Prix de l'énergie

La taxation des surprofits sur la table du "Codeco énergie", mais de quoi s’agit-il ?

Le marché matinal

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

30 août 2022 à 12:51 - mise à jour 30 août 2022 à 14:58Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base du Marché matinal de Cédric Loriaux

A la veille d’un "Codeco énergie", la taxation des surprofits des grands producteurs d’énergie revient sur le devant de la scène. Certains grands groupes – Engie, Luminus, TotalEnergies, Eneco, pour citer les principaux – ont en effet profité de l’explosion des prix du gaz et de l’électricité pour réaliser de plantureux bénéfices ces derniers mois. Mais qu’est-ce qu’un surprofit ?

D’après notre journaliste économique Cédric Loriaux, il semblerait que cette notion de surprofit soit assez floue en économie. On pourrait même dire qu’elle est presque subjective.

"Partons de la base : vous avez une entreprise, votre but est qu’elle tourne, qu’au fil des ans, elle crée de l’emploi, de l’activité, bref du profit, des bénéfices", illustre-t-il. "Les surprofits sont donc des résultats exceptionnels, extraordinaires que votre entreprise réalise alors que vous n’y êtes pour rien." Vous n’avez donc rien développé de nouveau ni modifié vos techniques de production… Vous avez simplement profité du contexte économique pour maximiser vos bénéfices.

Un surprofit est un profit anormal par rapport à votre activité, mais qui serait surtout lié à une anomalie de marché

Comme l’explique Philippe Ledent, expert économiste chez ING, "on pourrait considérer qu’un surprofit est un profit anormal par rapport à ce que vous faisiez les années précédentes ou par rapport à votre activité, mais qui serait surtout lié à une anomalie de marché."

Dans le cas de la Belgique, on parle surtout des surprofits des producteurs d’électricité (ex. Engie, Luminus ou encore TotalEnergies). En effet, on ne produit pas de gaz en Belgique, on l’importe. "Difficile donc d’imaginer imposer une taxe à une société basée à l’étranger, à moins d’un grand accord européen, comme le réclame évidemment le Premier ministre, Alexander De Croo", détaille Cédric Loriaux.

Pour bien comprendre, il faut savoir que sur les marchés, le prix de l’électricité est directement lié à celui du gaz. Quand le mégawattheure du gaz augmente, celui de l’électricité suit automatiquement. "Et c’est vrai qu’on utilise du gaz pour produire de l’électricité, dans les centrales au gaz notamment, mais pas que. En Belgique, on utilise aussi du nucléaire, de l’éolien, du photovoltaïque, de l’hydroélectrique pour alimenter le réseau en électricité. Des sources d’énergie dont le prix, lui, n’a pas beaucoup évolué ces derniers mois. Or, le prix final est basé sur celui du gaz. C’est comme ça qu’on arrive à réaliser des surprofits."

Cédric Loriaux prend l’exemple d’Engie : rien qu’au premier semestre de cette année, le producteur d’énergie a engrangé un bénéfice net de cinq milliards d’euros. C’est plus du double de son résultat réalisé sur la même période l’an dernier.

Bientôt une taxe ?

En taxant les surprofits, la facture pourrait donc diminuer. La ministre fédérale de l’Energie Tinne Van der Straeten y est d’ailleurs favorable : elle propose de taxer à environ 25% les bénéfices excédentaires des producteurs d’énergie réalisés sur toute l’année 2022.

A court terme, cette taxe pourrait donc permettre de donner de l’air à de nombreux ménages. Mais selon Philippe Ledent, il ne faudrait toutefois pas perdre de vue la raison initiale pour laquelle les prix se sont envolés. "Attention à croire aux solutions miracles qui disent : ' À partir du moment où on va faire ça, on n’aura plus de problème'. Réguler la confrontation entre l’offre et la demande d’énergie ne veut pas dire que subitement, tout le monde aura l’énergie dont il a besoin à un prix décent. Parce qu’au départ, si le prix explose, c’est parce qu’il exprime le fait qu’il y aura potentiellement un manque d’énergie", conclut l’expert.

A noter que ce mercredi soir, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a plaidé pour une réforme complète du marché européen de l’électricité début de l’année prochaine. L’objectif : dissocier les prix du gaz et de l’électricité.

Sur le même sujet

Crise énergétique et "surprofits" : une contribution nucléaire de plus de 83 millions pour 2021

Economie

Grégoire Dallemagne, patron de Luminus : "S’il y a des super profits, c’est dans les pays qui exportent du gaz vers l’Europe"

Belgique

Articles recommandés pour vous