Belgique

"La vaccination obligatoire a du sens mais la sanction interpelle" estime Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège

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16 nov. 2021 à 21:15Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Un nouveau comité de concertation est programmé ce mercredi 17 novembre. A la clé, de nouvelles mesures pour endiguer une recrudescence de l’épidémie de coronavirus. On s’attend au télétravail obligatoire 3 ou 4 jours par semaine, à l’imposition du masque à l’intérieur et il se pourrait également que certains secteurs connaissent une marche arrière, principalement pour le monde de la nuit (discothèques, bars, etc.). A cela s’ajoute, l’obligation vaccinale pour tous les soignants avec la menace du chômage en cas de refus. QR l’actu fait le point sur cette situation sanitaire avec Catherine Linard, géographe de la santé et Philippe Devos, chef des soins intensifs au CHC de Liège.

Décisions trop tardives ?

Les décisions des autorités ne sont-elles pas systématiquement en décalage par rapport à la progression du virus ? Pour Catherine Linard, c’est avant tout la communication sur les gestes barrières qui vient avec un temps de retard : "Pour moi, dès que les courbes commencent à remonter, il faut taper sur le clou et réexpliquer la nécessité de multiplier les lignes de défense. Il ne faut pas miser uniquement sur la vaccination et si l’on communiquait plus dans ce sens-là, il n’y aurait sans doute pas besoin d’en arriver à des mesures plus coercitives".

Philippe Devos rappelle pour sa part que nous sommes dans un pays complexe et que les décisions ne sont pas toujours simples à prendre. Par ailleurs, il souligne que ces discussions et ces débats favorisent la démocratie et que dans d’autres pays, certaines décisions se prennent sans doute plus rapidement mais dans des régimes particulièrement autoritaires.

Rassemblements de masse en extérieur, dangereux ?

Les situations les plus problématiques restent les rassemblements de masse en intérieur dans des lieux qui sont peu ou pas ventilés explique la géographe de la santé. Mais le masque en extérieur est utile s’il y a vraiment trop de mondes rassemblés avec des distances non respectées.

Confiner pour 3 semaines ?

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a annoncé vendredi un nouveau lockdown temporaire aux Pays-Bas. Alors pourquoi ne pas appliquer pareille stratégie chez nous ? Philippe Devos estime qu’un tel confinement ne règle pas le problème mais ne fait que le reporter de quelques semaines :" En Belgique, nous ne sommes pas dans une courbe exponentielle comme l’été dernier. La courbe est un peu plus lente. D’autres mesures peuvent s’appliquer avant de se résoudre à refermer".

Suivre l’exemple autrichien ?

En Autriche, les autorités n’y vont pas par quatre chemins. Depuis lundi, les personnes non vaccinées ou non guéries du Covid-19 doivent respecter un confinement. Concrètement, les personnes non vaccinées n’auront pas le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux. Une telle décision pourrait-elle s’appliquer chez nous ? Catherine Linard ne pense qu’une telle mesure soit nécessaire en Belgique. Par ailleurs, la géographe de la santé estime que la règle imposée est extrêmement polarisante. "Cette mesure pose à mon sens de nombreuses questions éthiques et je m’interroge également sur le réel intérêt épidémiologique".

Vaccin pas efficace ?

Le vaccin déçoit une partie de la population au point de s’interroger sur son efficacité. Le chef de soins intensifs du CHC de Liège balaie l’argument de l’inefficacité du vaccin :"Le vaccin protège de 40% la transmission du virus et de près de 90% contre les formes graves de la maladie. Et avec la 3e dose, les chiffres sont encore plus rassurants".

Obligation vaccinale

Chez nous, le gouvernement a tranché. La vaccination sera obligatoire pour tous les soignants et en cas de refus, ce sera le chômage. Et cette menace fait bondir la CNE qui annonce déjà sa volonté de déposer un préavis de grève. De son côté, Philippe Devos souligne que de nombreuses sociétés d’éthiques médicales ont recommandé la vaccination obligatoire pour le personnel soignant. "On a en médecine une obligation de moyen c’est-à-dire que nous devons mettre tous les moyens en œuvre pour protéger le malade. Et le vaccin est un de ses moyens. Par ailleurs, il faut éviter d’être absent quand on est dans une situation critique, et le moyen d’y parvenir, c’est de ne pas être malade. Et le vaccin peut aider à cela. La vaccination obligatoire a du sens mais la sanction interpelle parce que le risque, c’est de se retrouver avec moins d’infirmières et là que va-t-on faire ?

Alors ne faut-il pas privilégier la vaccination obligatoire pour tous ? Pour Catherine Linard, le débat doit être mené mais ce qui est certain, c’est que le procédé ne nous permettrait pas de régler les difficultés de la 4e vague que nous connaissons actuellement.

 

 

 

 

 

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