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La plus vieille unité scoute de la ville de Liège ferme ses portes

Cérémonie des promesses de Sainte-Marguerite en 2019

© Elodie Heuschen

C’est l’heure de la rentrée des scouts pour tout le monde, ou presque. À Liège, près du centre névralgique de la ville, réside la plus ancienne institution de scoutisme de la cité : les scouts et guides de Sainte-Marguerite. Âgée de plus de cent ans, l’unité a peu à peu décliné au fil du temps. Les “pionniers” (la section d’animés d’environ 17 ans) ne sont plus passés de l’autre côté du rideau en devenant animateurs et le renouvellement d’effectif s’est amenuisé.

Lorsqu’on a eu l’âge d’animer, on est toutes passées cheffes à l’époque” annonce Laurence Heuschen, actuelle cheffe d’unité de Sainte Marguerite. “Maintenant, par an c’est une, voire deux personnes qui passent animateurs sur l’ensemble de la “promo”. Je trouve que c’est un phénomène plus récent ce désintérêt pour l’animation.

Cela fait désormais une dizaine d’années que le staff de Sainte Marguerite tente désespérément de trouver de nouveaux chefs pour maintenir le navire à flot, en vain. Les chances de voir les locaux de la rue Général Bertrand reprendre vie d’ici la rentrée sont désormais plus qu’infimes. “Il y a quelques années on a lancé un appel pour recruter des chefs et on a pu survivre encore quelques années parce qu’on a eu beaucoup de chance en tombant sur un groupe d’animateurs vraiment chouettes, mais sans ce grain de chance qui était déjà inattendu à l’époque, on ne pourra pas reprendre cette année.

Cette descente de popularité subie par l’unité liégeoise a provoqué selon Laurence Heuschen une forme de cercle vicieux. Le nombre d’animés diminuant, les parents se montraient de plus en plus réticents à laisser leurs enfants dans l’unité face à la diminution d’enfants présents aux réunions. “Beaucoup de parents ont la vision des mouvements de jeunesse auxquels ils participaient et pour eux ça doit être obligatoirement un grand groupe, avec des grands jeux et pour eux on paraît “trop petits”, des potentiels chefs se sont également montrés réticents à cause de ça.

Camp de l’unité Sainte-Marguerite à l’été 2020
Camp de l’unité Sainte-Marguerite à l’été 2020 Elodie Heuschen

Malgré la pénurie de chefs qui se faisait sentir depuis une dizaine d’années, les responsables de l’unité ont tenté divers stratagèmes pour rester en vie, notamment avec un partenariat que nous dévoile Élodie, ancienne cheffe de la section des enfants de 7 à 12 ans. "On a eu un peu de chance à un moment, l’unité de Saint-Martin nous a offert un partenariat interunité. Le principe était simple, étant donné que nous n’avions plus de sections scoutes (de 12 à 16 ans ndlr), les enfants qui atteignaient l’âge de 12 ans continuaient leur parcours à Saint-Martin. En contrepartie, nous devions accueillir de nouveaux chefs dans la mesure du possible. Mais rapidement nous nous sommes rendu compte que l’autre unité était aussi en pénurie d’animateurs et ils n’ont pas pu nous aider comme nous l’avions prévu.

Outre le partenariat avec la 15e Unité de Saint-Martin, il demeure très compliqué d’établir un lien avec d’autres entités de scoutisme de la région pour obtenir de l’aide. Laurence Heuschen explique que les grosses unités qui tournent bien, qui ont beaucoup de chefs et qui ont tellement d’animés qu’ils en mettent sur liste d’attente, ne comprennent par la réalité du terrain à laquelle les petites unités font face. Malgré des réunions organisées entre les différents chefs d’unités et des appels à l’aide lancés par Sainte-Marguerite, aucune avancée n’a eu lieu. Le principal problème de cette situation pour la dirigeante scoute : le nombre d’unités dans la région. Une concentration beaucoup trop forte qui selon elle, crée une véritable concurrence (qu’elle soit voulue ou non) entre les différents groupes.

L’unité Sainte-Marguerite se rendait au bois de Naimette-Xhovémont lors d’une réunion
L’unité Sainte-Marguerite en excursion à la mer du Nord

Lorsqu’elle est interrogée sur les raisons qui la poussent à lutter contre la mort de l’unité, elle parle d’attachement émotionnel. "J’y suis depuis 1999, j’ai du mal à me dire qu’après autant d’années ça va fermer. Avec d’autres anciennes cheffes on s’est battues pendant de nombreuses années pour essayer de recruter des gens et de maintenir le fonctionnement de l’unité. Ça a toujours fonctionné, et là j’ai l’impression qu’on a tout donné, qu’on s’épuise d’année en année et là j’ai l’impression qu’on a utilisé toutes les idées qu’on avait pour relancer la machine, tellement on est arrivés bas." Un constat qui sonne très certainement le glas de l’unité doyenne de la ville liégeoise.

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