La pandémie au jour le jour, entre provax et antivax : une médecin verviétoise témoigne

Pour cette médecin verviétoise, il est temps de passer à autre chose que le "tout-au-vaccin"

© Michel Gretry

09 déc. 2021 à 15:08 - mise à jour 09 déc. 2021 à 16:26Temps de lecture4 min
Par La rédaction société

Sur son répondeur, ce jeudi matin, sept messages, sept personnes qui souhaitent être vues par un docteur, sept personnes dont le médecin traitant se contente d’une consultation à distance, par téléphone. Pour Anne Franchimont, c’est le contraire de ce qu’il conviendrait de faire pour contrer la pandémie : "Je ne veux accuser personne, et quand je dis ça, j’ai des confrères qui se fâchent sur moi, et c’est peut-être une minorité, mais j’ai des dizaines d’exemples, de gens en souffrance, et c’est dommage de ne pas les voir, parce que ne pas mesurer la saturation en oxygène, ne pas mesurer la fréquence respiratoire, c’est prendre le risque de passer à côté de tout."

Ses armes thérapeutiques

Dans son cabinet de la région verviétoise, elle reçoit une grosse vingtaine de patients par jour. Depuis la rentrée de septembre, un tiers environ de cas, positifs mais sans symptômes ; une proportion qui a tendance à augmenter depuis novembre, et parmi eux, des malades, avec de la température, des encombrements pulmonaires : "Dans ce cas, ça passe par un examen clinique de base, prise de la tension artérielle, auscultation minutieuse, état d’hydratation, voire une prise de sang, pour me conforter dans l’idée que la forme est gérable ou au contraire nécessite une prise en charge : nous avons des armes pour les soigner. Le problème du virus, c’est que souvent les complications, ce sont des surinfections bactériennes, par exemple des sinusites purulentes, et je peux par exemple prescrire des antibiotiques, et il n’y a pas qu’une seule molécule ; la cortisone est également très utile, pour son pouvoir anti-inflammatoire puissant, et elle donne d’excellents résultats, par voie orale, ou par voie veineuse, dans les cas plus sévères…"

A noter à propos de la cortisone, que les recommandations de l’OMS sont de l’utiliser uniquement en cas d’hypoxémie, c’est-à-dire de baisse de l’oxygène dans le sang. D’après l’essai Recovery, dont les résultats sont parus dans le New England Journal of Medicine en 2020, la cortisone pourrait aggraver le pronostic chez les patients ne nécessitant pas d’oxygène.

Les remèdes dont il est question depuis le début de la crise sanitaire, non validés par l'OMS, Anne Franchimont explique qu’elle ne s’en sert guère : elle n’a pas prescrit d’hydroxychloroquine, "parce qu’elle ne pense pas disposer de l’expérience pour l’utiliser" ; elle s’est intéressée à l’ivermectine qui lui paraît efficace en début de maladie, à un stade précoce, mais à laquelle elle a renoncé, "pour des raisons de coût à charge de ses patients".

Si l’institut Pasteur a publié les résultats d’une étude montrant une certaine efficacité de l’ivermectine sur des hamsters dorés, l’Organisation Mondiale de la Santé estime toujours que "les données actuelles sur l’utilisation de l’ivermectine pour traiter les patients atteints de Covid-19 ne sont pas probantes", et a déconseillé son usage en dehors des essais cliniques, "en attendant que davantage de données soient disponibles".

Quant à l’hydroxychloroquine, bien qu’elle ait été utilisée comme traitement au début de l’épidémie, elle ne fait plus aujourd’hui partie de notre arsenal thérapeutique, en l’absence de preuve d’efficacité.

Une alternative au "tout-au-vaccin" ?

Anne Franchimont fait partie de ces généralistes qui commencent à s’organiser, et qui se présentent comme une "alternative à la vaccination de masse", dont des limites, à leurs yeux, commencent à apparaître.

Elle-même n’est pas vaccinée : "Je pense que c’est sans doute utile pour les personnes à risque, qui présentent des comorbidités ; certains chiffres le montrent mais ce n’est pas le meilleur moyen de désengorger les hôpitaux : nous, les médecins de terrain, nous pouvons faire plein de choses, nous ne devons pas nécessairement envoyer nos patients aux urgences, nous pouvons les suivre, les maintenir à domicile, avec oxygène s’il le faut…"

Une précision : Sciensano ne recommande l’administration d’oxygène à domicile que dans un contexte de saturation des hôpitaux, s’il est impossible d’hospitaliser le patient. Par ailleurs, certaines techniques d’oxygénation à haut débit sont impossibles en ambulatoire et nécessitent un monitoring rapproché, pour surveiller l’apparition d’éventuelles complications.

De plus, à propos de "certains chiffres" évoqués par Anne Franchimont, ils sont disponibles sur le site de l’Institut de santé publique Sciensano. Il faut distinguer l’efficacité des vaccins contre l’infection, de celle contre la maladie grave ou le décès. En termes d’infection, le rapport spécifique de Sciensano sur l’impact épidémiologique de la campagne de vaccination reconnaît qu’une diminution de la protection vaccinale a été observée, suite à la baisse de l’immunité, principalement chez les personnes âgées de plus de 65 ans, ainsi qu’à la circulation active du virus depuis la mi-octobre 2021. Cependant, la vaccination protège contre le risque de développer un Covid-19 sévère nécessitant une admission en soins intensifs. " Entre le 18 et le 31 octobre 2021, le risque d’admission en unité de soins intensifs a été réduit respectivement de 93% et de 75% chez les personnes de 18 à 64 ans et de 65 ans et plus entièrement immunisées, par rapport aux personnes non vaccinées du même âge ", rapporte l’Institut de Santé publique.

De son point de vue, la Dr Franchimont tire cependant un bilan positif de son action, qui la renforce dans sa conviction. Elle a perdu deux patients, l’un au cours de la première vague, l’autre lors de la deuxième ; mais depuis janvier, aucun : au contraire, sur la petite dizaine de gens plus sévèrement atteints cet automne, tous ont pu récupérer. Sur les trois derniers malades qui ont été hospitalisés, l’un est double vacciné, deux ont reçu trois doses, affirme-t-elle.

Tout en rappelant qu’une expérience personnelle ne vaut pas pour une généralité, cela peut s’expliquer par le fait que les vaccinés représentent désormais près de 90% de la population adulte et les non vaccinés 12% seulement. Même avec un risque beaucoup plus réduit de cas grave, il est donc normal que même si les non vaccinés étaient jusqu'il y a quelques semaines majoritaires parmi les cas grave, on retrouve désormais, en nombre absolu,  un nombre important de vaccinés en hôpital, voire aux soins intensifs. Ainsi, sur l'ensemble de la Belgique, les non-vaccinés représentaient 40% des entrées en soins intensifs, alors qu'ils représentent 12% de la population. Si on affine par région, les non-vaccinés représentaient plus de 50% des entrées aux soins intensifs (alors qu'ils ne représentent que 17% de la population adulte wallonne). 

 

© Commissariat Corona

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous