La couleur des idées

La philosophie au service du patient : Guillaume Durand, un philosophe à l’hôpital

Le philosophe Guillaume Durand

© Flammarion

19 nov. 2021 à 12:36 - mise à jour 16 déc. 2021 à 13:02Temps de lecture2 min
Par Tania Markovic et Simon Brunfaut

L’autonomie du patient

"Je suis un philosophe des ovules, du sang et des larmes. Un philosophe de terrain, et mon terrain, c’est l’hôpital". C’est ainsi que se définit Guillaume Durand. Ce philosophe spécialiste en éthique médicale et bioéthique qui officie au Centre hospitalier de Saint-Nazaire (Pays de la Loire) publie "Un philosophe à l’hôpital" aux éditions Flammarion. Il y raconte son expérience de terrain auprès des patients et des soignants. Dans son introduction il écrit : "J’avais oublié le réel. Les études de philosophie m’ont éloigné de ce que la plupart d’entre nous tiennent pour la réalité. Puis je me suis réveillé, la violence du monde s’est imposée à moi." Ce réel, il le retrouve à l’hôpital. Dans son livre, il évoque des cas très concrets : les dilemmes quotidiens qu’on y rencontre et qui sont en fait de réels défis éthiques : l’interruption de grossesse, le don d’organe, les soins palliatifs, la procréation assistée, … Autant de questions qui nécessitent d’examiner "l’autonomie de la volonté" du patient. La pratique de Guillaume Durand – l’éthique clinique donc – se base sur le récit. Elle consiste à adopter une posture d’ouverture face à la parole de l’autre, de permettre aux patients de prendre une décision qui soit la leur en posant des questions ouvertes, sans idées préconçues. Guillaume Durand pense que l’anglais peut nous aider en distinguant le "care" et le "cure". Si la philosophie ne soigne pas (le "cure"), elle participe au fait de prendre soin (le "care") en permettant à l’autonomie du patient de s’exprimer dans sa pleine puissance. Guillaume Durand déplore que "cette éthique de l’autonomie suscite encore aujourd’hui de fortes objections dans notre démocratie". Pour preuve, en France, contrairement au Canada, il y a un délai légal pour avorter. Le philosophe soutient que l’on pourrait choisir de faire confiance aux femmes. "L’attitude du respect de l’autonomie pourrait nous mener vers des décisions collégiales qui impliqueraient les patients.". Il poursuit :

Chez nous, sur des questions liées à la valeur de la vie comme l’IVG ou l’euthanasie il y a des crispations. Il faut faire davantage confiance aux citoyens tout en posant un cadre. Ces questions de société leur appartiennent.

 

Poser des limites

Au nom de cette autonomie du patient, Guillaume Durand défend la chirurgie esthétique car "vivre en démocratie signifie aussi respecter la pluralité des visions de "la vie bonne"; la chirurgie esthétique est aussi thérapeutique pour ceux qui décident de la pratiquer".

Cependant, le philosophe alerte : "Il faut faire attention aux limites. Par exemple doit-on choisir la couleur des yeux de son futur enfant ?". Mais où placer les limites quand on défend bec et ongles l’autonomie du patient à décider ? Selon lui, il faut avant toute chose former les citoyens sur les questions de bioéthiques. "L’hôpital a vocation à être une démocratie plus participative mais dans ces consultations éthiques il faut que les citoyens soient formés pour qu’elles ne tournent pas à la discussion de café. C’est la seule façon pour qu'ils puissent participer aux décisions." Il pose toutefois un impératif consistant à "articuler les libertés" : "Celles-ci ne doivent pas nuire aux autres. Ainsi, ceux qui font le choix de ne pas se faire vacciner contre la Covid-19 vont nuire aux plus fragiles", conclut-il.

 

Un entretien mené par Simon Brunfaut à écouter ci-dessous ce samedi 20 novembre dès 11 heures.

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