Sexualité

La société doit mieux accepter la vie sexuelle des seniors

La société doit mieux accepter la vie sexuelle des seniors.

© Thanasis Zovoilis

03 oct. 2022 à 14:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Malgré leurs rides et leurs cheveux blancs, ils ont encore l’envie d’être "aimés, désirés, touchés" : la société doit changer de regard sur la vie affective et sexuelle des seniors, plaide l’association "Les Petits frères des pauvres" (France) dans un rapport.

"Ne réduisons pas les aînés à nos clichés"

Les personnes âgées ne sont pas "d’abord des objets de soins" mais "peuvent encore aimer et être aimées", affirme Yann Lasnier, le délégué général de cette association française qui lutte contre l’isolement des plus âgés. D’après une étude CSA Research réalisée pour le compte des "Petits frères" auprès de 1500 seniors de plus de 60 ans, 91% des personnes âgées en couple disent éprouver du désir pour leur conjoint, 74% ont encore des relations sexuelles et 71% des seniors estiment qu'"un corps qui vieillit peut rester désirable".

Des constats à rebours de nombre d’idées reçues, que l’association veut combattre à travers une campagne de communication en octobre. "Ne réduisons pas les aînés à nos clichés", suggèrent les affiches, qui montrent des couples aux cheveux blancs se caressant ou échangeant de fougueux baisers.

"Changer les mentalités, c’est important", approuve Patricia, 61 ans,  qui évoque volontiers son "désir" pour Raymond, 68 ans, avec qui elle a refait sa vie voici cinq ans.

"Parce qu’on est vieux, on n’aurait plus de valeur, plus de vie perso, plus de vie sexuelle ?" s’indigne-t-elle.

Sur la ligne d’écoute anonyme gérée par les "Petits frères", une sorte de "SOS amitiés" pour seniors, plus d’un appel sur dix a trait à la vie affective ou sexuelle, témoigne Mélanie Rossi, la responsable de ce dispositif.

"Beaucoup d’hommes font état d’une misère sexuelle et ont besoin de raconter leurs fantasmes sur la voisine ou l’aide-soignante", raconte Mme Rossi. "Et beaucoup de femmes de 75 ou 80 ans, souvent des veuves, se disent en manque de tendresse." "Pour cette génération, la sexualité a surtout été associée à la maternité ou au 'devoir conjugal'. Elles ont été très mal informées, y compris sur leur propre corps. Certaines femmes aujourd’hui s’interrogent sur les sex toys ou la masturbation mais ne savent pas à qui s’adresser", ajoute cette responsable.

Préserver les opportunités de rencontres

Nombre de seniors disent beaucoup souffrir de la solitude, notamment après la mort de leur conjoint. "Je suis seul comme un chien", affirme ainsi Edouard (prénom modifié), 101 ans, qui dit penser "tous les jours" à son épouse décédée il y a sept ans, après 50 ans de vie commune.

Pour lutter contre cet isolement, plaident les Petits frères des pauvres, il faut maintenir ou ouvrir des lieux de convivialité, comme les cafés, guinguettes ou autres thés dansants, qui permettent de "s’amuser et éventuellement de faire des rencontres amoureuses".

L’association demande aussi que les formations au numérique pour les seniors incluent une approche des applications de rencontre.

Car des couples peuvent parfois se former sur le tard. Claude, 86 ans, a ainsi trouvé l’amour dans sa maison de retraite et compte épouser son voisin du dessous, "doux et attentionné". "Je ne pensais pas que ça m’arriverait à mon âge", s’émerveille l’octogénaire, citée dans le rapport.

L'amour en maison de retraite, cela ne s'improvise pas !

De tels cas ne sont toutefois pas forcément bien vus dans les maisons de retraite, où les pulsions sont considérées comme un "problème" et l’intimité des seniors pas toujours respectée, soulignent les auteurs du rapport. L’association met ainsi en garde contre certaines innovations comme ce lit "bourré de capteurs" qui peut "analyser les battements du cœur ou l’agitation pendant le sommeil" mais pourrait aussi "détecter d’autres activités très privées, en solitaire ou à deux".

Le secteur de l’aide aux personnes âgées a besoin d’une "révolution culturelle sur le long terme", affirme Francis Carrier, président de l’association GreyPride, qui organise des formations dans les maisons de retraite pour sensibiliser à ces questions. Il entend ainsi s’adresser aux membres du personnel pour qu’ils adoptent un "discours ouvert et respectueux", aux seniors eux-mêmes "car ils ont une image dégradée de leur corps" et aux enfants des résidents, qui parfois désapprouvent les désirs de leurs vieux parents. Dans tous les cas, insiste M. Carrier, "en parlant de sexualité et de besoin affectif, on se raccroche au désir de vivre".

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