Un jour dans l'histoire

La zwanze : ces personnalités et sociétés parodiques qui ont façonné l’humour comme identité belge

Un Jour de l'Histoire

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La zwanze, c’est cet humour particulier qui fonde l’identité belge : un état d’esprit frondeur, une mentalité surréaliste. Eliane Van den Ende, historienne et journaliste culturelle, en raconte la genèse. Elle est l’auteure de La Zwanze – L’humour comme identité belge.

Comment définir la zwanze ?

"La zwanze fait penser après avoir fait rire", écrivait le journaliste Sander Pierron, l’un des organisateurs de la Great Zwans Exhibition, dans le journal L’Indépendance, en 1914,

C’est un état d’esprit typiquement belge. Flamand, à en croire les journaux français du XIXe siècle. Le mot 'zwans' est en effet un mot germain qui veut dire, en moyen néerlandais, un mouvement virevoltant comme une danse, un mouvement qui fait balancer, comme se balance un ivrogne ou la queue du cochon. C’est aussi une forme de résistance.

La zwanze appartient à une longue tradition. L’ironie comme forme de communication indirecte, la liberté de rire et de se moquer, on les retrouve déjà dans le carnaval, où l’on détourne les codes de la société, où les pauvres deviennent les puissants, explique Eliane Van den Ende.

C’était aussi le but des sociétés joyeuses qui naissent au Moyen-Âge, dès le XIIIe siècle. Période où apparaît aussi Till l’Espiègle, ou Tijl Uilenspiegel, un trublion, un vaurien, dont les aventures seront redécouvertes et mises en avant en 1840, par le juriste brugeois Octave Delepierre, puis par l’écrivain Charles De Coster.

Que reste-t-il de la Zwanze, cette fronde un peu folle de la bêtise ?

La zwanze est-elle morte, comme le disait Michel de Ghelderode ?

"Absolument pas, affirme Eliane Van den Ende. Ecoutez Thomas Gunzig, par exemple, ou si je peux mentionner la bannière publicitaire d’Un Jour dans l’Histoire, avec toutes ces grandes personnalités de l’histoire, il y a toujours les mêmes têtes de quelqu’un qu’on connaît dessus. En fait, ça, c’est une zwanze. Parce qu’on se moque de soi-même, en même temps de tous ces imposteurs. Il y a cette liberté d’esprit, d’expression, qui est très importante. La zwanze fait penser."

C’est déjà dans cet état d’esprit que naissent plusieurs sociétés loufoques belges au XIXe siècle.

Les Agathopèdes

La Société Pantechnique et Palingénésique des Agathopèdes, une société secrète et loufoque fondée en 1846, rassemble des érudits, des notables, des bons bourgeois qui créent une forme de parodie de la franc-maçonnerie, même si certains d’entre eux en font partie aussi. Ils s’amusent en faisant des blagues, des canulars, des rituels. Ils se moquent de tout, sans tabous, y compris d’eux-mêmes. Mais en même temps, c’est très sérieux. Et les gens tombent dans le piège.

Les Agathopèdes ont comme devise : "Amis comme cochons". Et ils se dénomment les pourceaux, le grand maître étant "Sa Transcendance le Grand Pourceau".

Les Joyeux

Au XIXe siècle, les confréries, cercles et sociétés fleurissent et fonctionnent comme des réseaux. On y joint l’utile à l’agréable, on y ripaille, on y boit, mais on y affirme aussi son statut social. Cela pose un homme d’appartenir à l’un de ces cercles.

En 1847 est fondée la Société des Joyeux, une société exclusivement masculine. Elle organise des expositions des beaux-arts, sans jury d’admission contrairement aux autres cercles. Félicien Rops et Charles de Coster en sont les instigateurs, mais ce n’est pas uniquement un club littéraire. Ses membres sont les précurseurs des activités parisiennes des Arts incohérents.

Les Sous-la-Jambistes

Les trois éditions de la Great Zwans Exhibition, à Bruxelles, rencontreront un succès populaire et médiatique phénoménal. Mais très peu d’œuvres ont été conservées.

Le clou de la première édition, qui a lieu en 1885, est un vrai clou, soi-disant signé Rubens. "Imaginez. Le clou avec lequel on attache le tableau devient lui-même l’œuvre d’art. C’est très précurseur. C’est 100 ans avant l’art conceptuel où les socles sont les œuvres d’art" indique l’historienne.

L’événement est organisé par les Sous-la-Jambistes, membres du club de l’Essor qui réunit les mécontents du Cercle des Elèves et Anciens Elèves des Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Ces peintres et artistes, parmi lesquels on compte Léon Frédéric, rejettent toutes les influences et les avant-gardes, dont le groupe des Vingt. Ils se rejettent aussi eux-mêmes. Ils portent haut les couleurs de la Zwanze.

© Editions Artha

Un mouvement un peu anarchiste

En 1893, la feuille zwanze Le diable au corps bifurque vers un café-cabaret-théâtre, rue aux Choux, à Bruxelles, où l’on rit beaucoup mais où l’on fait aussi de la politique.

Les Agathopèdes avaient déjà formé un parti politique à l’occasion des élections de 1848, un appel aux électeurs conservateurs, mais qui s’adressait en réalité aux conservateurs de musée.

Le parti Le diable au corps reprend ce mouvement politique et présente une liste aux élections de 1894. Avec un faible succès, mais le but n’est pas là. Le but est de se moquer, de proposer des actes innovants, notamment une forme de street art.

Stromae, un zwanzeur car "il rit pour ne pas pleurer"

Pour l’historienne Eliane Van den Ende, Stromae incarne bien cet esprit zwanze, notamment avec son titre 'Alors on danse', parodié par Jef Van Scheutebol en 'Alors on zwanze' : "Stromae a quand même bu de la Zwanze, parce que quand on écoute ce morceau, cela paraît très, très joyeux à l’extérieur, mais le texte est bien sombre. Et quand il est invité sur TF1 et qu’il présente son nouveau disque en costard présidentiel, et puis il se détourne et parle de la dépression, cela s’accorde très bien avec (le peintre) Louis Ghémar et avec la phrase : 'l’humour, c’est la politesse du désespoir'. Rire pour ne pas pleurer. Et cette mélancolie fait quand même partie de cette zwanze".

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 Eliane Van den Ende nous dévoile mille anecdotes étonnantes. Ecoutez ci-dessus !

► Pour en savoir plus : le dossier de l’exposition La Zwanze, burlesque et canular, qui a eu lieu au musée Félicien Rops en 2018.

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