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La reine Elizabeth II est décédée : retour sur un règne qui a traversé le siècle

La reine Elisabeth II est décédée

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08 sept. 2022 à 17:34 - mise à jour 09 sept. 2022 à 03:54Temps de lecture6 min
Par Ambroise Carton

Elle a traversé le XXe siècle, connu 14 présidents américains, 7 papes et 15 Premiers ministres britanniques. Ses moindres faits et gestes ont été scrutés au fil de centaines de livres, articles de presse et documentaires. Sa vie a fait l’objet de l’une des séries télévisées les plus ambitieuses de ces dernières années.

La reine Elizabeth II est décédée. Elle aura eu le règne le plus long de l’histoire du Royaume-Uni de Grande-Bretagne, loin devant la reine Victoria qui avait occupé le poste pendant 63 ans.

Les rumeurs d’abdication, régulièrement lancées ces dernières années, ne se sont jamais vérifiées. La souveraine a tenu son rôle jusqu’au bout. Un rôle commencé à la mort de son père en février 1952.

Reine malgré elle

Le règne d’Elizabeth II est le résultat d'un accident de l’histoire, causé par le poids des traditions. Fille du prince Albert, duc d’York et d’Elizabeth née Bowes-Lyon, elle n’était en principe que troisième dans l’ordre de succession au trône.

Jusqu’au jour où son oncle, Edouard VIII, abdique pour épouser Wallis Simpson, une Américaine deux fois divorcée. Résultat : en 1936, le prince Albert devient Georges VI. Le destin d’Elizabeth est scellé. Un jour, elle sera reine à son tour.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la future monarque est une adolescente. À 14 ans, elle prononce son premier discours officiel. "Lilibet", comme on la surnomme en privée, s’adresse alors aux enfants de son âge qui ont dû quitter les villes bombardées pour trouver refuge dans les campagnes. "Nous savons, chacun de nous, que tout se terminera bien", dit-elle au micro avec un timbre de voix et un accent qui la rendront reconnaissable entre toutes.

La princesse Elisabeth dans son uniforme de l'Auxiliary Territorial Service.

Une princesse mécanicienne

À la fin de la Guerre, elle a 18 ans. Son rôle de leader s’affirme. Elle entre dans l’Auxiliary Territorial Service, la branche féminine de l’armée britannique, où elle apprend la conduite de véhicules et la mécanique. La voilà posant à côté d’une ambulance, droite comme un i, vêtue de l’uniforme réglementaire.

En novembre 1947, elle épouse Philip Mountbatten, prince de Grèce et du Danemark. Ce prince qu’on dit "sans maison ni royaume" traîne derrière lui une histoire tourmentée. L’homme, officier dans la Marine britannique, a connu l’exil dans son enfance. Pour s'unir à Elizabeth, il a abandonné ses titres et s’est converti à l’anglicanisme. Le couple aura quatre enfants : Charles (1948), Anne (1950), Andrew (1960) et Edward (1964).

Le couronnement d'Elisabeth II, le 2 juin 1953.

Reine à 25 ans

L’aventure royale commence officiellement en 1952. Georges VI décède le 6 février de cette année-là. Elizabeth et Philippe sont alors en visite au Kenya. La reine a 25 ans et prend la tête d’un Empire sur lequel, comme le veut l’expression, "le soleil ne se couche jamais".

Le couronnement a lieu quelques mois plus tard, le 2 juin 1953. La cérémonie, mélange de fastes et de protocole dont les Britanniques ont le secret, est diffusée à la télévision. Une première.

Aucun détail des habits de la souveraine n’échappe aux caméras de la BBC : rose des Tudor, feuille d’érable du Canada, chardon écossais, poireau gallois, trèfle irlandais, mimosa d’Australie, fougère néo-zélandaise… sans oublier le lotus indien et des motifs évoquant l’Afrique du Sud et le Pakistan.

1953. Coronation of Queen Elizabeth II: 'The Crowning Ceremony'

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Elisabeth II avec Winston Churchill en 1953. En bas à gauche, le prince Charles et la princesse Anne.

Relations avec ses Premiers ministres

Au cours de son règne, Elizabeth II a eu affaire à pas moins de 15 Premiers ministres britanniques. Est-elle de gauche ou de droite ? Elle ne le dira évidemment jamais. Sur le plan politique, elle "soutiendrait plutôt une droite modérée, adepte du consensus", croit savoir Marc Roche, ancien correspondant à Londres pour le journal Le Monde.

"Comme elle a dû regretter, à l’époque [de Margaret Thatcher], ses premiers ministres conservateurs, paternalistes à l’ancienne, poursuit le journaliste fin connaisseur de la monarchie. À commencer par le premier, son favori, Winston Churchill (1951-1955), héros de 1940-1945, mentor et sans doute père de substitution après le décès de George VI."

"Annus horribilis"

Les années 1990 marquent un tournant dans la vie de la souveraine. La voilà obligée de payer un impôt sur le revenu, conséquence d’une réforme des finances de la monarchie décidée par son Premier ministre John Major.

Deux ans plus tard, c’est l'"Annus Horribilis", selon sa propre expression : Charles et Diana annoncent officiellement leur séparation, Andrew quitte Sarah Ferguson et Anne met fin à son mariage avec Mark Philipps.

Le coup de grâce intervient le 20 novembre 1992 : le château de Windsor, alors en travaux, est ravagé par un incendie. Dans un discours à l’occasion de ses 40 ans de règne, elle affirme qu’elle ne gardera pas un souvenir heureux de cette année 1992. "Pour reprendre les mots de l’un de mes plus sympathiques correspondants, ce fut une 'Annus Horribilis'. Je soupçonne que je ne suis pas la seule à le penser", souffle-t-elle.

The Queen's "Annus Horribilis" Speech

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The Devastating Fire That Left Windsor Castle in Shambles

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Parler au peuple… et l’écouter

Cinq ans plus tard, en 1997, la princesse Diana décède dans un accident de voiture à Paris. La famille royale n’a plus vraiment bonne presse dans l’opinion publique. Les drapeaux de Buckingham ne sont pas mis en berne, la reine est accusée de froideur. Un épisode qui inspirera le film "The Queen" à Stephen Frears, avec Helen Mirren dans le rôle-titre.

The Queen (2006) Official Trailer - Helen Mirren Movie HD

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Le palais royal reprend en main la communication de la Maison Windsor. Un exercice difficile, résumé dans la série "The Crown", produite par Netflix. Dans l’épisode "Aberfan" (Saison 3, épisode 3), un village minier du Pays de Galles est ravagé par un glissement de terrain. Nous sommes en 1966, la catastrophe fait 144 victimes dont 116 enfants.

Et pourtant, il faudra 8 jours pour que la reine décide de se rendre sur place. Pourquoi ? Dans "The Crown", les scénaristes ont écrit cet échange entre la reine (jouée par Olivia Colman) et son Premier ministre Harold Wilson (Jason Watkins) : "L’une des choses les moins heureuses que j’ai découvertes en tant que souveraine, c’est que vous paralysez n’importe quelle situation dans laquelle vous mettez les pieds. La dernière chose dont les secours ont besoin alors qu’ils sont dans une course contre la montre, c’est qu’une reine se présente."

En 2002, Elizabeth II aurait affirmé que sa lenteur à réagir constitue "son plus grand regret". 2002, c’est aussi l’année de ses cinquante ans de règne. Une période marquée par le décès de sa mère, puis de sa sœur, à un mois d’intervalle.

What Happened At Aberfan? This Is The Full Story | The Crown

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2012, "Queen cool"

Les années passent, la reine trouve les moyens de rester jeune. Celle qui a envoyé son premier mail en 1976 s'est rapidement mise à l'écoute de musique sur son iPod. Si les scandales dans lesquels sont impliqués ses enfants et petits-enfants sont scrutés avec attention, une armée de communicants veille au grain. La famille royale est sur tous les terrains, y compris celui des réseaux sociaux.

Pour son jubilé de diamant, en 2012, la Grande-Bretagne est le centre du monde. Londres accueille les Jeux olympiques. Au cours d’une cérémonie d’ouverture qui fera date, Elizabeth II prend tout le monde de court. Robe rose, coiffe de la même couleur posée sur ses cheveux argentés, bijoux de perles et diamants... Elle apparait l'air de rien dans une vidéo aux côtés de Daniel Craig.

"Good evening, mister Bond", dit-elle avec un léger sourire. S’ensuit une traversée de la capitale en hélicoptère et une scène finale qui donne l’impression que la monarque elle-même vient de sauter en parachute. Le tout accompagné du célèbre thème musical signé John Barry. Le succès est planétaire et immédiat. La vidéo a, depuis, dépassé les 34 millions de vues sur YouTube.

James Bond and The Queen London 2012 Performance

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Brexit, Megxit et décès du prince Philip

La fin des années 2010 est marquée par le Brexit. En 2016, les Britanniques choisissent de quitter l’Union européenne. La reine est-elle pour ou contre le résultat de ce référendum inédit ? Mystère. Tout juste un chapeau aux couleurs du drapeau européen, porté en 2017, viendra-t-il remettre du baume au cœur des "Remainers" qui voulaient encore faire partie du club européen.

La fin du règne d'Elizabeth II est aussi marqué par la perte de son plus proche complice, le prince Philip. À 99 ans, ce dernier s'était éteint le 9 avril 2021 après avoir épaulé la Reine pendant plus de sept décennies.

Elizabeth II, passionnée aussi de chevaux, s’occupait de ses chiens corgis comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Elle possédait aussi – héritage d’une vieille tradition – tous les esturgeons, cygnes en liberté, baleines, dauphins et autres marsouins du Royaume-Uni.

Place désormais au Prince Charles, qui aura eu bien plus de temps que sa mère pour se préparer à sa mission. Après lui, la relève est assurée avec son fils William. Le départ de Harry, qui a décidé avec son épouse Meghan de se mettre en retrait de la famille royale, n’y changera rien. Le navire Windsor a traversé bien des tempêtes, il devrait avoir désormais un nouveau capitaine.

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