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Economie

"L’abaissement de la TVA touchera davantage la classe moyenne inférieure que supérieure", estime Jean Hendrickx, économiste à l’UCLouvain

L'invité de Matin Première : Jean Hendrickx

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04 févr. 2022 à 08:40Temps de lecture4 min
Par Anthony Roberfroid, d'après l'invité de Matin Première

Chèque de 100 euros, réduction de la TVA de 21% à 6% sur l’électricité durant quatre mois ou encore prolongation du tarif social étendu… Face à la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures pour alléger la facture énergétique des Belges. Des mesures qui bénéficieront à de nombreuses personnes mais tous ne seront pas soulagés de la même manière.

Qui seront les réels bénéficiaires de ces mesures ? L’État aura-t-il les reins assez solides pour affronter la crise énergétique et la crise économique induite par le coronavirus ? Pour analyser la situation, Jean Hendrickx, économiste et président de l’Economic School de l’UCLouvain était l’invité de Thomas Gadisseux dans Matin Première.

Une baisse de TVA qui ne touchera pas tout le monde de la même manière

La baisse de TVA de 21% à 6% sur les factures d’électricité et ce, pour une période de quatre mois, a été actée par le gouvernement afin de toucher l’ensemble des ménages. Une mesure qui impactera donc tout le monde, peu importe si l’on se chauffe au gaz, au mazout ou à l’électricité. Néanmoins, tout le monde ne profitera pas de la même manière de l’abaissement de cette TVA : "Ça va représenter un avantage pour ceux qui ont une forte consommation d’électricité. À nouveau, cela touchera la classe moyenne inférieure plus que la classe moyenne supérieure", note l’économiste, qui rappelle que certains ménages n’ont pas forcément des factures d’électricité élevées : "Ceux qui ont une facture d’électricité qui est allégée par le recours à l’isolation ou grâce à des panneaux photovoltaïques ne gagneront pas à la baisse de la TVA. Certains d’entre eux ont déjà une facture nulle, ils produisent toute leur électricité et c’est généralement la tranche de revenus supérieurs qui est dans cette situation donc on pourrait dire qu’elle ne bénéficiera pas de ces mesures".

Le tarif social plus avantageux que le chèque de 100 euros

La réduction de 100 euros appliquée sur la facture d’électricité déconcerte l’expert, qui estime que des mesures plus ciblées auraient pu être trouvées : "C’est assez surprenant et je vous avoue que je ne comprends pas l’argumentation derrière ce chèque pour tous. L’argument d’un chèque, c’est de pouvoir cibler qui va en bénéficier, et notamment les plus bas revenus. Ici, on ne sait pas très bien d’où sort cette une espèce d’allocation universelle version miniature pour la facture d’énergie".

Par rapport au chèque de 100 euros, le tarif social a un ordre de grandeur qui est sept fois plus élevé

 

Pour Jean Hendrickx, l’élargissement du tarif social représente d’ailleurs une décision plus judicieuse : "Pour donner un ordre de grandeur, si vous avez le tarif normal et que vous basculez au tarif social, votre facture d’électricité ou de gaz est réduite de moitié par rapport au tarif en vigueur aujourd’hui donc c’est quand même quelque chose de significatif. Pour une facture d’électricité, cela peut représenter une réduction qui va jusqu’à 700 euros sur base annuelle. Par rapport au chèque de 100 euros, on a un ordre de grandeur qui est sept fois plus élevé".

L’économiste indique également que cette mesure permet d’impliquer davantage les distributeurs d’énergie dans la lutte contre cette hausse de prix pour les ménages : "Élargir le tarif social a un plus grand nombre de ménages impacte leur marge bénéficiaire puisque le principe du tarif social, c’est d’offrir aux ménages les tarifs les plus bas sur le marché. C’est presque des tarifs en cours réel et cela fait contribuer directement les distributeurs, les producteurs et les fournisseurs".

Les contrats à tarifs variables vont forcer l’État à intervenir davantage

Trouver un contrat à prix fixe est devenu bien plus difficile ces derniers mois. Les fournisseurs d’électricité proposent désormais en majorité des contrats à prix variable, ce qui a pour effet de faire reposer davantage le risque de la hausse des prix sur les épaules de l’État : "Lorsque le prix devient variable, cela veut dire que la hausse des prix de l’énergie sera intégralement répercutée sur les consommateurs.", signale Jean Hendrickx.

"De plus, le transfert de risque, qui est ici non négligeable, va se faire de l’offre à la demande, c’est-à-dire vers les consommateurs. Si tous les consommateurs doivent dorénavant fonctionner avec des factures d’électricité à prix variables, l’Etat devra intervenir de manière régulière avec des mécanismes de cliquets pour essayer d’atténuer ces flambées de prix", averti l’expert.

La sécurité sociale a permis de limiter le choc des crises de l’énergie et du coronavirus

Face à la crise de l’énergie et la crise économique induite par le coronavirus, Jean Hendrickx estime que notre État s’en est assez bien sorti pour protéger les citoyens : "Durant la crise sanitaire, on a fermé notre économie et nos commerces. S’il n’y avait pas la sécurité sociale pour compenser les pertes résultantes de cette fermeture, la situation sociale en Belgique aurait été dramatique comme elle l’a été dans d’autres pays où la sécurité sociale n’a pas pu jouer ce rôle", constate l’expert.

60 milliards d’euros ont été dépenses par les pouvoirs publics, une manne monétaire imposante qui augmente la dette de l’État. Pour l’économiste, il sera important de veiller à rembourser rapidement celle-ci afin de ne pas impacter les générations futures : "Le rôle de la dette publique est de lisser ces chocs mais il faut maintenant être raisonnable. Quand il y a une reprise économique, cela signifie aussi qu’il va falloir rembourser une partie de cette dette pour ne pas la transmettre à nos enfants. Ils ont fait preuve de grands efforts et d’une grande résilience lors de cette crise sanitaire mais nous avons une obligation morale de ne pas leur laisser un héritage aussi lourd".

Pourtant, avec la réduction de TVA, les recettes de l'Etat pourraient s'en voir diminuer alors que le gouvernement pourrait être amené à prolonger les mesures pour aider les citoyens : "Une TVA à 6% va engranger moins de recettes pour l'Etat que la TVA à 21%. Il faut espérer que le prix de l'énergie retombe assez rapidement. Il faut savoir que le prix de l'électricité est étroitement lié à l'évolution du prix du gaz et il faut avouer que la situation géopolitique n'est pas très favorable aujourd'hui sur ce sujet. Si les prix se maintiennent à des niveaux aussi élevés, je ne vois pas comment on pourrait remonter la TVA à 21% à court terme", conclut l'expert.

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