La soucoupe volante de la gare de Charleroi-sud va être démolie

Ancienne tour de contrôle de la gare de Charleroi-sud

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12 avr. 2021 à 04:18Temps de lecture4 min
Par Christine Borowiak

Tous les carolos la connaissent : la tour de contrôle de la gare de Charleroi-sud, équipée d’une grande baie vitrée et en forme soucoupe volante. En passant sur le petit ring, on voyait les contrôleurs derrière leurs bureaux, de jour comme de nuit. Cette tour va être démolie, les travaux préparatoires débutent ce lundi pour se terminer cet été. La salle de commande a été transférée voici 10 ans de l’autre côté de la gare, dans un bâtiment mieux adapté au passage aux technologies modernes.

Cédric Soltys est l’actuel Trafic and Safety supervisor de Charleroi (Infrabel). Il fut le responsable de cette ancienne salle de contrôle du trafic ferroviaire carolo (géré à l’époque par la SNCB). Il nous a emmenés au 6e étage, dans la "soucoupe volante", comme tout le monde l'appelait, son espace de travail entre 1984 et 2011. Les lieux sont à l’abandon, couverts d’une épaisse couche de poussière. Du matériel a déjà été enlevé au fil du temps. Ce qui reste sera jeté, car complètement obsolète.

Sur les murs, un immense schéma représentant les 12 voies ferrées de la gare. "C’était le tableau de contrôle optique. On y retrouve les signaux, les passages à niveau, les voies. Les petites ampoules permettaient de répercuter l’information de la signalisation et ainsi, on pouvait détecter la position des trains et on les voyait avancer selon l’itinéraire qu’on leur avait établi."

En cas de danger, on pouvait interrompre le trafic ferroviaire en 1 seconde !

Tous les bureaux installés dans cette rotonde ne faisaient pas face aux fenêtres. "On tournait le dos aux vitres car nous regardions tous ce tableau. Et devant nous, il y avait les 4 pupitres de commandes, entièrement composés de gros boutons. Chacun d’entre eux avait une mission bien précise : ça permettait de tracer l’itinéraire du train, de placer les aiguillages dans la bonne position, et d’autoriser le départ des trains grâce au feu que l’on mettait au vert. Il y avait également les commandes d’urgence, des boutons rouges : en cas de danger, on pouvait interrompre le trafic ferroviaire en 1 seconde !".

Même si les contrôleurs tournaient le dos aux voies, ils se retournaient régulièrement pour contrôler de visu ce qui se passait : " C’est une disposition de travail qui est assez rare puisqu’il n’y a que 2 gares en Belgique qui possédaient une rotonde vitrée : une dans les Cantons de l’Est (à Montzen) et l’autre ici, à Charleroi. Ça permettait de trouver l’information de manière extrêmement rapide ! Par exemple, vous aviez un train pour Bruxelles ou Anvers à la voie 5. Vous deviez savoir si le train était prêt au départ. Il suffisait de tourner la tête, et on pouvait vérifier que ses feux blancs étaient allumés, le pantographe était au fil. On pouvait donner le feu vert !".

Cédric sourit quand on lui parle de "soucoupe volante" : "c'est vrai que tout le monde l'appelait ainsi parce qu'effectivement, elle ressemble tout à fait à une soucoupe volante ! Mais dans notre jargon, c'était la cabine du Bloc 20, rien d'autre !"

De leur tour de contrôle surélevée, les contrôleurs avaient aussi vue sur le petit ring de Charleroi, quasiment à la même hauteur. "On voyait tout ce qui se passait ! Les embouteillages, les accidents. Parfois, c’est nous qui téléphonions aux secours pour signaler un accident ! On était un peu les anges gardiens du ferroviaire, et un peu aussi ceux du ring de Charleroi (rires)".

Des somptueux couchers de soleil

Une dizaine de personnes se relayaient ici nuit et jour. " Le soir, on avait parfois droit à de somptueux couchers de soleil, avec les usines sidérurgiques en avant-plan… Et le lever du soleil, le matin en hiver, qui vous réchauffait le dos, c’était agréable ! ". Cette cabine, comme l’appelle Cédric, a permis de nouer de solides amitiés : "quand vous avez de tels horaires, jour, nuit, jours fériés, ça crée des liens. Parfois, on faisait la fête aussi ! Des raclettes les soirs de fête par exemple. Enfin… Quand tout se passait bien sur le réseau, sinon tout le monde restait devant son bureau, et ça criait dans tous les sens, car quand il y a un problème, il faut le résoudre rapidement ! ".

L’ancien directeur se souvient de ces fameuses baies vitrées, qu’on ne pouvait pas ouvrir : "on crevait en été, on gelait en hiver. Et à l’époque, on pouvait encore fumer dans les bureaux ; Je ne vous dis pas la fumée ! ". Il se souvient aussi que certains collègues ne voulaient pas approcher de ces baies car… Ils souffraient du vertige ! "Un vrai supplice pour eux, les pauvres !".
C’est aussi de ce bureau qu’étaient annoncées les correspondances de train. Des annonces toujours précédées d’une musique bien particulière. " Nous sommes la seule gare de Belgique à avoir fait précéder les annonces de quelques notes de carillon reprenant l’air de Pays de Charleroi ! Comme ça, les gens savaient qu’ils arrivaient à Charleroi ! (rires)".

Il faut vivre avec son temps

Aujourd’hui, le bureau des contrôleurs est installé de l’autre côté de la gare. Alors qu’à l’époque la cabine contrôlait les 12 voies de la gare ainsi que les voies de trains de marchandises venant de chez Carsid, le nouveau bureau couvre maintenant 1/10 des voies ferrées belges ! L’informatique a remplacé les gros boutons-poussoirs, et les 25 personnes qui y travaillent ne voient plus la lumière du jour : elles ne voient les quais que par les images des multiples caméras installées un peu partout. Par contre, la sécurité s’est encore améliorée puisque les alertes sont automatiques et ne dépendent plus du temps de réaction du contrôleur. "Il faut vivre avec son temps. Ma satisfaction personnelle, c’est que les trains dont je m’occupe arrivent à l’heure et que, même s’il y a eu des évènements impromptus, le navetteur ne se soit rendu compte de rien !".

 

Voici ci dessous une vidéo aimablement fournie par Cédric Soltys. Ce film de 4 minutes nous montre la "soucoupe volante" en pleine activité, dans les années 2000.

Souvenir du Block 20 de Charleroi-Sud

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