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Belgique

L’accord salarial du gouvernement suscite des réactions opposées : FEB satisfaite, FGTB déçue

L’accord trouvé au sein du gouvernement Vivaldi prévoit une prime de 500 euros qui serait aux travailleurs dans les secteurs qui ont le mieux traversé la crise.
06 mai 2021 à 09:02 - mise à jour 06 mai 2021 à 12:44Temps de lecture6 min
Par RTBF avec Agences

Le gouvernement fédéral s’est mis d’accord durant la nuit pour permettre aux entreprises qui ont enregistré de bons résultats durant la crise d’accorder à leurs travailleurs une prime exceptionnelle de maximum 500 euros nets en 2021. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une proposition de médiation après l’échec de la négociation entre les partenaires sociaux. Patrons et syndicats n’étaient pas parvenus à aller au-delà de la norme salariale de 0,4%, hors indexation. La norme resterait fixée à 0,4% pour tous les secteurs en 2021 et 2022. Les 500 euros de prime négociés au sein du gouvernement s’ajouteraient dans les entreprises qui ont mieux résisté à la crise.

Si la FEB se dit satisfaite de cet accord, c’est nettement moins le cas du côté syndical, où la FGTB se dit déçue. Dans les rangs politiques les réactions sont aussi plus que mitigées.

FEB et UCM satisfaites

Ce jeudi, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) se dit satisfaite de la clarté faite sur l’augmentation salariale après l’accord dégagé par le gouvernement fédéral. Selon la FEB, cette décision est conforme aux propositions formulées par les employeurs lors de la concertation du Groupe des Dix.

Elle souligne que l’octroi d’une telle prime n’est pas une obligation et que son champ d’application est élargi, ce qui permettra "de donner un coup de pouce" à l’économie intérieure. La FEB semble aussi rassurée qu’il s’agisse d’une prime unique et pas d’une augmentation des salaires. "Comme il s’agit d’une prime unique plafonnée, cela n’influence pas de manière permanente la compétitivité ni la marge salariale pour l’avenir", poursuit la fédération.

En revanche, la FEB regrette l’absence d’un critère claire pour définir les "entreprises ayant enregistré de bons résultats". La Fédération des Entreprises de Belgique craint cependant que les entreprises en difficulté l’année dernière accordent également cette prime "sous la menace de grèves, avec toutes les conséquences que cela implique pour leurs chances de survie et leurs projets d’investissement à court terme". Cela entraînera des pertes d’emploi, prévient la FEB.

"Un énorme risque qui aurait pu être facilement évité

Pour la FEB, "Ce faisant, le gouvernement prend un énorme risque qui aurait pu être facilement évité si on avait imposé, comme pour beaucoup d’autres mesures corona, une certaine augmentation du chiffre d’affaires, par exemple, comme condition." La fédération patronale souligne qu’il s’agira de rester "très vigilants" quant à l’évolution de la compétitivité, évoquant un "handicap historique" en termes de coûts salariaux de plus de 10%. Elle cite également la probabilité élevée d’une hausse de l’inflation en Belgique.

Du côté de l’UCM, l’Union des Classes Moyennes, on se déclare aussi satisfait de l’accord intervenu au sein de la majorité. "Une prime non récurrente de 500 euros maximum dans les entreprises qui peuvent se le permettre (au-delà de l’augmentation salariale prévue de 3,2%) : cette ouverture du gouvernement respecte les balises fixées par UCM pour une reprise du dialogue social. Les conditions sont remplies pour reprendre, dans la sérénité, la négociation sur les autres points à l’ordre du jour du Groupe des Dix", communique l’UCM.

 

Déception du côté syndical

La FGTB a convoqué son bureau à 10 heures pour analyser l’accord du gouvernement Vivaldi sur les salaires. Contacté par La Libre ce matin, le Président de la FGTB, Thierry Bodson s’est déclaré "outré" de cet accord qu’il a qualifié de "franchement mauvais".

Interrogé par la RTBF, le Président de la FGTB rappelle que, du côté syndical, il y avait deux demandes.   "D'abord, que la négociation pour tout dépassement éventuel de la norme de 0,4% puisse se faire dans des secteurs et pas dans des entreprises.  Deuxièmement, et c'est encore plus important, nous avions  demandé qu'il y ait une vraie trajectoire d'amélioration du salaire minimum, à partir de janvier 2022", réagit Thierry Bodson.  La FGTB rejette donc le texte du gouvernement et menace d'actions sur le terrain. 

Plus tôt dans la matinée, ce jeudi, sa collègue Miranda Ulens, secrétaire générale de la FGTB a aussi fait part de sa déception sur les ondes de Radio 1, à la VRT. "Le fait que le gouvernement ait repris les négociations salariales donnait une chance de faire la différence. Mais des premières informations dont je dispose, il semble que ce soit une occasion manquée", a réagi la responsable du syndicat socialiste.

"Les réactions de soulagement et de satisfaction dans le camp de la droite" en disent long, selon Miranda Ulens, qui réaffirme son opposition à une norme salariale de 0,4%, jugée injuste pour les travailleurs. Alors que la prime de maximum 500 euros pourra être décidée au niveau de l’entreprise, le syndicat socialiste estime que cela devrait se jouer au niveau sectoriel, dans un souci de solidarité.

De son côté, la CSC s'est aussi montrée critique. La CSC continue de conteste le maintien d'une marge salariale de 0,4%.  Elle estime que la décision d'imposer cette marge "vide totalement de substance le droit de mener des négociations libres sur des salaires équitables"

Pour la CSC, la possibilité d’octroyer une prime unique de 500 euros n'est pas une solution.  "Au contraire, le gouvernement prouve avec cette prime que sa loi sur la norme salariale est un instrument impraticable et injuste". La CSC plaide aussi pour un "important rattrapage" du salaire minimum. 

Le syndicat libéral, CGSLB, Le syndicat libéral voit plutôt d'un bon oeil l'accord survenu au sein du gouvernement fédéral ouvrant la porte au versement, dans les entreprises qui ont le mieux traversé la crise du coronavirus, d'une prime unique de 500 euros net en 2021, mais cette prime doit être négociée le plus largement possible, estime-t-il.

Le syndicat bleu souligne encore au passage que la marge salariale maximale de 0,4%, l'une des pierres d'achoppement des négociations entre partenaires sociaux, "découle de l'application d'une loi dont" il continue "à demander la modification en profondeur afin de retrouver une plus grande liberté de négociation". La CGSLB regrette que le gouvernement fédéral "ne manifeste aucune volonté en ce sens."
 

 

Du côté des partis politiques, les avis sont partagés. Pour certains, la prime de 500 euros ne règle pas tout

Dans les rangs libéraux, l’accord est accueilli positivement. "Ces éléments permettent de renforcer deux thèmes majeurs pour le MR : le pouvoir d’achat des travailleurs sans altérer la compétitivité de nos entreprises pour une économie belge gagnante", s’est réjoui, sur Twitter, Georges-Louis Bouchez, le président des libéraux francophones.

Quant à Egbert Lachaert, le président de l’Open Vld, il s’est lui aussi déclaré satisfait de l’accord, "avec un maintien d’une norme salariale qui préserve notre compétitivité et des entreprises qui peuvent, en cas de bons résultats, accorder une prime unique de près de 500 euros nets à leur personnel", a-t-il tweeté. "Le menu qui est sur la table permet maintenant aux partenaires sociaux de recommencer à travailler", a-t-il ajouté.

PS vs. MR

Par rapport à ce menu qui est sur la table, du côté socialiste, le PS attire l’attention sur le fait qu’il n’y a pas que la prime de 500 euros pour les travailleurs des entreprises et/ou secteurs qui auront enregistré de bons résultats. Il faudra aussi augmenter le salaire minimum. "La hausse du salaire minimum est un combat fondamental pour les socialistes et fait partie intégrante de la proposition de cette nuit. Si les patrons refusent celle-ci, il n’y aura d’accord sur rien et ce sera la liberté totale de négociation salariale", avertit le président du PS Paul Magnette jeudi sur Twitter.

Alors que les socialistes font de l’augmentation du salaire minimum une question de principe, le président du MR, Georges-Louis Bouchez a déjà répondu sur Twitter. "La menace n’est jamais une bonne méthode", a lancé le président du MR à l’attention de Paul Magnette (PS). "L’accord du #begov (gouvernement belge) est très clair : la loi de 1996 comme réformée en 2015 s’appliquera. Si tout le monde s’en tient aux accords, tout se passera bien. Il faut du sang froid pour une négociation sereine", a ajouté Georges-Louis Bouchez.

La patate chaude est renvoyée vers les différents secteurs où la pression sera désormais très forte.

Dans l’opposition, le député N-VA Bjorn Anseeuw estime que cet accord salarial négocié au sein de la majorité coûtera des milliers d’emplois et qu’il expose les divisions au sein de l’équipe Vivaldi. Le député épingle le fait que le gouvernement n’ait pas établi de critère pour déterminer quelles entreprises ont obtenu de bons résultats.

"La patate chaude est renvoyée vers les différents secteurs où la pression sera désormais très forte pour que l’on paie à tout le monde une telle prime, même si la dernière année a été une année désastreuse pour de nombreuses entreprises", observe le nationaliste flamand. Pour le député N-VA, le gouvernement cède à la pression du PS et permet que les coûts salariaux augmentent à nouveau plus fortement en Belgique que dans les pays voisins, "ce qui nous coûtera des milliers d’emplois".

Au PTB, on parle de "miettes". "Une prime unique de 500 euros net pour deux ans en plus des 0,4% ? Voilà le maximum que veut imposer le gouvernement aux syndicats pour négocier. Même là où les dividendes explosent, interdit de réclamer plus. Les miettes, c’est pour les pigeons, les travailleurs méritent du respect", a ainsi tweeté Raoul Hedebouw (PTB).

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