L'échappée musicale

"La passion de Jésus", création de l’oratorio composé par Leonardo Garcia Alarcón, qui place la femme au centre du récit

© AFP / JEFF PACHOUD

Dans sa chronique L’échappée musicale, Xavier Flament nous présente La Passion de Jésus, la première composition de grande envergure du chef argentin Leonardo Garcia Alarcón, qui vient d’être créée au Festival d’Ambronay.

"Je ne m’imaginais pas gagner ma vie seulement en interprétant la musique des autres"

Le chef argentin Leonardo Garcia Alarcón dirige le Chœur de chambre de Namur depuis 2010, année où il a explosé avec "Il Diluvio Universale", une partition oubliée de Falvetti. Alarcón aime recréer des œuvres oubliées. Il a recomposé l’acte manquant du "Prométhée" de Draghi et il a réécrit certains airs des "Indes galantes" de Rameau. Et on se doutait bien qu’il voudrait composer sa propre œuvre.

Il le dit lui-même qu’il n’imaginait pas gagner sa vie seulement en interprétant la musique des autres. Lorsqu’il accompagnait les offices à l’orgue, il fallait qu’il joue sa propre musique, improvisée dans l’instant et dans l’émotion du moment. En fait, il suit l’exemple de son père, qui composait des mélodies populaires apparemment comme il respirait.

La Passion de Jésus, un "labyrinthe canonique"

L’idée de cet oratorio La Passion de Jésus lui est venue d’une double rencontre : d’abord avec le manuscrit d’un Évangile du IIIe siècle après Jésus Christ, qui avait été découvert en Egypte en 1976 – année de la naissance d’Alarcón -, et ensuite un rencontre avec la veuve de Jorge Luis Borges. En lisant son dernier texte, il découvre que le grand auteur argentin n’était apaisé que par "l’éternelle et sévère musique de Bach".

Et Bach, depuis qu’il l’a découvert à l’âge de huit ans, c’est la grande affaire d’Alarcón ! On retrouve d’ailleurs dans sa composition une foule de canons et une polyphonie immédiatement reconnaissable, mais aussi foule de citations d’autres compositeurs… On croit entendre du Fauré, de l’Honegger et même des séries à la façon de Boulez. Ça fonctionne un peu comme un rébus pour l’auditeur, ou, comme le dit Alarcón, comme un "labyrinthe canonique". Sans compter qu’il y a aussi toute la saveur du tango, avec une contrebasse et un bandonéon.

Dans cet oratorio, qui sera donné le 10 juin 2023 au Grand Manège de Namur, deux histoires se croisent : tout d’abord celle de la rencontre fictive entre Borges et un Bach amnésique dans un café à Buenos Aires, en 2027. Borges et Bach vont alors partir à la découverte de la grande histoire de la musique. La seconde histoire est celle de la Passion de Jésus, relatée par cet Évangile apocryphe qui fait de Juda l’apôtre le plus fidèle, qui montre un Jésus plein d’humour et qui place les femmes au centre du récit, alors que les apôtres, qui sont chantés par des membres du Chœur de chambre de Namur, apparaissent violents et mauvais joueurs.

Ce qui est marquant, c’est qu’Alarcòn se considère comme un Américain quand il revient aux répertoires du passé. Il pioche comme bon lui semble, les retravaille de manière complètement décomplexée, du moment que ça colle à son texte. Et s’il dit appartenir à la famille des baroqueux, il ne veut rien brider de son émotion. Voilà ce qu’il a dit à Xavier Flament, lundi dernier, durant la répétition de l’oratorio : "C’est comme la cathédrale de ma ville natale de La Plata, inaugurée en 1932, qui a l’apparence de celle de Cologne au XIIIe siècle… J’aborde en fait toutes ces musiques comme si elles avaient été écrites aujourd’hui."

Et avec quelle fougue et quelle passion !

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