un travail "comme n’importe qui" ".

On décharge d’une certaine manière l’employeur dans toutes ces étapes

Et ces aménagements peuvent parfois effrayer les employeurs, notamment en raison des coûts. Un préjugé selon Michel Magis : " de nombreux employeurs pensent encore que finalement, "Oui, OK. On peut imaginer que ce soit accessible, mais ça va nous coûter de l’argent. Il y aura un coût. Et puis, il y a des démarches administratives". Il faut savoir qu’au niveau de l’emploi, il y a des administrations comme Phare à Bruxelles qui interviennent vraiment d’une manière très intéressante, même souvent à 100% dans le coût de l’aménagement de poste de travail. Donc, finalement, il n’y a pas de coût à charge de l’entreprise et toute l’analyse, toutes les démarches administratives peuvent être faites par la Ligue Braille. Et donc, on décharge d’une certaine manière l’employeur dans toutes ces étapes. Et finalement, avec une bonne information, on voit que finalement, ce préjugé-là peut tomber ".


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"Comme n’importe qui"

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Une personne déficiente visuelle intégrée dans une équipe peut véritablement apporter un plus : " Parfois, il y a quelque chose en plus. Je pense que d’abord, le principal message important, c’est de dire : "Il y a d’abord les compétences". C’est le B.A.BA. Sans ça, évidemment, il n’y a pas d’emploi possible. Quelque part, c’est logique. Donc, il faut d’abord les compétences et une personne handicapée de la vue peut avoir ces compétences, évidemment, moyennant les formations adaptées, etc. Mais effectivement, on l’entend parfois par des entreprises – dans un des témoignages aussi, son regard sur le site de la Ligue Braille, un des employeurs en parle en disant : "Parfois, la personne qui est là, c’est un peu un vrai moteur pour l’équipe". Et finalement, on dit, "Oui, cette personne, elle a un handicap, un handicap qui est quand même important et des difficultés parfois importantes dans sa vie de tous les jours. Et finalement, elle y arrive. Elle se bat, elle effectue un travail comme n’importe qui", et donc ça peut apporter une dynamique finalement très intéressante au sein de l’entreprise " explique Michel Magis.

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