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Belgique

"La pension à 67 ans, c’est irréversible", estime Jean Hindricks, membre de la commission de réforme des pensions

07 sept. 2021 à 21:19 - mise à jour 08 sept. 2021 à 08:46Temps de lecture4 min
Par Hugues Angot

L’âge de la pension reste fixé à 67 ans dès 2030. C’est ce qui ressort de la note sur la réforme des pensions de Karin Lalieux. Cependant, la ministre des Pensions envisage toutefois d’assouplir les conditions permettant les départs anticipés.

Pour en bénéficier dès 60 ans, il faudra compter 42 années de carrière. En parallèle, la réforme envisage aussi d’inciter les travailleurs à prolonger leur carrière au-delà de la pension légale avec un bonus financier. Autre élément majeur de la note : le montant minimal de la pension sera fixé à 1500 euros dès 2024, mais il reste à en préciser les conditions d’accès.

QR l’actu fait le point sur cette note de travail et a répondu à vos questions avec Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC et Jean Hindriks, économiste (UCLouvain) et membre de la commission de réforme des pensions.

Pension à 67 ans, c’est définitif ?

Selon Jean Hindricks, l’âge de la pension à 67, c’est définitif. "J’en suis un peu responsable en tant que membre de la commission de réforme des pensions, à l’initiative de cette décision, qui, selon lui, est irréversible compte tenu des mutations de notre société et de l’allongement de l’espérance de vie. On peut bien entendu discuter de l’espérance de vie et des inégalités".


►►► Une pension minimum de 1500€ après 35 ans de chômage, vraiment possible ?


Pour Marie-Hélène Ska, l’allongement de la carrière peut s’apparenter à une rupture du contrat social. "On doit pouvoir avoir de la stabilité dans le domaine des pensions, il est dès lors essentiel de faire des prévisions. A la CSC, nous estimons qu’il est essentiel de pouvoir travailler en bonne santé et de pouvoir continuer à vivre en bonne santé après la pension. L’important n’est pas l’âge mais plutôt la durée de la carrière. Et donc une fois les années de carrière obtenues, on doit pouvoir disposer de sa pension dans de bonnes conditions".

Pension anticipée ?

La réforme prévoit une pension anticipative si le parcours professionnel compte une carrière de 42 ans au minimum. Si la carrière n’atteint pas ces 42 ans (en ce compris des périodes assimilées, des périodes d’interruption de carrière, des pauses pour raison de santé ou pour s’occuper d’aidant proche), le montant de la pension prise à 67 ans pourrait donc être revu à la baisse, explique la secrétaire générale de la CSC : "Si vous n’avez pas vos 42 ans de carrière et vos 45 ans de travail pour une pension complète, vous n’aurez pas droit au montant de la pension complète. C’est un des enjeux de nos discussions. Il faut prendre en compte la réalité des carrières et des parcours de manière à faire jouer la solidarité dans le système. Tout le monde n’a pas la chance de démarrer un travail à la sortie des études dans une carrière ininterrompue et sans ennui de santé".

Et la pénibilité ?

Pour Jean Hindricks, il faudra réévaluer le volet pénibilité, qui a été mal appréhendé: "Il faudra vraiment réfléchir à cette question de la pénibilité et, en parallèle, envisager une progressivité du départ à la pension. Les deux sont liés à l’état de santé qui est un facteur très variable. A partir de 60 ans, certaines personnes qui sont complètement cassées tandis que d’autres qui n’ont aucun problème. La solidarité doit fonctionner et c’est d’ailleurs tout le but de la sécurité sociale".

Selon Marie-Hélène Ska, il faut pouvoir aborder la question de la pénibilité mais pas uniquement quand la santé en fait les frais : "La pénibilité aujourd’hui, c’est aussi la pression au travail ; le rythme de travail…"

Mettre plus de personnes au travail

Pour que cette réforme des pensions tienne la route, la ministre des pensions table sur un taux d’emploi de 80% en Belgique. Un chiffre qui semble difficile à atteindre, selon l’économiste de l’UCLouvain : "Ce taux de 80% d’emploi, c’est du fétichisme parce que cela dépend de la manière dont on définit l’emploi. Ce taux de 80% a été atteint par nos voisins aux Pays-Bas, qui l’ont obtenu en développant le temps partiel. Là-bas, une loi autorise les travailleurs à pouvoir obtenir un temps partiel s’ils le désirent. 50% des emplois chez nos voisins sont des temps partiels principalement chez les femmes et les personnes âgées. C’est une formule intéressante pour répondre au problème de la pénibilité. Chez nous, le modèle est différent. Nous faisons travailler les gens intensivement, on les épuise et puis on les jette".

Quid du financement ?

La secrétaire générale de la CSC rappelle que les cotisations qui permettent de financer le système, sont mises à mal depuis les années 80 : "On n’a eu de cesse de diminuer ces cotisations en disant il n’y a que des gagnants, l’employeur et le travailleur… Sauf qu’on oublie que ces cotisations servent à quelque chose. En effet, elles permettent de financer demain et après-demain".

Jean Hindricks estime que le financement du système devrait reposer uniquement sur les cotisations et que le financement alternatif pourrait représenter une solution, par exemple avec des recettes de TVA : "Il se trouve que le financement alternatif vient d’injecter 14 milliards dans la sécurité sociale pour financer le chômage temporaire et les aides liées au covid". Marie-Hélène Ska estime que le débat sur le financement doit rester ouvert, et que l’État doit au final garantir la stabilité du système.

C’est un contrat de confiance entre l’État et les citoyens, et si la confiance se perd, on entre dans du chacun pour soi. Et avec le "chacun pour soi", il y a ceux qui s’en sortent et puis tous les autres qui n’ont pas la possibilité de souscrire de pension complémentaire ou de bénéficier d’autres ressources…

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