Economie

La question Echo: "Faut-il subsidier les entreprises qui consomment une énergie qu’on cherche justement à éviter ?"

Le marché matinal

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02 sept. 2022 à 08:27 - mise à jour 02 sept. 2022 à 10:02Temps de lecture3 min
Par Xavier Lambert

Les factures d’énergie explosent pour tout le monde, et aussi pour les entreprises. Est-il bien normal que rien ne soit prévu à ce stade pour les aider ?

Dans la question Echo de ce vendredi 2 septembre, Maxime Paquay, chef de rubrique à L'Echo, expliquait pourquoi la volonté d’aider les ménages était évidente mais pour les entreprises, c’est moins clair: "C’est le flou total. La rentrée politique belge, qui se voulait énergique avec une réponse énergétique pour les factures, s’avère pour le moins tempérée. Toutes les fédérations patronales réclament des aides, et pas toujours très précisément d’ailleurs. Qu’ont alors décidé les différents gouvernements belges, fédéral et régionaux, pour aider ces entreprises à ce stade? Rien, ou presque rien, en effet. En substance et pour résumer, on va faire quelque chose, on ne sait pas quoi et on ne sait pas très bien comment."

Selon Maxime Paquay, il y a en effet deux scénarios: 

"Un, tout ceci n’est qu’une mauvaise passe, un cap à passer, les marchés financiers exagèrent les prix de l’énergie. Le retour à la normale se fera dans un an, deux ans maximum. Pourquoi, dès lors, si une boulangerie qui fonctionnait bien, lui couper le courant parce qu’elle ne sait pas payer ses factures ? Pourquoi, au global, mettre en faillite des pans entiers de l’économie belge et européenne, alors qu’aux États-Unis ou ailleurs, les prix de l’énergie, eux, n’ont quasiment pas bougé ?

"Cela plaide alors pour des mesures à court terme pour éviter un carnage inutile d’entreprises saines: "oui, mais lesquelles ? Aujourd’hui, un producteur agricole qui utilise des engrais en masse — ce qui consomme du gaz — est défavorisé par rapport à celui qui a développé une production sans engrais. Et le producteur sans engrais, mais qui doit réfrigérer ses produits, est défavorisé par rapport à celui qui cultive des espèces qui se gardent en cave sans énergie, dont l’activité est la plus décorrélée possible de sa facture énergétique. L’exemple est simpliste, mais la question politique est : veut-on vraiment subsidier aujourd’hui toutes les entreprises qui consomment une énergie qu’on cherche justement à éviter ?"

Certains pays le font cependant: le Luxembourg a décidé d’aider les entreprises dont la facture énergétique pèse plus de 3% du chiffre d’affaires. "Ça veut dire que peu importe vos efforts énergétiques passés et ce que vous avez mis en œuvre en tant qu’entreprise pour consommer moins ces dernières années, le pays vous aide si vous consommez beaucoup d’énergie. Et ça, c’est un comble ! C’est même une mesure assez stupide".

Le scénario du pire

Mais il y a un deuxième scénario, "c'est que les prix de l’énergie vont rester élevés, très élevés, très longtemps, cinq à 10 hivers, pour paraphraser notre Premier ministre. Là, il ne sert à rien de subsidier artificiellement des boîtes qui sont de toute façon condamnées à disparaître dans un monde où l’énergie coûte cher. Mais il est par contre grand temps d’inciter toutes les entreprises à économiser, à consommer mieux et différemment de l’énergie".

Dans quel scénario sommes-nous? "On n’en sait absolument rien, et c’est bien le problème. Et ça explique aussi pourquoi il n’y a pas de ligne politique claire à ce stade. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, évidemment, mais quand certains éditorialistes viennent vous dire que les leviers sont évidents, qu’il faut agir et que la Belgique est incompétente, les leviers sont surtout européens sur la reprise en main ou une certaine reprise en main des prix de l’énergie et sur la défense des boîtes européennes par rapport à une concurrence internationale. Mais peu importe le scénario, évitons surtout de dramatiser et de trouver des faux coupables à ce stade".

Le premier levier restant de diminuer notre consommation et de changer de modèle...

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