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Planète - Portraits

Laetitia Dupret : « Les déchets organiques, c’est l’or noir qu’il faut revaloriser »

De gauche à droite : Adelaïde Biebuyck, Greenzy et Laetita Dupret
01 avr. 2022 à 11:283 min
Par Alexandre Antoun

Difficile de faire entrer le compostage dans nos habitudes à cause de ses inconvénients. Odeurs, besoin de place, travail d’entretien… Du coup, cette pratique écologique a du mal à faire sa place dans les foyers belges. Elle est pourtant essentielle car elle permet de transformer nos déchets organiques en terreau, de quoi rendre à la terre ce qui lui appartient.
Au lieu de cela, nous jetons tout à la poubelle alors que la moitié des ordures est compostable ! En Europe, 80 % des déchets organiques sont soit enfouis sous terre, soit incinérés. Ce pourcentage monte même à 90 % pour Bruxelles uniquement. Si on vous dit que ces deux processus rejettent énormément de méthane, vous en connaissez les conséquences…

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C’est pour ça que trois étudiantes de l’UCL en ingénierie civile, dont Laetita Dupret ont décidé de transformer les excuses en bonne pratique grâce à Greenzy, le composteur d’intérieur. Vous avez bien lu, le compostage est maintenant aussi possible dans la maison : plus besoin donc de subir le mauvais temps pour entretenir son compost. Les mauvaises odeurs et les mouchettes ne sont pas un problème non plus puisque le produit dispose d’un système anti-mouche naturel à base de vinaigre, et d’une ventilation anti-odeur avec filtre à charbon. Autre grosse particularité de Greenzy, c’est qu’il est connecté. " Il y a des capteurs dans le composteur qui envoient des informations à une application et qui nous dit s’il faut ajouter de l’eau ou des déchets asséchants pour pouvoir bien gérer son compost. Il ne faut pas devoir être un expert en compost ! ", explique la jeune entrepreneuse de 25 ans. Rendre le compostage accessible et facile à tous, c’est s’assurer que plus de gens puissent se joindre au combat écologique " Les déchets organiques, c’est vraiment l’or noir qu’il faut revaloriser et le retourner au sol pour pouvoir boucler la boucle ".

Laetitia Dupret a grandi dans la campagne belge et il était tout naturel pour elle de mettre ses connaissances et surtout la technologie au service de l’environnement. C’est en débutant sa vie d’étudiante qu’elle s’est rendue compte que la planète n’allait pas très bien mais qu’en parallèle, les gestes pour la soulager n’étaient pas forcément simples. " Tout a commencé avec un projet étudiant sur lequel on devait réfléchir à une problématique, sur ce qu’on voulait développer. C’est en analysant ce qu’on avait dans nos poubelles et en voyant que beaucoup de personnes autour de moi ne compostaient pas qu’on a voulu s’attaquer à ça ". Aujourd’hui, Laetitia est fière d'agir concrètement pour un monde plus durable. Et si elle devait s’investir dans d'autres projets, ils seraient inévitablement écologiques et porteurs de sens. 

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Greenzy, l’ascenseur émotionnel

Quelle aventure ça a été jusque-là pour Laetitia et ses deux collègues. En plus de quatre ans, l’étudiante est passée par toutes les émotions.  " Au début, c’était un tout petit projet étudiant et on s’amusait à fond, c’était trop chouette à faire et on apprenait plein de choses ! C’était vraiment fun à faire ! ".

Jusqu’à ce que ce petit projet ne devienne leur mémoire de fin d’études. " La logique des choses voulait que si on en faisait notre mémoire, on devrait ensuite se lancer à temps plein sur Greenzy ". Le concret arrive donc et avec lui, la peur et l’appréhension pour Laetitia. Il faut dire qu’au moment de se lancer dans le projet entrepreneurial, elle n’avait pas forcément de contact de référence pour l’épauler et la conseiller pour former une base solide. On peut le comprendre, ce n’est pas forcément facile d’avancer sur une route qu’on ne connait pas. En plus de cela, Laetitia a tendance à tout remettre en doute : " D’un côté, c’est positif dans le sens où il est important de pouvoir identifier ce qui ne va pas et de rebondir pour améliorer le projet. De l’autre côté, les doutes qui sont posés sont forts et réels. C’est pour ça qu’il était important pour moi de bien m’entourer et de tenir ce projet avec deux autres cofondatrices ".

Parmi ces difficultés : le fait que Greenzy est une machine hautement technologique, difficile à prototyper et à financer pour des étudiantes. Il y a l’aspect capteurs et application déjà mentionné plus tôt, mais aussi le fait que le projet va jusqu’au bout de son idée d’écoresponsabilité. En effet, Greenzy est fabriqué en Belgique avec des matériaux recyclés et recyclables.

La peur va enfin faire place à la fierté. La fierté d’avoir remporté de nombreux concours pour financer le projet. Celle d’avoir un produit complexe et abouti, qui a accompli un crowdfunding (avec un montant de 55.000 euros) et qui est maintenant médiatisé. Le produit est actuellement en cours d’industrialisation mais il est encore disponible à la prévente.

‘Le jour où’... j’ai décidé d’y voir plus clair

Passer par toutes ces émotions, que ce soit pour le projet ou non, ça demande un soutien inconsidérable. Par les proches certainement, mais pas que. Lorsque Laetitia passe par une phase de questionnement ou par un simple coup de mou, elle aime se replonger dans la série de BD " Le jour où… " des éditions Bamboo. " C’est vraiment une série de BD inspirante qui permet de se poser les bonnes questions, de voir plus clair dans ses propres situations et de mieux réagir ".

Le Champ des Possibles : Greenzy

Extrait de Quel temps

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