Belgique

La ministre de l’Energie à Jeudi en Prime : deux milliards d’euros de surprofits pour les réacteurs nucléaires en 2022

Jeudi en Prime

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01 sept. 2022 à 19:53 - mise à jour 01 sept. 2022 à 20:01Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

La ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), était l’invitée de l’émission Jeudi en Prime sur la Une pour faire le point sur la crise énergétique, les mesures prises et celles à prendre. Comme exprimé par le Premier ministre mercredi à l’issue du Codeco, elle mise sur l’Europe pour trouver une solution aux prix élevés du gaz et de l’électricité.

Tine Van der Straeten a aussi estimé à deux milliards d’euros le montant des surprofits réalisés en 2022 pour les centrales nucléaires non prolongées. D’autres surprofits sont aussi identifiés pour les centrales à gaz.

Baisser les prix du gaz et de l’électricité ? Uniquement via l’Europe

Au lendemain d’un Comité de concertation qui s’est penché sur les moyens de réduire la facture énergétique des ménages et des entreprises belges, le constat est clair pour le gouvernement, c’est via l’Union Européenne qu’il faut agir. "La mesure la plus forte, c’est d’aller à la source et d’intervenir au niveau du mécanisme de prix au niveau européen (ndlr : pour l’électricité)", explique la ministre de l’Energie. Et pour le gaz, avoir "un plafonnement au niveau européen", ajoute-t-elle. C’est ainsi que, selon elle, on aura "l’effet le plus structurel possible pour nos ménages et nos entreprises".

La ministre de l’Energie rappelle que la Belgique plaide pour de telles mesures au niveau européen depuis février-mars. "On constate maintenant, vu la crise qui prend de plus en plus d’ampleur, que les lignent bougent chez d’autres pays comme l’Allemagne", réagit Tine Van der Straeten.

Le 9 septembre prochain, les ministres européens se réuniront pour aborder la question. "On attend une proposition de la Commission européenne", explique la ministre belge de l’Energie. "Si on prend ça à cœur, on peut l’implémenter avant la fin de l’année", estime-t-elle.

Quant à l’Espagne et au Portugal qui ont pris des mesures pour limiter les prix du gaz et de l’électricité, "ils sont isolés et n’ont pas d’interconnexions", argumente Tine Van der Straeten. "Ils ont obtenu une exception" de la part de l’Europe. Toutefois, si l’exemple de ces pays était suivi au niveau européen, il y aurait "700 euros qui sont effacés de la facture", précise la ministre belge. "Donc, prenons l’exemple de l’Espagne et du Portugal pour avancer", plaide-t-elle.

300.000 ménages belges n’ont pas encore réclamé les 100 euros de la prime chauffage

En attendant des mesures européennes, la ministre de l’Energie rappelle les 4 milliards d’euros déjà consacrés par le gouvernement belge pour aider les ménages à faire face à la crise énergétique. L’élargissement du tarif social en est un exemple. Autre exemple, la prime chauffage de 100 euros, versé via la facture d’électricité. "Il y a aujourd’hui 300.000 ménages qui n’ont pas demandé cette prime. Il faut la réclamer via le SPF Economie", déclare Tine Van der Straeten, tout en reconnaissant que "ce montant de 100 euros, pour beaucoup de ménages n’est pas en lien avec les factures".

Des surprofits à aller chercher dans les poches du secteur énergétique

Le Codeco de mercredi a aussi confirmé la volonté des autorités "d’écrémer" les surprofits réalisés par les entreprises du secteur énergétique.

Premier secteur visé, le nucléaire. "On a demandé à la CREG (la Commission de régulation de l’électricité et du gaz) de calculer ces surprofits. Ils s’élèvent à deux milliards pour les centrales nucléaires non prolongées", a affirmé la ministre Van der Straeten. Selon elle, 700 millions d’euros pourraient ainsi être récupérés via la cotisation de répartition qui existe déjà.

La ministre a aussi évoqué des surprofits réalisés par les exploitants de centrales au gaz. Ils seraient de l’ordre de 300 millions d’euros. Elle a aussi estimé qu’il y avait aussi "de grands bénéfices" dans le secteur pétrolier.

"On parle ici de bénéfices extraordinaires liés à la crise. C’est un surprofit qui est endommageant pour l’économie dans sa totalité", a estimé la ministre de l’Energie.

"A un moment où nos ménages et nos entreprises ont des factures qui sont énormes, je ne tolère pas que des gens s’enrichissent dans cette crise", a ajouté la ministre.

La ministre n’envisage pas de prolonger plus de deux réacteurs nucléaires

Alors que dans différents partis politiques des voix se font entendre pour réclamer que l’on prolonge davantage que les deux réacteurs prévus par le gouvernement, la ministre de l’Energie campe sur ses positions. "On travaille dans un accord sur 2 gigawattheures parce que ce sont les deux centrales les plus récentes qui nécessitent le moins de travaux et qui peuvent être prolongées avec peu de complexité", explique Tine Van der Straeten. Elle rappelle que les autres centrales comportent "des microfissures" ou sont les plus vieilles.

Pour la ministre de l’Energie, prolonger plus de deux réacteurs ne changerait rien au niveau des prix de l’électricité. "Aujourd’hui, toutes nos centrales fonctionnent, mais on est confronté à des prix qui sont élevés. Donc, cela n’a pas d’impact sur le prix", estime-t-elle.

Quant à l’approvisionnement en électricité pour cet hiver, il est, selon la ministre, garanti. "Notre gestionnaire de réseau ne prévoit pas de problèmes", explique Tine Van der Straeten.

L’approvisionnement en gaz ne devrait pas non plus, selon la ministre, poser problème. "On importe deux à trois fois plus que la consommation belge", explique-t-elle.

La Belgique aura donc de l’électricité et du gaz, mais à quel prix ? Alors que la Belgique exporte aujourd’hui de l’électricité en France, où de nombreux réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, et du gaz en Allemagne, faisant preuve de "solidarité en énergie", estime la ministre, il faudrait à présent, au niveau européen, "une solidarité pour les prix". La ministre a, une nouvelle fois, appelé à une solution européenne.

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