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Week-end Première

La politesse est "peut-être une science de la vie" d'après un lexicologue et historien

Invité : Jean Pruvost, lexicologue et historien de la langue française

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" Trop poli pour être honnête ", " Sois poli, si t’es pas joli ", " La ponctualité est la politesse des rois ". La politesse a donné lieu à de nombreuses expressions populaires, elle a aussi fasciné les auteurs, de Montaigne à Victor Hugo, en passant par Goethe. Un livre retrace l’histoire de la politesse à travers les mots, rappelle les codes d’hier et décrypte ceux d’aujourd’hui.

 

Jean Pruvost, lexicologue et historien de la langue française, publie La politesse. Au fil des mots et de l’histoire aux Editions Tallandier, et nous convie à réfléchir sur les mille et un sens de la politesse.

La politesse est un grand sujet. C’est très vite quelque chose qui nous dépasse. Avec un mot-clé quand même, qui est, pour moi, la politesse du cœur.

L’étymologie du mot politesse vient du latin polir, qui voulait dire rendre la laine lisse, en la battant. Quand, au Moyen Âge, on disait qu’une personne était polie, cela signifiait qu’elle avait le visage lisse.

"Les Italiens sont allés plus loin et ont inventé le mot 'politezza', qui est devenu l’harmonie, le fait d’être lisse entre nous, et donc une qualité de gentillesse entre les hommes ou en tout cas, de code qui nous permet d’être plus harmonieux."

En même temps qu’est apparu le mot politesse en français, est apparu aussi celui d’impolitesse. On se rend compte que la politesse exclut ceux qui n’ont pas les codes. Est-elle alors une machine à produire de l’exclusion ?

Pour Jean Pruvost, c’est bien possible, mais cela passe aussi par la transmission. La civilité s’apprend avec les parents, avec les autres, à l’école. La politesse du coeur existe, c’est cette gentillesse qui consiste à penser aux autres. Parfois, on n’a pas la civilité, mais on a cette gentillesse.

Il faut trouver la juste mesure entre le respect de la personne et l’attention. La politesse, c’est s’oublier, d’une certaine façon. C’est penser d’abord aux autres.

Au volant aussi, la politesse doit être la règle
Au volant aussi, la politesse doit être la règle Getty Images

La politesse commence à deux

Dans son livre, Jean Pruvost cite de nombreux auteurs. Si les philosophes se sont tant intéressés à la politesse, c’est parce qu’elle concerne les rapports entre les êtres humains.

"Dans le fond, la politesse commence à deux. On n’est pas poli tout seul. On peut presque dire qu’elle a commencé avec l’histoire des hommes, puisque dès qu’il y a eu deux êtres humains, il a bien fallu un moyen de communiquer qui évite qu’on se tape dessus à la moindre contrariété."

A sa grande surprise, l’auteur s’est retrouvé devant une montagne de réflexions des philosophes et des écrivains, dont 300 ou 400 figurent dans le livre, "pour étayer un sentiment que j’ai découvert au fur et à mesure comme étant peut-être le premier sentiment. C’est pour cela que quelques dictionnaires parlent de science de la vie. Oui, la politesse est peut-être une science de la vie.

La politesse n’est pas la même partout

Jean Pruvost reprend quelques exemples précis de règles de politesse, parfois assez amusants. Par exemple : dans les escaliers, l’homme doit-il monter devant ou derrière la femme ? La réponse n’est pas la même en fonction des pays. Les civilités varient d’un pays à l’autre, les rapports entre hommes et femmes ne sont sans doute pas de même courtoisie, explique-t-il. En France, il faudrait plutôt passer devant, en Allemagne, plutôt derrière.

Le temps admis de regard droit dans les yeux, le temps d’inter-paroles entre deux interlocuteurs varient également d’un pays à l’autre.

La politesse passe par des choses inconscientes, acquises dans nos pays respectifs.

Les animaux sont-ils polis ?

On est en train de découvrir que les animaux ont des pratiques de politesse, notamment les singes. Des réflexions ont cours sur le code à trouver, dès que l’on est à plusieurs.

"Les animaux en ont aussi, ça ne m’étonne pas trop, parce que la gentillesse du coeur n’est pas simplement celle des êtres humains."

La politesse, un truc de vieux ?

Plus on est âgé, plus on est sensible à la politesse, observe Jean Pruvost.

On a toujours tendance à trouver que les jeunes ne sont pas polis. Ce n’est pas vrai, affirme-t-il, parce que depuis le 17e siècle, on le dit. La Bruyère dit déjà que les jeunes sont insolents.

"Je me rends compte que, dans le fond, ce n’est pas quelque chose de vieux, mais les personnes âgées y sont plus sensibles. Raison de plus pour qu’elle soit apprise encore davantage. Il y a des collèges, des lycées, où on donne des cours de politesse, des concours de politesse. Après tout, c’est une très bonne chose !"

La politesse, le véhicule premier

Jean Pruvost évoque aussi la politesse dans les SMS. Son métier premier est d’être lexicologue. Il collectionne les dictionnaires, il en écrit. Il observe les mots avec tendresse et réalisme.

"Chaque mot est un peu comme chaque personne. Chaque mot a son histoire, chaque mot a son plaisir. Un financier est un mot de la Bourse, mais c’est aussi un mot de pâtissier.

Tout cela, c’est le charme des gens. […] Dès qu’on parle avec eux, si la gentillesse est là, et la politesse, qui est vraiment le véhicule premier, alors s’installe une relation qui peut être amicale, durable, constructive, harmonieuse."

Il y a aussi la politesse entre les peuples. On reproche souvent aux politiques d’être d’une courtoisie hypocrite, mais c’est mieux que d’être dans le conflit !

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