RTBFPasser au contenu
Rechercher

Regions Bruxelles

La pandémie a permis aux livres de se refaire une nouvelle santé

Ariane Herman (à gauche) et sa cliente Julia qui est repartie au final avec plus de livres qu’elle n’était venue chercher au départ.
05 janv. 2022 à 04:48 - mise à jour 05 janv. 2022 à 05:09Temps de lecture3 min
Par Bruno Schmitz

C’est aujourd’hui ce qu’on pourrait "l’autre rentrée littéraire", à côté de celle de septembre.
Plusieurs romans très attendus, comme le nouveau Michel Houellebecq sortent aujourd’hui ou dans les jours qui viennent. L’occasion de constater que le secteur du livre se porte bien. Très bien, même.
La pandémie et les confinements ont boosté les ventes. En France, l’an dernier, on a vendu 19% de livres en plus par rapport à 2019, dernière année "normale" avant le Covid.

Chez nous, il n’y a pas encore de chiffres officiels. Mais l’un des principaux distributeurs de livres du pays nous confirme qu’on devrait aussi être à 1/5e de ventes en plus. Tout le monde ou presque aurait d’ailleurs vu ses chiffres grimper, tant les grosses librairies, que les supermarchés ou les petites structures indépendantes.

D’ailleurs, chez Tulitu dans le centre de Bruxelles, la patronne des lieux à le sourire en ce jour de réouverture pour sa petite librairie. "Chez nous, les ventes ont même grimpé de 40% l’an dernier si on compare à 2019", explique Ariane Herman. "Pour 2020, la hausse constatée était déjà de 25%, malgré les semaines de fermeture complète lors du premier confinement".

Je me sentais mal par rapport à mes voisins commerçants

Du coup, la patronne a même pu engager en CDI celle qui travaillait jusqu’ici chez elle comme étudiante. "Et ça, grâce au Covid. C’est quand même incroyable de pouvoir dire cela quand on voit les dégâts que cela a faits à d’autres commerces. Je me sentais même mal ces derniers mois par rapport aux enseignes voisines qui devaient parfois rester fermées ou qui voyaient leurs chiffres plonger. Mais finalement, ce sont eux qui m’ont dit que je ne devais pas m’en faire, qu’ils étaient contents que ma librairie fonctionne et que cela permettait aussi de maintenir une vie et une attractivité commerciale dans la rue où on se trouve".


►►► À lire aussi : Coronavirus : vers un baromètre pour les secteurs accueillant du public, les acteurs culturels impliqués


Ariane Herman confesse quand même que tout n’a pas été rose ces derniers mois. "La période a été intense au niveau stress. Surtout en ce qui concerne les livraisons. Avec les soucis créés par la pandémie, lorsqu’on faisait des commandes, souvent elles arrivaient en retard, parfois pas du tout. Je ne veux plus revivre cela cette année".

Et pour confirmer ces bons chiffres, Julia, une cliente présente dans la librairie sourit au moment d’arriver à la caisse. "Il vaut mieux que je paie maintenant, sinon j’aurai bientôt encore beaucoup plus dans les mains", rigole-t-elle. "J’étais venue pour un livre en particulier et, finalement, j’en ai trouvé plusieurs autres que je cherchais depuis un petit temps". Reste juste maintenant à trouver le temps de les lire. "Mais, disons que je vais le prendre, ce temps", ajoute la jeune femme avant d’en rire avec la patronne.

Les mangas, ces BD japonaises parfois violentes, ont fait exploser les ventes de livres ces deux dernières années chez nous, en particulier chez les adolescents.
Les mangas, ces BD japonaises parfois violentes, ont fait exploser les ventes de livres ces deux dernières années chez nous, en particulier chez les adolescents. © Tous droits réservés

Les mangas comme méga succès

Si les romans, les livres scientifiques, de bien-être ou encore les bandes dessinées se sont tous mieux vendus ces deux dernières années, la locomotive commerciale a bel et bien été le manga, ces BD japonaises dont les jeunes sont friands.

"Le phénomène du manga a connu une croissance absolument invraisemblable. A trois chiffres. On parle de 130% de ventes en plus pour les mangas", indique Patrick Moller, le patron de Dilibel, un des plus gros distributeurs de livres en Belgique francophone avec près d’un tiers du marché. 

"C’est une excellente nouvelle, encore plus quand on voit que ce sont de jeunes lecteurs qui les achètent. Ces dernières années, on avait en effet constaté qu’entre 15-16 ans et jusqu’à 25 ans, on avait tendance à perdre ces lecteurs. Avec les mangas, on voit qu’on arrive à les garder, en les faisant passer petit à petit vers les BD et les romans graphiques, avant qu’ils ne reviennent aussi à des livres plus classiques".

Le livre est le seul média culturel qui s’en est sorti (presque) sans fermeture

Quant à expliquer ce nouveau succès global du livre ? "On peut très clairement comparer avec les autres activités culturelles. Le livre est le seul média culturel qui s’en est sorti (presque) sans fermeture, puisque les librairies ont assez vite été considérées – intelligemment par notre gouvernement- comme commerces essentiels, alors que toutes les autres activités culturelles ou presque avaient été fermées", explique Patrick Mollet.

"Il y a dix ans, certains disaient que le livre était mort, on avait alors à peine 2% de hausse de vente les bonnes années et 2% de pertes les mauvaises, mais cela ne grandissait plus. On espère ici que ce retour en grâce de la lecture va durer dans le temps", conclut le distributeur. Nul doute que les libraires ne diront pas le contraire.

Sur le même sujet

'Le gosse' de Véronique Olmi : comment se reconstruire après la colonie pénitentiaire ?

Par Ouï-dire

Aux Etats-Unis, un voleur interpellé pour escroquerie présumée à l'encontre de centaines d'écrivains

Articles recommandés pour vous