Chroniques

La longue marche du PTB en Flandre

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07 oct. 2021 à 06:12Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Les députés flamands vont réduire leurs indemnités de 5%. La mesure est entrée en application hier, un peu dans l’urgence alors que la décision avait été prise il y a deux ans déjà. Si les parlementaires flamands se précipitent tout d’un coup pour sabrer dans leur portefeuille c’est à cause d’un certain Jos D’Haese, vous ne le connaissez sans doute pas, c’est un jeune élu PTB.

Ce jeune Jos D’Haese a fait parler de lui et du PTB en Flandre ce qui est assez rare. Pour rappel, le PVDA n’a que 4 élus au Parlement flamand contre 10 à Namur. Le PTB est considéré en Flandre comme un phénomène à la marge. Pourtant Jos D’Haese est parvenu à défrayer la chronique.

Depuis quelques semaines le Parlement flamand discute beaucoup du cas de Sihame El Kaouakibi, élue sur les listes de l'Open VLD. Voici plus d’un an, elle a été mise en cause dans une affaire de détournement de fonds publics, et depuis plus d’un an, elle est en congé “maladie.” Une maladie jugée largement imaginaire par ses pairs. Ce qui a suscité un débat sur le montant de la rémunération qu’elle continuait de percevoir : 100%.

Dans ce débat, Jos D’Haese a aussi rappelé aux députés flamands qu’ils s’étaient engagés dans un bel élan en 2019 à réduire leur rémunération de 5%. Depuis lors rien ne s’est passé.

J’ai piscine…

Les explications des députés sont vaseuses. On évoque une discussion plus large pour harmoniser les statuts des parlementaires à l’échelle du pays. Ce qui ne convainc pas vraiment alors que le Nord ne cesse d’affirmer l’autonomie de ses institutions. Certains évoquent la perturbation du travail parlementaire lié au Covid. Bref, les élus flamands avaient piscine. Les excuses sonnent tellement faux que depuis hier la résolution redéposée par le PVDA a été votée et la baisse de 5% interviendra bien à partir du premier janvier prochain.

C’est une petite victoire pour un parti qui en Flandre est donc beaucoup moins implanté qu’en Wallonie et à Bruxelles. C’est paradoxal, puisque le PTB à l’origine a été fondé par des militants maoïstes flamands après mai 1968. Depuis le parti reste dominé par les fondateurs flamands à travers leurs enfants ou leurs familles.

C’est le cas de Jos D’Haese qui est un fils de, fils de Mie Branders, une médecin de médecine pour le peuple, élue à Hoboken, un quartier ouvrier d’Anvers. Mie Branders à qui la VRT demandait en 2014 si le parti avait encore besoin de Staline, elle répondait : "Le chapitre est clos, mais sans lui, nous ne serions pas qui nous sommes aujourd’hui. Comme peut-être le CD&V avait besoin de Jésus pour exister."

Bref, le PVDA bien qu’organique en Flandre s’y épanouit nettement moins bien que dans le Sud. Les raisons sont multiples, sociologie électorale, imaginaire politique, mais le résultat est là, le PVDA est jugé par les médias peu crédible pour évoquer les sujets socio-économiques. Par contre il perce plus facilement sur les sujets liés à la gouvernance. D’où l’importance de cette intervention dénonçant un entre-soi des élus.

Louanges de Het Laatste Nieuws

Le journal a une sensibilité, une histoire libérale qu’il a toujours assumée. Ses plumes, Piet Van Brabant, Luc Van der Kelen ou Jan Segers n’ont jamais fait de cadeau au PVDA. Pourtant aujourd’hui, Isolde Van Den Eynde qui s’impose comme la nouvelle grande plume du journal le plus lu de Flandre, termine son éditorial de manière cinglante : "Voter pour des partis extrêmes ne s’avère pas aussi inutile que certains partis au pouvoir le prétendent. Plutôt quelques agitateurs aux extrêmes que des extrêmement silencieux au centre. Il vaut son salaire, Jos D’Haese."

Le PVDA peut encadrer Het Laatste Nieuws dans sa galerie de portraits. Il vient de marquer un sérieux point. S’il hésitait encore sur la manière de se rendre populaire en Flandre, maintenant, il sait. Si le communisme ne fait pas recette au Nord, il reste la dénonciation du train de vie des élus. C’est un petit pas supplémentaire dans sa longue marche pour tenter de ne plus être un parti à la marge.




 

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