La société Semailles et ses centaines de variétés de légumes changent de main, verte évidemment

La société Semailles et ses centaines de variétés de légumes changent de main

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02 juin 2021 à 16:35Temps de lecture2 min
Par Arnaud Pilet

Après 20 ans de développement et de succès, la fondatrice de Semailles se retire. Trois trentenaires ont été choisis parmi plusieurs candidats. Ils veulent apporter leur expertise commerciale pour continuer à faire grandir la société.

Devant l’immense étagère qui contient les 700 variétés de graines, Antoine de Thibault a désormais bien compris le système de classement quand il faut réaliser les commandes. Le printemps est un temps fort au potager. Les semis vont bon train et le rythme est soutenu dans l’entreprise de Faulx-les-Tombes (Gesves) : "Au début, on est un peu perdu. Mais finalement on saisit le principe qui est totalement logique". Ce système de classement est un des nombreux apprentissages du processus de rachat de l’entreprise pour les trois jeunes repreneurs Aude Voortman, Pierre-Alexandre Péters et Antoine de Thibault. Issus d’autres secteurs d’activité, aucun d’eux n’est spécialiste de maraîchage et de production de graines même si deux d’entre eux ont déjà repris le domaine viticole de Mellemont à Thorembais-les-Béguines. Mais avec leur bagage, ils espèrent pouvoir aider à développer la société qui vend ses graines via un réseau de 150 revendeurs et son site web tant en Belgique qu’en France avec un chiffre d’affaires proche des 2 millions d’euros : "Nous y avons retrouvé une opportunité entrepreneuriale qui englobait un peu tout ce qu’on cherchait, décrit Antoine de Thibault. La préservation d’un patrimoine, une production locale en bio, ce sont des valeurs auxquels nous adhérons".

Restaurer la richesse passée

Les trois repreneurs vont prendre le relais de Catherine Adrianne. Il est temps de passer la main, verte de préférence, à des nouvelles têtes qui vont continuer à faire grandir le projet lancé il y a 20 ans : "J’avais proposé une étude pour faire l’inventaire de ce qui restait comme variétés locales, celles qu’on trouvait dans les potagers des gens dans les années 50. Avec l’industrialisation, le constat a été alarmant ! Il y avait près de 90% des variétés qui étaient soit menacées, soit qui avaient disparu. J’ai donc commencé à aller dans les associations, chez les particuliers pour tenter de retrouver ces reliques et j’ai commencé à les reproduire pour enfin les commercialiser". Tomate rouge de Namur, poireaux gros vert de Huy ou Fèves de Belgique, autant de variétés qui, sans Semailles, auraient aujourd’hui disparu : "C’est passé tout près pour certains. Les fèves de Belgique, j’ai redémarré avec 5 graines ! Il a fallu les multiplier d’année en année et avoir plusieurs kilos pour enfin les vendre. D’autres ont demandé un travail de caractérisation et de nouvelles sélections pour obtenir des graines qui donnaient une plante potagère stable comme la laitue pommée blonde de Laeken". Un combat long et fatigant, d’autant que le ciel n’a pas toujours été bleu, il y a moins de 10 ans, l’Europe décidait d’interdire ce type de semences.

Mais l’entreprise et ses repreneurs vont continuer la prospection : "On cherche encore des variétés un peu partout pour étendre le catalogue mais ça prend parfois des années avant la mise en vente. Pour le moment, on travaille sur beaucoup de variétés de pois avec Catherine qui va continuer à collaborer avec le CTH de Gembloux. Elle va aussi continuer à s’investir pendant au moins un an pour que nous puissions apprendre son savoir et son savoir-faire", explique Pierre-Alexandre Péters.

Des goûts, des couleurs, des différences de croquant par centaines, c’est tout un patrimoine qui est aujourd’hui dégusté et reproduit dans des milliers de potagers. Semailles sème les graines de son futur et continue à scruter le passé.

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