Patrimoine

La peinture sur écorce : un art aborigène qui a traversé les millénaires

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En les regardant, on croirait que ces animaux stylisés, peints sur des écorces d’eucalyptus, sont très anciens. Et pourtant, la plupart n’ont pas 50 ans. La peinture sur écorce est un art contemporain d’Australie, qui s’inspire de la tradition aborigène millénaire.

Des kangourous, des émeus, des wombats, des ornithorynques, des reptiles. Le bestiaire représenté sur les écorces montre tout ce que l’Australie compte d’animaux emblématiques. On voit leur squelette, leurs organes, comme si on les avait passés au rayon X.

"Narmankol / Barramundi argenté" (1977) – par Crusoe Kuningbal
"Kangourou" (1972) par Lofty Bardayal Nadjamerrek
"Émeus se nourrissant" (1997) par Lofty Bardayal Nadjamerrek

On est proche de l’art pariétal, que les hommes et les femmes de la Préhistoire pratiquaient sur les parois rocheuses des cavernes à travers le monde. Pourtant, l’âge d’or de la peinture sur écorce se situe… dans les années 1970.

"Lumaluma / Cérémonie Mardayin - Chasseurs de crocodiles" (1973) par Mick Kubarkku

En fait, on ne sait pas très bien quand cette forme d’expression artistique est apparue sur le continent austral. Les cultures aborigènes, considérées comme les plus anciennes au monde encore "en activité" (apparues il y a 50.000 ans, tout de même !), n’ont laissé que peu de traces archéologiques. L’écorce d’eucalyptus n’est pas réellement un matériau résistant au temps. Les plus anciennes que les Occidentaux connaissent ont été découvertes entre 1838 et 1878. C’est au début du 20e siècle que plusieurs anthropologues et collectionneurs blancs ont commencé à se mettre en recherche de ces pièces esthétiques pour enrichir musées et cabinets de curiosités.

La demande occidentale pour la peinture sur écorce a participé à en faire un art prolifique dans certaines régions, et particulièrement en Terre d’Arnhem, dans le nord du pays. Mais le but des artistes aborigènes contemporains est bien loin d’être vénal. Il tient plutôt au sacré. Dans les cultures aborigènes, les liens entre le sacré, le temps, le rêve et la nature sont très étroits, et très éloignés des conceptions que nous avons ici, en Europe. Les objets produits sont donc souvent intimement liés à du cérémoniel.

Mais les écorces peintes ont également des utilités bien concrètes. On s’en est servi pour enseigner aux enfants les mythes, les coutumes, les techniques de chasse, ou les pratiques artistiques. Parfois, elles servent de support pour s’entraîner à dessiner les motifs qui seront par après peints sur les corps lors de rites ou sur d’autres objets.

Le peintre Simon Badari vient de terminer une nouvelle œuvre, nous sommes en 1997
Le peintre Simon Badari vient de terminer une nouvelle œuvre, nous sommes en 1997 © Ben Tweedie/Corbis via Getty Images
Les fresques pariétales de la Terre d'Arnhem

Les peintres ne font que perpétuer un art s’inspirant de ce que faisaient leurs ancêtres, il y a plusieurs millénaires de cela. Car la ressemblance avec les peintures rupestres n’est pas due au hasard. Sur les rochers de la Terre d’Arnhem, les dessins préhistoriques sont stylistiquement très proches de ce qui s’est fait sur les morceaux d’eucalyptus, et faits avec les mêmes ocres naturelles. Mêmes motifs, mêmes couleurs, sujets similaires. Rien n’est laissé au hasard. Là où nous verrions des animaux et des formes, se trouvent en fait des références culturelles, des sens cachés, des rappels aux croyances.

© Auscape/Universal Images Group via Getty Images)

C’est comme si le temps n’avait pas eu d’emprise sur cette frange de l’art aborigène. Et pourtant, un œil avisé y verra de l’innovation, une évolution qui suit celle du monde et de l’histoire. Beaucoup d’artistes aborigènes, dont le style se rapproche de l’art contemporain occidental, ont d’abord fait leurs armes sur des écorces, et s’en inspirent encore dans leur travail.

L’art aborigène et ses expressions contemporaines sont justement au cœur de l’exposition "Before time began - l’art aborigène d’Australie", qui se tient jusqu’au 29 mai prochain au Musée Art et Histoire de Bruxelles.


► À lire aussi : Musiq3 : Before time began, l’art aborigène d’Australie s’expose au Musée Art et Histoire


 

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