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La pizza à 4 euros, "une brique de pâte avec une flaque de tomate": Flavio Briatore scandalise les Napolitains

Le marché matinal

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24 juin 2022 à 09:16 - mise à jour 25 juin 2022 à 15:57Temps de lecture3 min
Par Kevin Dero, sur base d'une séquence de Maxime Paquay et Sophie Léonard

"Combien devrait coûter une pizza ?" C’est sur cette question brûlante que Maxime Paquay, journaliste à L’Écho, revenait dans "La question éco" dans Matin Première ce vendredi. Car dans la botte italienne, on assiste en ce moment à une véritable guerre dans le monde de la pizza. En effet, un milliardaire italien vient de froisser l’ensemble de la ville de Naples avec des propos dénigrants pour la pizza populaire.

Un milliardaire provocateur

C’est une guerre des narratifs qui est ici à l’œuvre. Le milliardaire italien Flavio Briatore vient d’apprendre qu’on ne rit pas avec ce symbole populaire de la cuisine transalpine. Cet ancien directeur commercial de Benetton, directeur également pendant 20 ans d’écuries de Formule 1, Briatore est un homme d’affaires qui possède aujourd’hui plusieurs restaurants à Londres, Riyad, Monaco, entre autres, ou les pizzas sont affichées à des prix allant de 15 à 115 €. Comptez en tout cas aux alentours de 60 € si vous visez une pizza à la truffe ou au jambon Pata Negra.

Flavio Briatore à la télé italienne, en 2017 (illustration)
Flavio Briatore à la télé italienne, en 2017 (illustration) Mondadori Portfolio/Archivio Massimo Di Vita/Massimo Di Vita

Trahison sur fond de coulis

Critiqué justement pour les prix salés de ses pizzas, Flavio Briatore s’en est pris cette semaine à la célèbre pizza napolitaine. La pizza napolitaine, c’est la mère de toutes les pizzas. De la pâte, de la mozzarella, de la tomate, quelques feuilles de basilic (parfois des anchois ou des olives noires). Et c’est tout. Dans les rues de Naples, on la vend trois ou quatre euros dans la plupart des cas.

Un plat aux coûts de production faibles donc, pilier de la cuisine populaire ancrée dans le quotidien des Napolitains. Depuis 2017, l’art de fabriquer des pizzas napolitaines, artisanales, traditionnelles par des pizzaïolos napolitains est même classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Tout un symbole, donc, que le milliardaire Flavio Briatore vient de comparer à une "brique de pâte avec une flaque de tomates". Impossible pour l’homme d’affaires de sortir d’un four des pizzas à 4 € qui ne corresponde pas à cette description peu flatteuse.

Légitimité ?

Pizza "en portefeuille" dans les rues de Naples

Scandale à Naples, évidemment. L’Association des pizzaïolos napolitains parle d’"une trahison de l’héritage de la pizza".

Et Maxime Paquay d’analyser la situation un peu plus en détail. "C’est d’abord aussi et surtout une lutte pour la légitimité qui se passe ici. D’un côté, les localistes, artisans napolitains et de l’autre un milliardaire qui vend ses pizzas bien cher à Riyad". Et de se poser la question :"Qu’est-ce qui est le plus légitime ? Une pizza populaire à 4 €, protégée, légitimée par l’UNESCO. Ou une pizza de luxe vendue à Monaco ?"

"En réalité, les deux ont parfaitement le droit d’exister et trouvent manifestement chacune leurs clients" explique le journaliste économique. "Vous connaissez tous des produits dont les prix peuvent varier fortement en fonction de qui les vend, à qui et où. Des tee-shirts à 4 €, ça se trouve tout autant que des tee-shirts à 115 €. La pizza ne fait pas exception ici. Le produit a voyagé, s’est implanté partout dans le monde et vit aujourd’hui encore une sérieuse montée en gamme et en prix dans de nombreuses capitales européennes. Et enfin, de toute façon, il s’agit bien ici d’une lutte pour le narratif, pour le symbole". Dans les chiffres, il n’y a en effet pas de véritable gagnant dans cette lutte des pizzas. Ni à Naples ni chez Flavio Briatore.

 

Pizza Margherita (illustration)
Pizza Margherita (illustration) Getty

Bonne pâte ?

Car dans les chiffres, le véritable gagnant, c’est la pizza industrielle. Surgelée ou "fraîche". Celle-ci, bien qu’elle ait encore pris des coups récemment suite au scandale Buitoni, cette pizza industrielle du groupe Nestlé – rappelez-vous, deux enfants qui sont morts après avoir mangé des pizzas, dont l’usine française s’est révélée être un véritable scandale en matière d’hygiène- devrait sans aucun doute reprendre des couleurs aux yeux de l’opinion. "Cette pizza industrielle survivra parce qu’elle, elle n’a même pas besoin de légitimité ou de narratif pour faire exploser les compteurs et s’imposer dans notre assiette" assure Maxime Paquay, qui était au micro de Sophie Léonard.

 

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